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Atlas Culinaire · Autriche · Salzbourg
Le soufflĂ© sucrĂ© de Salzbourg dressĂ© en trois grosses bosses qui figurent les collines enneigĂ©es de la ville â aĂ©rien, Ă peine cuit au cĆur, servi brĂ»lant car il s'affaisse en quelques minutes
L'histoire des Nockerln commence dans l'ombre d'un palais baroque et d'une liaison interdite. Au tournant du XVIIe siĂšcle, Wolf Dietrich von Raitenau rĂšgne sur Salzbourg avec la dĂ©mesure des princes de la Contre-RĂ©forme : il abat le quartier juif pour construire sa cathĂ©drale, collectionne les arts italiens, et entretient pendant plus de vingt ans une relation publique avec Salome Alt, noble bourgeoise de la ville avec laquelle il aura quinze enfants. C'est Ă cette femme â dont le portrait au Residenzgalerie la montre Ă©nergique et sĂ»re d'elle â que la lĂ©gende attribue l'invention des Nockerln : trois monticules de meringue gonflĂ©e reprĂ©sentant les collines domestiques qui veillent sur Salzbourg depuis l'Est, le Nord et l'Ouest. Le Gaisberg, le Mönchsberg, le Kapuzinerberg â coiffĂ©s de sucre glace comme de neige en dĂ©but d'hiver.
La vĂ©ritĂ© historique est plus prudente. Le registre autrichien des aliments traditionnels (Traditionelle Lebensmittel, fiche n°171) reconnaĂźt lui-mĂȘme que si le plat est ancrĂ© dans la tradition salzburgeoise depuis des siĂšcles, ses premiĂšres apparitions dans les livres de cuisine ne remontent qu'au milieu du XIXe siĂšcle â Ă©poque oĂč les fours Ă chaleur rĂ©gulĂ©e commençaient seulement Ă se rĂ©pandre dans les maisons bourgeoises. Un soufflĂ© montĂ© aux blancs d'Ćufs nĂ©cessite une tempĂ©rature prĂ©cise et constante : techniquement impossible dans une cuisine de 1600. La version d'origine Ă©tait probablement poĂȘlĂ©e, plus proche d'un Schmarrn sucrĂ© que du soufflĂ© triomphant que Salzbourg exporte aujourd'hui.
C'est l'opĂ©rette qui scelle la gloire du plat. Le 21 dĂ©cembre 1938, Fred Raymond crĂ©e Saison in Salzburg au Theater an der Wien. Dans l'acte II, le tĂ©nor chante : « So zart wie ein Kuss, ein Salzburger Nuss, ein Nockerl lass ich mir mundieren » â aussi tendre qu'un baiser, aussi rond qu'une noix de Salzbourg, qu'on me serve un Nockerl. La formule fait mouche en pleine pĂ©riode de l'Anschluss : Salzbourg se rĂ©fugie dans son identitĂ© culinaire comme dans un bouclier culturel. L'opĂ©rette est jouĂ©e cent fois en quelques mois. Le Nockerl devient ambassadeur.
La recette canonique est d'une rigueur monacale. Six blancs d'Ćufs montĂ©s en neige ferme avec 80 grammes de sucre glace, deux jaunes, une cuillĂšre de farine, quelques gouttes d'extrait de vanille, parfois un fond de framboises ou d'airelles (Preiselbeeren) dans le plat beurrĂ© qui ira au four â le dĂ©bat sur ce lit de fruits fait rage entre maisons salzbourgeoises. Puis la cuisson : 220°C, neuf minutes maximum. Pas une de plus. Car le Nockerl n'est pas seulement Ă©phĂ©mĂšre â il est pĂ©remptoire. Sorti du four, il retombe en trois Ă quatre minutes. Pas de pardon, pas de rĂ©chauffage possible. Ă Salzbourg, les restaurateurs servent parfois en salle avec le plat tenu sous une cloche â la course contre la montre fait partie de l'expĂ©rience. Le sucre glace tombe comme neige sur les trois sommets. On mange en silence, vite, avant que le baroque ne s'effondre.
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Préchauffer le four à 200-220°C (chaleur traditionnelle). Beurrer généreusement un plat ovale à four bas. Si l'on opte pour le lit, étaler les airelles (ou framboises) au fond et/ou verser un fond de lait avec une noix de beurre.
Monter les blancs d'Ćufs avec une pincĂ©e de sel au batteur. Quand ils moussent, serrer le sucre en pluie peu Ă peu jusqu'Ă obtenir une meringue brillante et trĂšs ferme qui forme des pics francs au fouet.
MĂ©langer rapidement les jaunes d'Ćufs avec le sucre vanillĂ© (et le zeste de citron). Verser sur la meringue et incorporer dĂ©licatement, sans chercher l'homogĂ©nĂ©itĂ© parfaite.
Tamiser la farine sur la masse et l'incorporer en à PEINE trois ou quatre mouvements de spatule ou de fouet, par-dessous. La masse reste striée et mousseuse, surtout pas lisse.
à la spatule ou à la corne, façonner TROIS grosses quenelles bien hautes et pointues, dressées cÎte à cÎte dans le plat beurré chaud. Elles figurent les trois collines enneigées de Salzbourg.
Enfourner aussitĂŽt Ă 200-220°C pendant 9 Ă 12 minutes, jusqu'Ă ce que les pointes soient juste dorĂ©es mais que le cĆur reste mousseux et baveux. Ne PAS ouvrir le four pendant la cuisson.
Sortir le plat, saupoudrer aussitĂŽt et gĂ©nĂ©reusement de sucre glace pour figurer la neige, et porter Ă table BRĂLANT, dans le plat. Servir et dĂ©guster immĂ©diatement, avant que les bosses ne s'affaissent.
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