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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Les rouleaux de feuilles fines gorgĂ©s de noix, froissĂ©s en accordĂ©on sur une tige puis noyĂ©s de sirop â la baklava de Dobroudja, celle qu'on roule au lieu de l'empiler.
Dulce RomĂąnia, dans son histoire des douceurs ottomanes de Dobroudja, rĂ©pond non, et c'est la position la mieux argumentĂ©e : « Sarailiile sunt tot un tip de baclava, diferÄ doar modul de Ăźmpachetare a compoziÈiei, fiind consideratÄ mai degrabÄ un procedeu decĂąt o reÈetÄ de sine stÄtÄtoare » â la sarailie n'est pas une recette mais un procĂ©dĂ©, la mĂȘme pĂąte et la mĂȘme noix que la baklava, empaquetĂ©es autrement.
LĂ oĂč la baklava empile les feuilles Ă plat en tranchant les portions avant cuisson, la sarailie roule la garniture individuellement et pousse les extrĂ©mitĂ©s du rouleau vers le centre pour obtenir ce cylindre froissĂ© caractĂ©ristique.
Le cataif, souvent confondu avec les deux, est encore autre chose : des cheveux de pùte filée.
La seconde dispute est thermique et se rĂšgle en cuisine, pas en bibliothĂšque.
Dulce Romùnia décrit un sirop chaud versé sur la pùtisserie chaude ; Simona Callas, qui publie la recette détaillée, verse au contraire un sirop REFROIDI immédiatement à la sortie du four.
La loi classique de la pĂątisserie orientale tranche en faveur de la seconde : l'un des deux doit ĂȘtre chaud et l'autre froid, jamais les deux Ă la mĂȘme tempĂ©rature.
Chaud sur chaud, la feuille se gorge sans jamais recroquer et l'on obtient une sarailie molle et détrempée.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
MĂ©langez l'Ćuf, le yaourt et l'huile, puis incorporez la farine progressivement jusqu'Ă obtenir « un aluat elastic, bine legat » â une pĂąte Ă©lastique et bien liĂ©e, souple mais non collante. PĂ©trissez une dizaine de minutes pour dĂ©velopper le gluten : contrairement Ă une pĂąte Ă tarte, celle-ci a BESOIN d'ĂȘtre Ă©lastique, c'est ce qui lui permettra d'ĂȘtre Ă©tirĂ©e jusqu'Ă la transparence sans se dĂ©chirer. Laissez-la reposer trente minutes sous un linge. Si elle rĂ©siste Ă l'abaisse, c'est qu'elle n'a pas assez reposĂ©.
Le pourquoiLe gluten développé et détendu donne l'extensibilité nécessaire à une feuille translucide.
Divisez la pùte en boules, farinez généreusement à l'AMIDON et abaissez chaque boule au rouleau jusqu'à obtenir une feuille assez fine pour qu'on devine le plan de travail au travers. L'amidon, contrairement à la farine, n'hydrate pas la pùte : il forme une pellicule sÚche qui fait glisser les feuilles les unes sur les autres et rend le froissage possible. Empilez les feuilles au fur et à mesure en amidonnant entre chaque. Une feuille trop épaisse donnera une sarailie compacte et bourrative.
Le pourquoiL'amidon reste inerte à la cuisson et sépare les feuillets, qui restent distincts aprÚs le sirop.
RĂ©partissez les noix moulues mĂȘlĂ©es de cannelle et d'un peu de sucre sur la feuille, posez une tige mĂ©tallique d'environ un centimĂštre de diamĂštre â une brochette Ă©paisse fait l'affaire â au bord et enroulez la feuille autour, sans serrer. Le geste dĂ©cisif vient ensuite : « se ruleazÄ Èi se ĂźncreÈesc », on roule puis on froisse, en poussant les deux extrĂ©mitĂ©s du rouleau vers le centre pour le comprimer en accordĂ©on. C'est ce froissage qui distingue la sarailie de la baklava et crĂ©e les replis oĂč le sirop viendra se loger. Retirez ensuite la tige dĂ©licatement.
Le pourquoiLes replis multiplient la surface d'échange avec le sirop et créent le contraste croustillant-fondant.
Disposez les rouleaux froissés cÎte à cÎte, bien serrés, dans un moule d'environ 15 à 25 cm beurré, puis arrosez-les généreusement de beurre fondu, idéalement clarifié, en veillant à ce qu'il pénÚtre dans les replis. Le beurre n'est pas un assaisonnement ici mais l'agent de cuisson : c'est lui qui va frire les feuillets de l'intérieur et les rendre croustillants. Serrez les rouleaux, ils se soutiennent mutuellement pendant la cuisson. S'il reste du beurre, il s'ajoute en cours de cuisson.
Le pourquoiLa matiĂšre grasse chaude entre les feuillets les empĂȘche de se ressouder et les fait feuilleter.
Enfournez Ă 160 °C pour trente-cinq Ă quarante minutes, jusqu'Ă ce que les rouleaux soient uniformĂ©ment dorĂ©s et que le beurre bouillonne autour d'eux. La tempĂ©rature modĂ©rĂ©e est dĂ©libĂ©rĂ©e : Ă four vif, la surface brunirait avant que le cĆur des replis ne soit cuit, et la sarailie serait crue au centre. La patience est ici une technique. Si le dessus colore trop vite, couvrez d'une feuille d'aluminium sans arrĂȘter la cuisson.
Le pourquoiUne cuisson longue et douce dĂ©shydrate les feuillets Ă cĆur, condition du croustillant aprĂšs le sirop.
Pendant la cuisson, faites bouillir l'eau et le sucre avec les rondelles de citron une dizaine de minutes, puis laissez le sirop refroidir COMPLĂTEMENT. Le citron n'est pas lĂ pour le goĂ»t mais pour l'aciditĂ©, qui empĂȘche le saccharose de recristalliser et garantit un sirop clair et fluide. Le sirop ne doit pas ĂȘtre Ă©pais : il doit pĂ©nĂ©trer, pas napper. S'il a trop rĂ©duit et file entre les doigts, rallongez-le d'eau et redonnez un bouillon.
Le pourquoiL'acide citrique invertit une partie du saccharose en sucres simples qui ne cristallisent pas.
à la sortie du four, immédiatement, versez le sirop entiÚrement froid sur les rouleaux brûlants, lentement et réguliÚrement, en insistant sur les replis. C'est ici que se joue toute la réussite : le choc thermique fait aspirer le sirop par la pùte chaude tout en figeant sa structure, et c'est ce qui produit une sarailie à la fois imbibée et croustillante. Vous devez entendre un grésillement net au contact. Sirop chaud sur pùtisserie chaude, et vous obtenez une bouillie sucrée et molle.
Le pourquoiLa différence de température crée une dépression dans les feuillets chauds qui aspire le liquide froid.
Laissez la sarailie reposer au minimum deux heures â « se lasÄ deoparte, minim 2 ore » â pour que le sirop se rĂ©partisse uniformĂ©ment, arrosez d'un filet de miel si vous suivez la tradition ottomane, puis servez Ă tempĂ©rature ambiante. Servie tiĂšde, elle est molle et le sirop n'a pas fini de circuler ; le lendemain, elle est meilleure encore. Ne la mettez surtout pas au rĂ©frigĂ©rateur, le froid fige le beurre et durcit la pĂąte. Elle se conserve plusieurs jours Ă couvert, Ă tempĂ©rature ambiante.
Le pourquoiLa migration lente du sirop Ă©galise l'humiditĂ© entre les replis et le cĆur des rouleaux.
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Sourcer ou se taire
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