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Atlas Culinaire · Philippines · Asie
La soupe-rĂ©confort des Philippines, profondĂ©ment aigre au tamarin, hyper-populaire mĂȘme par temps chaud
Quand TasteAtlas a couronnĂ© le sinigang meilleur plat du monde en 2021, c'est la version na baboy â au porc â qui occupait les premiĂšres pages des journaux de Manille. Car le sinigang na baboy est le sinigang de la ville : celui des queues de porc et des cĂŽtelettes mijotĂ©es dans l'eau froide et la pulpe de tamarin fraĂźchement pressĂ©e, celui que les familles de Luzon cuisinent un dimanche sur deux depuis des gĂ©nĂ©rations.
PH004 raconte le sinigang dans sa vérité tagalog fondatrice. Le sinigang na baboy porte une autre dimension : la géographie des acidulants. Car si le tamarin vert (sampaloc, Tamarindus indica) est l'ùme de Luzon, l'archipel possÚde une pharmacopée entiÚre de fruits acides qui redessinent le bouillon selon la province.
Dans les Visayas, le batuan (Garcinia binucao) remplace le sampaloc : fruit tropical au jus plus tranchant et amer, introuvable hors de son ßle, qui donne au sinigang visayen un caractÚre sauvage. à Luzon, le kamias (bilimbi, Averrhoa bilimbi) produit une acidité vive et végétale, populaire dans l'Ilocos. La goyave (bayabas) offre une version festive et douce servie lors des grands repas de famille. Doreen Fernandez, dans Tikim (1994), note que chaque acidulant est « une déclaration d'appartenance géographique autant qu'un choix culinaire ».
La protĂ©ine change aussi selon les cĂŽtes. Le sinigang na hipon (crevettes) est la version des provinces maritimes du Bicol, oĂč les crevettes fraĂźches entrent dans le bouillon cru pour s'y cuire en trois minutes. Le sinigang na bangus (milkfish, Chanos chanos, poisson national des Philippines) est celui de l'Ilocos, oĂč tĂȘtes et arĂȘtes enrichissent le fond. Le sinigang na baka (bĆuf) est une version de fĂȘte qui demande deux heures pour attendrir les tendons.
Ce qui ne varie jamais : l'EAU, jamais le bouillon en cube qui noie les saveurs de l'acidulant. La pulpe de tamarin filtrĂ©e au tamis. Les lĂ©gumes dans l'ordre immuable â le gabi (taro) en premier pour Ă©paissir lĂ©gĂšrement, le kangkong (Ipomoea aquatica) en dernier, hors du feu, pour garder sa couleur Ă©meraude. Et le bol de patis (sauce de poisson fermentĂ©e) posĂ© Ă table : chacun ajuste, personne ne dĂ©cide pour l'autre.
[Doreen Fernandez, Tikim: Essays on Philippine Food and Culture, Anvil Publishing, Manille, 1994 â source primaire fondatrice] [Amy Besa & Romy Dorotan, Memories of Philippine Kitchens, Stewart Tabori & Chang, New York, 2006 â gĂ©ographie des versions rĂ©gionales] [NCCA Philippines, Patrimoine culinaire immatĂ©riel national, 2018] [Felice Prudente Sta. Maria, The Governor-General's Kitchen, Anvil Publishing, 2006]
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Si tamarin frais (sampalok) : casser les gousses, retirer la pulpe avec graines. Plonger dans 500 ml d'eau bouillante 15 min jusqu'Ă ce que la pulpe se dĂ©tache des graines. Ăcraser, filtrer Ă l'Ă©tamine en pressant pour extraire le jus aigre. RĂ©server.
Blanchir le porc 5 min, rincer. Remettre dans une grande marmite avec 2L d'eau froide, oignon en quartiers, tomates. Porter à ébullition, écumer. Baisser à frémissement, cuire 50 min jusqu'à ce que le porc soit tendre.
Verser le jus de tamarin filtrĂ© dans le bouillon. Ajouter 3 c.a.s. de patis. GoĂ»ter â doit ĂȘtre marquĂ© aigre, salĂ©, umami. Si pas assez aigre, ajouter du tamarin. Cuire 5 min.
Ajouter les rondelles de daikon. Cuire 8 min â il devient translucide, lĂ©gĂšrement tendre mais encore croquant. Ajouter aubergine et gombos, cuire 5 min de plus.
Ajouter les haricots verts longs en tronçons et le piment long. Cuire 4 min. En tout dernier, plonger le kangkong (Ă©pinard d'eau) â 30 secondes seulement, il doit rester vert vif et tendre.
GoĂ»ter le bouillon en fin de cuisson : aigreur franche, salĂ© umami du patis, douceur des tomates et du daikon. Ajuster selon le goĂ»t â sel, patis, ou tamarin supplĂ©mentaire.
Servir dans des grands bols : généreuse louche de bouillon, morceaux de porc, légumes variés, kangkong. Servir riz à part en bol pour chaque convive. Patis et piment à part pour ajustement.
Le sinigang se conserve 3 jours au frais. Réchauffer à frémissement (jamais bouillir vivement, sinon les légumes se défont).
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