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Atlas Culinaire · Philippines · Asie
Le bouillon aigre des Philippines : une chair et des légumes cuits dans une eau acidulée au fruit vert, que Doreen Fernandez préférait à l'adobo pour représenter le pays
Il faut avoir vu une cuisine philippine un jour de pluie pour comprendre le sinigang. L'eau bout, quelqu'un écrase des gousses de tamarin vert au fond d'une passoire, et une odeur acide et verte envahit la piÚce. Ce n'est pas une soupe de convalescent : c'est le plat qu'on sert brûlant sous trente-trois degrés, parce que l'acide rafraßchit.
LE KANGKONG NE CUIT PAS.
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La version la plus cuisinée, et celle que TasteAtlas a classée premiÚre des cent meilleures soupes du monde. Poitrine ou travers de porc, une heure de mijotage, et deux ou trois morceaux de taro écrasés dans le bouillon pour le troubler et l'épaissir.
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Si vous avez des gousses de tamarin vert, faites-les bouillir quarante minutes dans les deux litres d'eau, puis écrasez-les au fond d'une passoire posée sur la casserole et récupérez toute la pulpe en jetant peaux et noyaux. Si vous prenez le mélange instantané, gardez-le pour la fin de cuisson : il sale autant qu'il acidifie.
Le pourquoiLa gousse verte est riche en acide tartrique, celui qui donne l'acidité franche et montante que les Philippins reconnaissent. Le sachet donne une acidité plate, immédiate, et déjà salée. [Vanjo Merano, Panlasang Pinoy (extraction du sampaloc frais) ; Pepper.ph, guide des acidulants]
Mettez le porc dans le bouillon avec l'oignon et les tomates, portez à frémissement et écumez patiemment pendant le premier quart d'heure, jusqu'à ce que la surface soit nette. Puis couvrez et laissez faire une heure.
Le pourquoiUn sinigang se juge d'abord à la clarté de son bouillon. L'écume, ce sont les protéines coagulées : si on les laisse, elles retombent et brouillent tout. [Vanjo Merano, Panlasang Pinoy]
Ajoutez le taro et laissez-le cuire vingt minutes. Sortez-en deux ou trois morceaux, écrasez-les à la fourchette avec une louche de bouillon, puis reversez cette purée dans la casserole.
Le pourquoiL'amidon du taro libéré épaissit et trouble volontairement le bouillon : c'est la signature du sinigang na baboy, pas un accident.
Versez la pulpe de tamarin (ou le sachet) et le patis. GoĂ»tez, et corrigez : le bouillon doit ĂȘtre franchement acide et franchement salĂ©, parce que le riz va tout adoucir dans l'assiette.
Le pourquoiUn sinigang assaisonnĂ© pour ĂȘtre bon Ă la cuillĂšre sera fade une fois mangĂ© avec du riz. On assaisonne pour l'assiette finale, pas pour la casserole. [Doreen G. Fernandez, « Why Sinigang? » (le riz comme façonneur du goĂ»t philippin)]
Radis blanc et aubergine d'abord, cinq minutes. Puis haricots longs, okra et piments, trois minutes. Chaque légume entre selon le temps qu'il lui faut, jamais tous ensemble.
Le pourquoiLe radis et l'aubergine sont denses, l'okra et les haricots cuisent en trois minutes : les jeter en mĂȘme temps, c'est choisir entre du cru et de la bouillie.
Coupez le feu. Plongez les tiges de kangkong dix secondes, puis les feuilles, et servez immédiatement dans la seconde qui suit. La chaleur résiduelle fait tout le travail.
Le pourquoiLe liseron d'eau perd sa couleur et sa tenue en moins d'une minute de cuisson réelle. C'est le geste que ratent presque toutes les recettes étrangÚres. [Vanjo Merano, Panlasang Pinoy]
Servez brûlant, chaque convive avec son bol de riz blanc et sa soucoupe de patis relevé de calamansi pressé. On mange une cuillÚre de bouillon, une bouchée de riz, un morceau trempé dans le sawsawan.
Le pourquoiLe sinigang n'est pas conçu pour ĂȘtre mangĂ© seul : son aciditĂ© et son sel sont calculĂ©s pour le riz. C'est l'argument mĂȘme de Doreen Fernandez quand elle en fait le plat le plus reprĂ©sentatif du goĂ»t philippin. [Doreen G. Fernandez, « Why Sinigang? »]
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le plat qu'on confond avec le sinigang des Visayas. Le chef ilonggo Tibong Jardeleza est formel : le batwan ne va pas dans le sinigang, il va ici, dans le KBL, et dans le kansi. Le « sinigang sa batwan » est une invention de Manille.
Voir la recette âCousineL'autre grande soupe philippine, et son exact contraire : le bulalo mise tout sur le gras et la moelle, sans une goutte d'acide. Les deux se sont retrouvĂ©es cĂŽte Ă cĂŽte dans les classements mondiaux de TasteAtlas.
Voir la recette âCousineLe nilaga est le sinigang sans l'acide : mĂȘme bouilli, mĂȘmes lĂ©gumes, mais un bouillon clair et doux. Comparer les deux, c'est comprendre ce que l'aciditĂ© fait Ă un plat.
Voir la recette âCousineLa troisiĂšme voie du bouilli philippin : ni acide ni gras, mais le gingembre et la papaye verte. Le trio sinigang, nilaga, tinola couvre presque toute la soupe domestique de l'archipel.
Voir la recette âCousineLa rĂ©ponse visayane : au lieu d'acidifier l'eau, on la remplace par de l'eau de coco. Autre gĂ©ographie, autre douceur.
Voir la recette âCousineL'acide sans le feu. Le kinilaw et le sinigang sont les deux extrĂ©mitĂ©s du mĂȘme goĂ»t philippin pour l'aigre : l'un cuit Ă l'acide froid, l'autre Ă l'acide bouillant.
Voir la recette âCousineLe cousin du MĂ©kong. Le canh chua acidifie au tamarin lui aussi, avec de l'ananas et des herbes : l'Asie du Sud-Est entiĂšre connaĂźt la soupe aigre, chaque pays avec son fruit.
Voir la recette âCousineLe cousin thaĂŻlandais : le gaeng som du Sud acidifie au tamarin et brĂ»le au piment. MĂȘme famille de bouillons aigres, tempĂ©rament opposĂ©.
Voir la recette âCousineLa mĂȘme plante, par l''autre bout. Le sinigang emploie le TUBERCULE du gabi, qu''on Ă©crase dans le bouillon pour l''Ă©paissir, lĂ oĂč le laing n''emploie que la FEUILLE. Un seul Colocasia esculenta, deux plats nationaux.
Voir la recette âSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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