Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Philippines · Luzon
Les feuilles de taro du Bicol fondues dans le lait de coco au piment et au bagoong, séchées et émiettées chez les uns, fraîches et roulées en paquets chez les autres
Commençons par le nom, parce qu''il cache une inversion. Dans le reste des Philippines, ce plat s''appelle LAING, mot tagalog qui veut dire feuilles séchées ou flétries, et il désigne des feuilles de taro séchées puis émiettées, mijotées dans le lait de coco. Mais au Bicol, la région qui l''a donné au pays, on ne dit pas laing. On dit PINANGAT, et la feuille de taro ne s''appelle pas gabi mais NATONG. La forme d''origine bicolane n''est d''ailleurs pas la feuille émiettée : c''est la feuille FRAÎCHE ENTIÈRE, roulée en paquet autour d''une garniture, ficelée, et pochée dans le gata. Autrement dit, la version que la nation entière connaît sous le nom de laing est une forme dérivée, plus simple, plus transportable, et la version dite savante, celle qu''on présente parfois comme un autre plat, est en réalité l''aînée.
LAING ET PINANGAT NE SONT PAS DEUX PLATS ÉTRANGERS L''UN À L''AUTRE.
✦ Choisissez votre école ✦
Les feuilles de taro séchées au soleil, cassées à la main et laissées fondre dans le lait de coco jusqu'à devenir une masse sombre et moelleuse. C'est la version que tout le pays connaît sous le nom de laing, et la plus simple à réussir hors du Bicol.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Prenez cinq feuilles séchées superposées, pliez-les en deux dans le sens des nervures et cassez. Recommencez jusqu'à obtenir des morceaux de trois ou quatre centimètres. Secouez le tout dans une passoire pour éliminer la poussière et les brindilles de tige les plus dures. Ne lavez pas les feuilles, elles boiraient de l'eau au lieu du lait de coco.
Le pourquoiLa feuille sèche se rompt naturellement le long des nervures. Cassée ainsi, elle s'ouvre en lambeaux souples qui boivent le gata et fondent ; taillée au couteau, elle garde des bords nets et fibreux qui restent en travers de la bouchée. [Geste transmis par les cuisiniers philippins ; à noter que cette page l'attribuait à une cheffe bicolane dont l'existence n'est pas établie]
Dans une grande casserole, versez le lait de coco de deuxième extraction. Ajoutez l'ail, les échalotes, le gingembre, la tige de citronnelle écrasée, le bagoong alamang et les piments oiseau ENTIERS, sans les fendre. Portez à frémissement très doux, jamais à ébullition, et laissez infuser dix minutes avant d'ajouter quoi que ce soit d'autre.
Le pourquoiLe lait de coco chauffé fort se déphase : les protéines coagulent, l'huile se sépare en grumeaux et la sauce devient granuleuse au lieu de nappante. Le frémissement paresseux est la seule allure qui tienne du début à la fin. [Règle constante des recettes philippines au gata (Lalaine Manalo, Kawaling Pinoy)]
Ajoutez les dés de poitrine et laissez cuire vingt minutes à frémissement. Répandez alors les feuilles séchées sur toute la surface, sans mélanger. Poussez-les doucement sous le liquide avec le dos d'une cuillère, et ne touchez plus à rien pendant quinze à vingt minutes.
Le pourquoiDeux raisons vérifiables, et pas celle qu'on répète. Un lait de coco brassé sur le feu se déphase ; et une feuille sèche remuée avant d'avoir bu se déchire au lieu de fondre. L'explication courante, selon laquelle remuer libérerait les oxalates, n'est appuyée par aucune source, et les cuisiniers philippins qui la transmettent le reconnaissent volontiers. [Consigne de non-brassage constante dans les recettes philippines ; l'explication par les oxalates est déclarée entre science et superstition par les cuisiniers eux-mêmes]
Versez la kakang gata, la première extraction épaisse, et laissez réduire dix à quinze minutes sans couvrir, toujours à frémissement paresseux. Vous pouvez remuer maintenant, doucement. Attendez le moment où une pellicule dorée remonte et se sépare à la surface.
Le pourquoiCette séparation, que les cuisiniers philippins appellent l'huile qui sort, n'est pas un accident : c'est le point d'arrivée du plat. L'émulsion du lait de coco a fini par céder sous la chaleur et le gras libéré enrobe les feuilles. Un laing qui n'a pas rendu son huile n'est pas fini. [Signal de cuisson constant dans les recettes philippines au gata]
Ne cherchez pas à raccourcir. Comptez au minimum une heure de mijotage cumulé pour les feuilles séchées, davantage pour les paquets de feuilles fraîches. Et ne goûtez pas avant la fin de la cuisson.
Le pourquoiLes feuilles de taro contiennent des raphides, des aiguilles microscopiques d'oxalate de calcium, qui blessent les muqueuses si elles ne sont pas détruites. Une mesure conduite sur sept cultivars donne entre 434 et 856 milligrammes d'oxalate total pour cent grammes de feuille fraîche, dont environ deux tiers sous forme insoluble, c'est-à-dire les cristaux eux-mêmes. Le trempage et le lavage n'enlèvent que la part soluble : seule la cuisson humide prolongée protège vraiment. [Thanh, Vu, Van et al., Oxalate content of taro leaves grown in central Vietnam, Foods 6(1):2, 2017 ; Omura, Blake, McIntyre, Li et Kosatsky, Environmental Health Review 57(3), 2014]
Laissez reposer un quart d'heure hors du feu avant de servir sur du riz blanc brûlant. Et gardez-en : le laing du lendemain, réchauffé tout doucement, est meilleur que celui du jour.
Le pourquoiLe repos permet à l'huile séparée de se redistribuer et aux feuilles de finir d'absorber. Une nuit au frais fait le reste : le piment s'arrondit, le bagoong s'intègre, et l'amertume résiduelle de la feuille disparaît. [Pratique domestique constante ; comportement classique des plats au lait de coco]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
♔ Cette recette n'a jamais été testée par la communauté. Soyez le premier à fermer la couronne.
Le frère de casserole. Même crème de coco poussée jusqu''à l''huile qui sort, mêmes piments oiseau, même bagoong. La différence tient à ce qu''on met dedans : le porc gras seul d''un côté, la feuille de taro de l''autre.
Voir la recette →CousineHomonyme à ne pas confondre. Le pinangat na isda emmaillote un poisson dans les feuilles de gabi ; le pinangat du Bicol, celui qui est l''autre nom du laing, roule les feuilles autour d''une farce de porc et de crevettes. Deux plats, un seul mot.
Voir la recette →CousineL''autre grand gata bicolan. Le kinunot effiloche la raie dans la même crème de coco au piment, avec du malunggay à la place du taro : la preuve que le trio gata, labuyo et bagoong est un moule régional, pas une recette.
Voir la recette →CousineLe même geste appliqué à un fruit. Le jacquier vert mijoté au lait de coco et au bagoong suit exactement la mécanique du laing, y compris l''attente de l''huile qui remonte : c''est le ginataan, la grande famille philippine des plats au coco.
Voir la recette →CousineLa même plante, par l''autre bout. Le sinigang emploie le TUBERCULE du gabi, qu''on écrase dans le bouillon pour l''épaissir, là où le laing n''emploie que la FEUILLE. Un seul Colocasia esculenta, deux plats nationaux.
Voir la recette →CousineLe paquet de l''autre côté du Pacifique. Le palusami enveloppe la crème de coco DANS les feuilles de taro avant de les cuire au four de terre : c''est la même idée que le pinangat de Camalig, avec un four à la place d''une casserole.
Voir la recette →CousineLe même couple aux Antilles. Le callaloo caribéen fait fondre des feuilles de taro dans le lait de coco, arrivé là par les traites et non par les migrations austronésiennes : deux histoires opposées, un plat presque identique.
Voir la recette →CousineLe cousin hors Pacifique : le laing du Bicol (Philippines) marie la même plante (feuilles de taro) et le lait de coco, mais avec des feuilles SÉCHÉES et beaucoup de piment. Parent par la plante et le coco, pas par la géographie.
Voir la recette →CousineLe laing du Bicol prouve que la contrainte fait la cuisine. Feuille de taro et lait de coco là aussi — mais les Philippins font sécher la feuille avant de la mijoter longuement, et ajoutent le piment. Le séchage règle le même problème que notre longue ébullition : neutraliser ce qui pique. Deux techniques, un seul adversaire.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.