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Atlas Culinaire · Suède · Europe
Des couches de kavring — le pain de seigle aigre deux fois cuit de Scanie — réduites en miettes et torréfiées au beurre noisette, alternées de compote de pommes et gratinées jusqu'à ce que la surface craque. Ni pâte brisée, ni pâte sablée, pas un gramme de farine crue : c'est l'ancêtre du gâteau aux pommes suédois, et on le sert tiède sous une vaniljsås que la Suède, dans les faits, verse le plus souvent d'une brique.
ÄPPEL-KAKA est attestée dès 1730 dans l'Oeconomia, et Cajsa Warg en donne page 422 de sa Hjelpreda i Hushållningen (1755) une version de pommes séchées : « (Av torkade) äplen kan man koka äple-såppa, äfwen giöra äple-kakor ».
ÄPPEL-PAJ, elle, n'apparaît qu'en 1867, et le mot-tête PAJ est un emprunt à l'anglais « pie » dont la première attestation suédoise, chez Beckman en 1883, décrit une coutume américaine, le mot entre guillemets et la chose qualifiée de « nedrigt hårdsmält frukttårta ».
Cent trente-sept ans séparent donc la kaka de la paj : la tarte à pâte sablée émiettée est un anglicisme tardif, tandis que la version scanienne — des couches de kavring, ce pain aigre deux fois cuit défini par le SAOB depuis 1544, torréfié au beurre et alterné de compote — est l'objet proprement suédois, et ne comporte aucune pâte.
Le Nordiska museet, pourtant, écrit « äppelpaj till efterrätt » en décrivant le dessert du gåsamiddag de la Saint-Martin, là où tout le corpus scanien écrit « skånsk äppelkaka » : le musée national a adopté l'anglicisme contre le mot indigène de cent trente-sept ans son aîné.
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Éplucher les pommes, les épépiner et les tailler en gros quartiers, puis les réunir dans une casserole à fond épais avec le sucre, l'eau et le jus de citron. Couvrir et laisser compoter à feu doux vingt à vingt-cinq minutes en remuant deux ou trois fois, le citron servant à bloquer l'oxydation et à préserver la couleur claire de la chair plutôt qu'à acidifier. On entend d'abord les quartiers glisser entiers contre la paroi, puis le bruit s'assourdit à mesure qu'ils s'affaissent, et l'odeur passe du fruit cru au sucre chaud. La compote est bonne lorsqu'elle se tient à la cuillère sans rendre d'eau, encore un peu granuleuse et surtout pas lissée en purée, car la kaka a besoin de morceaux pour ne pas se tasser en tranche. Si elle reste liquide, poursuivre cinq minutes à découvert pour évaporer ; si elle a accroché au fond, la débarrasser aussitôt dans un plat froid sans jamais gratter la partie brûlée.
Le pourquoiLa pectine des parois cellulaires se solubilise entre 80 et 90 °C puis gélifie en refroidissant : c'est elle, et non le sucre, qui donne à la compote sa tenue et l'empêche de rendre de l'eau dans le montage.
Passer le kavring au robot par à-coups courts jusqu'à obtenir une mie grossière et irrégulière, puis la mélanger dans un grand saladier avec la chapelure de pain blanc, la moitié du sucre, la cannelle et le sel. Les à-coups sont indispensables : un mixage continu échauffe la mie, en libère l'humidité résiduelle et la compacte en boulettes. Le mélange doit crisser entre les doigts comme du sable de plage, avec quelques éclats plus gros qui donneront le croquant, et sentir franchement le seigle et l'aigre. La cible est un volume d'environ un litre de miettes sombres et sèches, sans aucun morceau de croûte resté entier. Si la chapelure est devenue trop fine et poudreuse, émietter à la main une tranche de kavring supplémentaire pour lui rendre du grain.
Le pourquoiLe kavring est un pain déjà cuit deux fois, donc largement déshydraté : sa mie absorbe le beurre fondu par capillarité au lieu de s'y détremper, ce qu'une mie fraîche et humide ne peut pas faire.
Faire fondre le beurre dans la plus grande poêle disponible et le laisser blondir jusqu'à ce que la mousse retombe et que les particules de petit-lait tournent noisette au fond, puis jeter d'un coup toute la chapelure et la remuer sans arrêt à la spatule quatre à cinq minutes. Le beurre noisette apporte une profondeur que le beurre simplement fondu n'a pas, et c'est exactement ce qui sépare une kaka mémorable d'une kaka fade. Le mélange grésille bruyamment, puis le bruit se calme lorsque le beurre est entièrement absorbé, et une odeur nette de noisette et de pain grillé envahit la cuisine. La chapelure est prête quand elle a foncé d'une nuance entière, brille sans paraître grasse, et qu'une pincée jetée sur une assiette froide reste croustillante en refroidissant. Si elle a bruni trop vite, la débarrasser immédiatement en couche mince sur une plaque froide, car la chaleur résiduelle de la poêle continuerait de la cuire.
Le pourquoiRéaction de Maillard entre les sucres réducteurs du seigle et les acides aminés du pain, accélérée par les protéines du beurre noisette ; au-delà de 180 °C, elle bascule en pyrolyse et une amertume irréversible s'installe.
Beurrer un moule à tarte ou un plat à gratin d'environ vingt-quatre centimètres, puis monter en commençant par un tiers de la chapelure tassée du plat de la main, la moitié de la compote étalée à la spatule, encore un tiers de chapelure, le reste de compote, et terminer impérativement par la chapelure. La règle du pain dessous et dessus, que les trois recettes natives imposent sans exception, n'a rien de décoratif : la couche inférieure isole la compote du fond brûlant, la supérieure fait couvercle et empêche le fruit de se dessécher. Les couches doivent rester lisibles en tranche, environ un centimètre chacune, et la surface parfaitement plane sous la paume. Si la compote perce la chapelure par endroits, saupoudrer ces zones des miettes réservées plutôt que de tout remuer.
Le pourquoiLa chapelure de surface joue le rôle d'une croûte poreuse : elle laisse échapper la vapeur de la compote tout en réfléchissant assez de rayonnement pour que le fruit ne parte pas en ébullition.
Parsemer la surface du reste de sucre et de quelques noisettes de beurre, puis enfourner à deux cents degrés, chaleur statique, à mi-hauteur, pour vingt-cinq minutes. La température est volontairement haute et le temps volontairement court : il ne s'agit pas de cuire une pâte, puisqu'il n'y en a pas, mais de dorer une surface et de réchauffer une compote déjà cuite. Le dessus prend une couleur de pain grillé foncé, la cuisine sent la cannelle et le beurre chaud, et l'on voit parfois la compote bouillonner discrètement sur un bord du plat. La kaka est cuite quand la surface craque nettement sous le dos d'une cuillère et qu'aucune humidité ne remonte au centre. Si le dessus fonce trop tôt, couvrir d'une feuille d'aluminium et poursuivre sans crainte : la chapelure étant déjà torréfiée, le risque de sous-cuisson est nul.
Le pourquoiIl n'y a ici ni gluten à développer ni amidon cru à gélatiniser : la cuisson ne sert qu'à évaporer l'eau de surface et à pousser d'un cran la caramélisation entamée à la poêle.
Fendre la gousse dans la longueur, en racler les graines à la pointe du couteau et les mettre avec la gousse dans une casserole avec le lait et la crème. Porter tout juste au frémissement, couper le feu, couvrir et laisser infuser un quart d'heure hors du feu : l'infusion à couvert extrait bien davantage d'arôme qu'une ébullition brève, et les composés volatils ne s'échappent pas avec la vapeur. Le liquide se pique de milliers de points noirs et l'odeur devient franchement florale, très différente de celle d'un extrait. Pendant ce temps, fouetter les jaunes avec le sucre jusqu'à ce que le mélange blanchisse et forme un ruban qui retombe lentement du fouet. Si une peau se forme sur le lait pendant l'infusion, la retirer à l'écumoire plutôt que de la fouetter dans la sauce, où elle resterait en filaments.
Le pourquoiLa vanilline et les composés aromatiques de la gousse sont liposolubles : ce sont les matières grasses du lait et de la crème qui les extraient, l'eau seule n'en tirerait presque rien.
Verser un tiers du lait vanillé chaud sur les jaunes en fouettant pour les tempérer, reverser le tout dans la casserole, et cuire à feu doux en remuant sans arrêt à la spatule, en huit, en raclant bien le fond et les angles. C'est l'étape où tout se joue : les protéines du jaune coagulent entre 82 et 85 °C et épaississent la sauce, mais au-delà elles se contractent brutalement et expulsent l'eau en grumeaux. La mousse de surface disparaît d'un coup, le bruit de la spatule change, et la sauce cesse de couler librement pour commencer à napper. La cible est atteinte quand un doigt tracé sur le dos de la spatule nappée laisse une trace nette dont les bords ne se referment pas. En cas de grumeaux, retirer immédiatement du feu, verser dans un récipient froid et passer au chinois : le chef Tommy Myllymäki le recommande expressément sur Köket, et la sauce filtrée reste tout à fait servable.
Le pourquoiCoagulation protéique : les livétines et les lipoprotéines du jaune se dénaturent puis s'agrègent en réseau tridimensionnel vers 82-85 °C, emprisonnant l'eau et épaississant la sauce ; passé ce seuil, le réseau se resserre, relargue l'eau et la sauce tranche.
Laisser la kaka reposer dix à quinze minutes hors du four avant de la servir : elle doit être ljummen, tiède, jamais brûlante, et les trois recettes natives le précisent toutes les trois. Ce repos n'est pas de la patience gratuite, car le beurre absorbé par la chapelure se refige légèrement en refroidissant et rend au dessus le croquant que la vapeur du four lui avait pris. Servir à la cuillère, en creusant franchement à travers les couches, et présenter la vaniljsås à part dans un pichet, tiède ou à température ambiante. La bouchée réussie associe une chapelure encore craquante, une compote chaude et acidulée et une sauce onctueuse : trois températures et trois textures dans la même cuillerée. Si la kaka a trop refroidi, cinq minutes à deux cents degrés lui rendent intégralement son croquant — ce dont aucune tarte à pâte ne serait capable.
Le pourquoiLe beurre laitier recristallise entre 15 et 25 °C : en refroidissant, il rigidifie la matrice de chapelure et restaure la sensation de croquant que la vapeur du four avait momentanément effacée.
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Sourcer ou se taire
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