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Atlas Culinaire · Suède · Europe
Entre la crêpe épaisse et l'omelette : cinq œufs, un décilitre de farine, quatre décilitres de lait et la graisse du lard qu'on vient de faire griller — le sauvetage de la maîtresse de maison scanienne.
La fiche que le Jordbruksverket lui consacre sur Smaka Sverige est explicite : les airelles crues remuées au sucre sont aujourd'hui « quasiment obligatoires », mais historiquement c'étaient des quartiers de pomme poêlés au beurre ou de la compote de pommes qui accompagnaient l'äggakaka.
Le lingon est donc un ajout récent devenu canon, et la version aux pommes — la plus ancienne — passe pour une fantaisie.
Le deuxième point est technique et sépare deux écoles : la graisse.
La méthode scanienne veut qu'on fasse d'abord griller les tranches de lard salé, puis qu'on verse l'appareil DANS cette graisse, et plusieurs sources natives recommandent même d'en réserver une part pour la mêler à la pâte.
Les recettes de grande diffusion, celle d'Arla en tête, se contentent d'une cuillerée à soupe de beurre — ce qui donne une galette correcte mais sans le goût de lard qui définit le plat.
Le troisième désaccord porte sur la finition : retournement à la poêle sur un couvercle ou une assiette, ou passage au four pour prendre la surface ? Les deux figurent dans la même fiche institutionnelle, et la poêle demande une main sûre que le four dispense.
Enfin, un point de statut mérite d'être signalé sans être tranché : l'äggakaka est communément citée comme la landskapsrätt de Scanie, mais un projet lancé par le gastronome Carl Jan Granqvist et Leif Bergsten, de Folkets Hus och Parker, a chargé plusieurs chefs de créer de NOUVEAUX plats de province, et pour la Scanie la cheffe Frida Nilsson a composé un menu destiné à remplacer précisément le dîner d'oie, l'ålagille et l'äggakaka au lard.
Le plat de province de Scanie est donc, au moment de la rédaction, un titre disputé.
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Faire griller les tranches de poitrine salée à feu moyen dans une grande poêle, sans matière grasse ajoutée, jusqu'à ce qu'elles soient bien croustillantes et dorées. Les réserver au chaud sur du papier absorbant. Garder TOUTE la graisse rendue dans la poêle, et en prélever une cuillerée à soupe pour l'appareil. Le lard doit chanter puis se calmer quand il a rendu son eau, et la graisse doit rester claire et dorée, jamais brune. La cible est une poêle avec un fond de graisse limpide et des tranches croustillantes de côté. Si la graisse a noirci, l'essuyer et recommencer avec du lard frais : l'amertume du gras brûlé traverserait toute la galette.
Le pourquoiLa graisse de porc fond entre trente et quarante degrés et se sépare lentement des tissus ; une montée en température progressive permet à cette fusion de se faire avant que la surface ne colore, ce qui maximise le rendement en graisse et donne une tranche croustillante plutôt que dure.
Fouetter la moitié du lait avec la farine et le sel jusqu'à obtenir une pâte lisse sans grumeau, puis ajouter le reste du lait et les œufs et fouetter à nouveau jusqu'à ce que l'appareil soit parfaitement homogène. Incorporer enfin la cuillerée de graisse de lard réservée, encore tiède. L'ordre compte : ajouter toute la farine dans tout le liquide d'un coup donne des grumeaux qu'aucun fouet ne rattrape. La cible est un appareil fluide, jaune pâle, sans une seule pastille de farine. Si des grumeaux persistent malgré tout, passer au chinois plutôt que de fouetter davantage.
Le pourquoiUn grumeau se forme quand une particule de farine s'hydrate en surface et s'imperméabilise avant que son cœur ne soit mouillé. Commencer par une pâte épaisse, où le cisaillement du fouet est maximal, disperse les particules avant qu'elles ne puissent s'agglomérer.
Remettre la poêle avec sa graisse sur feu MOYEN, verser l'appareil et laisser prendre. Au fur et à mesure que les bords coagulent, les ramener délicatement vers l'extérieur à la spatule en inclinant la poêle pour que l'appareil encore liquide vienne à leur place — c'est le geste que décrit la fiche institutionnelle. Compter une douzaine de minutes. La galette gonfle légèrement, prend une couleur dorée en dessous et reste crémeuse au-dessus. La cible est une äggakaka épaisse, prise sur les bords, encore brillante au centre. Si le dessous colore trop vite alors que le dessus reste liquide, baisser encore le feu et couvrir deux minutes.
Le pourquoiLes protéines de l'œuf coagulent entre soixante-cinq et quatre-vingts degrés ; sur une préparation épaisse, la chaleur met plusieurs minutes à atteindre le centre, et un feu vif porte le fond au-delà de cent cinquante degrés bien avant. Le feu moyen est la seule façon de faire coïncider les deux.
Deux écoles, toutes deux données par la fiche institutionnelle. À la poêle : faire glisser la galette sur un couvercle ou une grande assiette, poser la poêle par-dessus et retourner d'un geste franc, puis laisser dorer deux à trois minutes de l'autre côté. Au four : glisser la poêle sous le gril quelques minutes jusqu'à ce que la surface prenne et blondisse. La cible est une galette dorée des deux côtés, ferme mais moelleuse. Si le retournement rate et que la galette se casse, ce n'est pas grave : on la sert en morceaux, ce que font beaucoup de familles.
Le pourquoiLe gril transmet la chaleur par rayonnement et cuit la surface sans que la galette ait à être manipulée, ce qui évite le risque de rupture — la structure d'une äggakaka épaisse encore chaude est fragile.
Faire glisser l'äggakaka sur un plat, disposer les tranches de lard croustillant PAR-DESSUS — c'est la façon que décrit le Jordbruksverket — et servir avec les airelles crues remuées au sucre, ou avec les quartiers de pomme poêlés au beurre pour la version historique. Couper en parts comme une tarte. La cible est une part épaisse, dorée, coiffée de lard, avec une cuillerée d'airelles froides à côté. Si l'on veut faire les deux accompagnements, les servir dans deux bols et laisser chacun choisir : c'est aussi une façon de raconter le déplacement historique du plat.
Le pourquoiL'acidité de l'airelle, riche en acides benzoïque et citrique, tranche la graisse de porc et relance la salivation ; la pomme poêlée, plus sucrée et moins acide, joue sur un registre différent — d'où le fait que le remplacement de l'une par l'autre a réellement changé le goût du plat.
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Sourcer ou se taire
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