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Atlas Culinaire · Canada · Québec
Pois jaunes, lard salĂ©, sarriette â la soupe des habitants, des camps de bĂ»cherons et des voyageurs, aussi Ă©paisse qu'une purĂ©e, aussi vieille que la Nouvelle-France.
La soupe aux pois est l'un des plus anciens plats du patrimoine quĂ©bĂ©cois, nĂ©e dans les cuisines de la Nouvelle-France au XVIIe siĂšcle. Les pois secs â jaunes le plus souvent â voyageaient sans se gĂąter et nourrissaient Ă bon compte : ils devinrent le pilier des habitants, puis des postes de traite, des camps de bĂ»cherons et des voyageurs de la traite des fourrures, Ă qui la soupe fournissait des calories denses pour affronter l'hiver. La tradition populaire attribue son introduction aux premiers colons français â le nom de Champlain revient souvent â mĂȘme si cette filiation exacte relĂšve davantage de la lĂ©gende que de l'archive. Le mariage pois secs + lard salĂ© n'a d'ailleurs rien d'unique au Canada : il descend en droite ligne des soupes paysannes d'Europe, oĂč la brique de lard salĂ© Ă©tait le trĂ©sor du garde-manger. Ce qui a fixĂ© la version quĂ©bĂ©coise, c'est la sarriette sĂ©chĂ©e, herbe omniprĂ©sente dans les cuisines de grand-mĂšre, et une texture volontairement rustique, Ă mi-chemin entre la soupe et la purĂ©e. Longtemps repas ordinaire de semaine, elle est aujourd'hui un emblĂšme du temps des sucres et des tables d'hiver.
Deux vraies querelles de cuisine entourent le plat.
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Verser les pois cassĂ©s jaunes dans une passoire fine et rincer abondamment sous l'eau froide en les remuant â l'eau de rinçage doit sortir claire. Trier pour enlever les quelques pois dĂ©colorĂ©s ou les dĂ©bris. Si l'on opte pour un trempage court (recommandĂ© pour accĂ©lĂ©rer la cuisson), couvrir d'eau froide 1 heure. Ăgoutter avant de commencer. Les pois cassĂ©s n'ont pas besoin de trempage long comme les haricots entiers â 1h suffit ou on peut cuire directement.
Le pourquoiLe rinçage emporte l'amidon de surface et la poussiĂšre qui, sinon, troublent le bouillon et le font mousser Ă l'excĂšs. Le tri Ă©carte les pois vĂ©reux, dĂ©colorĂ©s ou les petits cailloux qui ne cuiront jamais et gĂącheraient une bouchĂ©e. Un trempage court, facultatif, hydrate les pois pour une cuisson plus rĂ©guliĂšre â mais les pois cassĂ©s fondent seuls et n'exigent pas la longue nuit de trempage des haricots.
Rincer le bloc de lard salĂ© sous l'eau froide pour Ă©liminer l'excĂšs de sel de surface. Si le bloc est trĂšs Ă©pais, le couper en lardons de 2 cm Ă 2 cm. Certaines cuisiniĂšres prĂ©fĂšrent laisser le bloc entier pour le retirer et Ă©mietter Ă mi-cuisson â les deux mĂ©thodes donnent un bon rĂ©sultat. Si l'on utilise un os de jambon en complĂ©ment ou Ă la place, le rincer Ă©galement.
Le pourquoiUn simple rinçage à l'eau froide chasse le sel de saumure déposé en surface sans dépouiller le gras, et c'est ce gras qui porte tout le goût. En fondant lentement, le lard salé diffuse gras et umami dans la soupe : c'est précisément ce qui la distingue d'un bouillon de légumes maigre.
Dans une grande marmite (6L minimum), verser les pois cassĂ©s rincĂ©s et Ă©gouttĂ©s, le lard salĂ© coupĂ© (ou le bloc entier), l'oignon hachĂ©, le cĂ©leri, la carotte, la sarriette sĂ©chĂ©e, la feuille de laurier et le poivre. Couvrir de 2,5 litres d'eau froide. Porter Ă Ă©bullition Ă feu vif, puis dĂšs les premiers bouillons, Ă©cumer la mousse grisĂątre qui se forme en surface avec une cuillĂšre â cette Ă©cume contient les impuretĂ©s des pois et du lard.
Le pourquoiLe dĂ©part Ă l'eau froide laisse le lard et les pois libĂ©rer leurs saveurs progressivement Ă mesure que la tempĂ©rature monte. L'Ă©cume grisĂątre qui remonte au premier bouillon est faite de protĂ©ines coagulĂ©es et d'impuretĂ©s : la retirer donne une soupe plus nette au goĂ»t et Ă l'Ćil.
AprĂšs Ă©cumage, rĂ©duire le feu au minimum, couvrir partiellement et laisser mijoter doucement pendant 2h30 Ă 3h. La soupe ne doit pas bouillir agressivement â un lĂ©ger frĂ©missement, des bulles paresseuses en surface. Remuer toutes les 30 minutes pour Ă©viter que les pois n'attachent au fond. Progressivement, les pois cassĂ©s vont se dĂ©sintĂ©grer et crĂ©er naturellement une texture Ă©paisse, quasi-purĂ©e. Vers 1h30, le bloc de lard peut ĂȘtre retirĂ©, effilochĂ© en morceaux et remis dans la soupe.
Le pourquoiSous une chaleur douce et prolongée, les granules d'amidon des pois gonflent et éclatent : la soupe épaissit toute seule, sans la moindre farine. Une ébullition trop vive, elle, brasserait les pois contre le fond et les ferait attacher, parfumant tout le pot d'un goût de brûlé.
AprĂšs 2h30, Ă©valuer la texture : les pois cassĂ©s doivent ĂȘtre complĂštement fondus et ne plus ĂȘtre discernables en morceaux distincts â la soupe ressemble Ă une purĂ©e orange-dorĂ©e crĂ©meuse. Si quelques morceaux subsistent, continuer 30 minutes. Pour une texture encore plus lisse (version contemporaine), passer un mixeur plongeant rapidement sur une partie de la soupe. Les puristes n'utilisent pas de mixeur â la texture naturellement grumeleuse des pois cassĂ©s dissous est voulue.
Le pourquoiLes pois cassĂ©s se dĂ©font d'eux-mĂȘmes en une purĂ©e dorĂ©e ; c'est cette texture rustique, Ă mi-chemin entre soupe et purĂ©e, qui signe le plat. Passer le mixeur donnerait un veloutĂ© lisse qui, aux yeux des puristes, trahit la nature paysanne de la recette.
GoĂ»ter maintenant pour le premier fois pour le sel â le lard salĂ© a libĂ©rĂ© son sel progressivement. Ajuster avec sel fin si nĂ©cessaire (souvent trĂšs peu voire pas). Poivrer gĂ©nĂ©reusement. Retirer la feuille de laurier. Ajouter le persil frais hachĂ© si dĂ©sirĂ©. Si la soupe semble trop grasse en surface, enlever l'excĂšs Ă la cuillĂšre (mais garder un peu â c'est la richesse du plat).
Le pourquoiLe lard salé ne libÚre son sel que progressivement : goûter trop tÎt et saler d'avance mÚne presque toujours à une soupe irrémédiablement trop salée. Le poivre, lui, réveille le gras et donne du relief à l'ensemble.
Servir fumante dans des bols profonds Ă soupe, avec une tranche Ă©paisse de pain de mĂ©nage blanc beurrĂ©e (ou des rĂŽties) pour Ă©ponger. Les lardons de lard dispersĂ©s dans la soupe sont le 'trĂ©sor' que les enfants cherchent dans leur bol. La soupe aux pois est encore meilleure rĂ©chauffĂ©e le lendemain â elle Ă©paissit complĂštement au rĂ©frigĂ©rateur et forme presque un solide ; diluer avec de l'eau chaude Ă rĂ©chauffage. Plat de rĂ©sistance complet, servi en entrĂ©e ou en plat principal.
Le pourquoiEn refroidissant, l'amidon rĂ©trograde et la soupe Ă©paissit encore â presque jusqu'au solide au rĂ©frigĂ©rateur. Servie fumante, elle a la consistance idĂ©ale ; rĂ©chauffĂ©e le lendemain, il faut la dĂ©tendre.
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MĂȘme garde-manger d'habitant : les lĂ©gumineuses sĂšches et la brique de lard salĂ©, deux piliers de la cuisine de la Nouvelle-France que l'on retrouvait sur la table du samedi comme dans les camps de bĂ»cherons.
Voir la recette âLa soupe suĂ©doise aux pois jaunes et au porc, traditionnellement servie le jeudi, partage la mĂȘme base pois jaunes + cochon que la soupe aux pois canadienne, autre hĂ©ritiĂšre des soupes de pois nordiques d'Europe.
Pas encore dans l'AtlasLa soupe de pois cassĂ©s hollandaise, trĂšs Ă©paisse et parfumĂ©e au porc, appartient Ă la mĂȘme famille de soupes paysannes europĂ©ennes dont descend directement la version canadienne apportĂ©e par les colons.
Pas encore dans l'AtlasLa soupe anglaise aux pois cassĂ©s et au jambon repose sur le mĂȘme couple pois secs + porc salĂ© ou fumĂ©, illustrant la parentĂ© transatlantique des soupes de pois d'origine paysanne.
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