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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Le nom ne parle ni d'agneau ni de PĂąques : il parle d'un couvercle
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
DĂ©taillez l'Ă©paule et le collier en morceaux d'environ cinq centimĂštres, en gardant les os. Parez les amas de gras les plus Ă©pais mais laissez le gras fin qui court entre les muscles : c'est lui qui portera le parfum d'agneau pendant l'Ă©tuvĂ©e, et un stufat entiĂšrement dĂ©graissĂ© est un plat maigre et triste. Salez les morceaux et laissez-les revenir Ă tempĂ©rature ambiante une vingtaine de minutes avant de les saisir. Pendant ce temps, lavez soigneusement les oignons verts et l'ail vert, en insistant sur le collet oĂč la terre se loge toujours. Coupez-les en tronçons de trois centimĂštres, en sĂ©parant les blancs des verts dans deux rĂ©cipients distincts.
Le pourquoiUne viande à température ambiante saisit sans faire chuter la température de la cocotte, ce qui permet une vraie réaction de Maillard au lieu d'un pochage.
Faites chauffer un fond de saindoux ou d'huile dans une cocotte Ă fond Ă©pais et saisissez l'agneau sur toutes ses faces, par petites quantitĂ©s. C'est le point oĂč la plupart des stufats se perdent : une cocotte surchargĂ©e fait tomber la tempĂ©rature, la viande rend son eau et bout au lieu de dorer. Travaillez en trois ou quatre fournĂ©es, en rĂ©servant les morceaux colorĂ©s au fur et Ă mesure. Ne nettoyez surtout pas le fond de la cocotte entre les fournĂ©es : les sucs bruns qui s'y accrochent sont l'essentiel de la sauce Ă venir. Si vous voyez ces sucs foncer dangereusement, baissez le feu et poursuivez plus doucement.
Le pourquoiLa réaction de Maillard entre acides aminés et sucres réducteurs ne démarre franchement qu'au-dessus de 140 °C, température impossible à tenir si la viande libÚre son eau dans une cocotte pleine.
Retirez la viande, baissez le feu et jetez dans la cocotte les blancs d'oignon vert seuls, sans l'ail. Remuez pour décoller les sucs et laissez-les suer cinq à sept minutes, jusqu'à ce qu'ils deviennent translucides et commencent à fondre. Vous verrez la quantité diminuer de façon spectaculaire : huit cents grammes d'oignon vert se réduisent à une masse étonnamment modeste, et c'est pourquoi la recette en demande autant. Ne cherchez pas à les colorer, ils doivent rester blonds. Si le fond attache, déglacez avec une cuillerée d'eau et continuez.
Le pourquoiLes composés soufrés piquants de l'oignon se dégradent à la chaleur douce en composés sucrés et ronds ; une coloration forte les remplacerait par de l'amertume.
Versez le vin blanc sur les oignons et laissez-le rĂ©duire de moitiĂ© Ă feu vif, en grattant le fond Ă la spatule. L'odeur doit passer de l'alcool au fruit en deux ou trois minutes. Remettez alors l'agneau et les jus qu'il a rendus, ajoutez le bulion et assez de bouillon chaud pour arriver Ă mi-hauteur des morceaux â pas plus : ce n'est pas une soupe, et le mot « scÄzutÄ Â» du dictionnaire annonce un plat rĂ©duit. Portez Ă lĂ©ger frĂ©missement, puis couvrez. Le couvercle n'est pas une commoditĂ© mais le sens mĂȘme du mot stufat : « un vas bine astupat », un rĂ©cipient bien bouchĂ©.
Le pourquoiL'alcool solubilise des composés aromatiques que l'eau seule ne dissout pas, puis s'évapore en laissant les acides du vin, qui attendrissent le collagÚne.
Laissez cuire une bonne heure Ă couvert, sur feu trĂšs doux ou au four Ă 160 °C. N'ouvrez pas toutes les dix minutes : chaque levĂ©e de couvercle laisse partir la vapeur qui fait prĂ©cisĂ©ment le travail. VĂ©rifiez une fois Ă mi-parcours que le liquide n'a pas trop baissĂ© et rajoutez un peu de bouillon chaud si nĂ©cessaire. L'agneau est prĂȘt quand la pointe d'un couteau entre sans effort et que la chair commence Ă se dĂ©tacher de l'os sans pour autant s'effilocher. Selon l'Ăąge de la bĂȘte, comptez entre une heure et une heure et quart â un agneau de lait de PĂąques va vite, un agneau plus ĂągĂ© demande davantage.
Le pourquoiEntre 70 et 90 °C, le collagÚne s'hydrolyse lentement en gélatine ; c'est ce qui rend la viande fondante et donne au jus sa texture nappante sans aucune liaison ajoutée.
Quand l'agneau est presque prĂȘt, ajoutez les trois quarts de l'ail vert et les verts d'oignon que vous aviez rĂ©servĂ©s, puis poursuivez Ă dĂ©couvert une douzaine de minutes. C'est ici que le plat prend son identitĂ© et que la sauce rĂ©duit Ă la consistance voulue. Gardez la derniĂšre poignĂ©e d'ail vert crue, hachĂ©e, pour la jeter au tout dernier moment hors du feu. Ce dĂ©doublement n'est pas une coquetterie : l'ail cuit apporte la rondeur et le fond, l'ail cru apporte le mordant et le parfum volatil que la cuisson dĂ©truit. Rectifiez le sel, poivrez, et laissez reposer cinq minutes avant de servir.
Le pourquoiL'allicine responsable du piquant de l'ail se forme par action de l'alliinase au moment oĂč l'on coupe le bulbe, et se dĂ©grade en quelques minutes de cuisson â seul l'ajout cru la restitue.
Le stufat se sert chaud, en assiette creuse, avec le jus rĂ©duit versĂ© gĂ©nĂ©reusement par-dessus. L'accompagnement traditionnel est la mÄmÄligÄ, ou simplement du pain frais pour saucer â surtout pas de pommes de terre, qui absorberaient un jus que l'on a passĂ© une heure et demie Ă concentrer. Parsemez d'aneth et de persil hachĂ©s hors du feu. Ă la table de PĂąques, il arrive aprĂšs le drob et les Ćufs rouges, et il tient le rĂŽle de plat principal jusqu'Ă l'arrivĂ©e de la pascÄ. Comptez deux cent cinquante grammes de viande par convive, l'agneau de lait perdant beaucoup au dĂ©sossage.
Le pourquoiUne nuit au froid permet aux arÎmes de diffuser dans la gélatine et à la sauce de se lier davantage ; en revanche les composés volatils de l'ail cru, eux, ne survivent pas.
Trois tests, tirĂ©s directement de la dĂ©finition du dictionnaire. Premier test, la rĂ©duction : le plat doit ĂȘtre « scÄzut », le jus concentrĂ© et nappant, jamais liquide â si vous pouvez le boire Ă la cuillĂšre comme une soupe, ce n'est pas un stufat. DeuxiĂšme test, les brins : on doit reconnaĂźtre Ă l'Ćil et sous la dent des tronçons d'oignon vert et d'ail vert, les « fire » du DEX, et non une purĂ©e d'aromates fondus. TroisiĂšme test, la proportion : le vert doit peser autant que la viande dans l'assiette, ce qui surprend toujours ceux qui dĂ©couvrent le plat. Si l'un des trois manque, vous avez fait un excellent ragoĂ»t d'agneau â mais pas un stufat.
Le pourquoiLa gĂ©latine extraite des os et la rĂ©duction du liquide donnent au jus une viscositĂ© qui se mesure trĂšs bien Ă l'Ćil, sans instrument.
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Sourcer ou se taire
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