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Atlas Culinaire · Aruba · Amériques
Le bocal qu'on met en route trois semaines avant NoĂ«l â pied et oreille de porc, oignon, clou de girofle, et du vinaigre pour le reste
Le gouvernement d'Aruba le dĂ©crit en papiamento comme « pata y orea di porco cu siboyo y clabo den binager » â https://www.gobierno.aw/gastronomiacushina-arubiano â pied ET oreille de porc, avec oignon et clou de girofle, dans le vinaigre.
Quatre éléments, et aucun n'est décoratif : le pied apporte la gélatine qui fait prendre la préparation, l'oreille apporte le cartilage croquant qui en fait la texture, le clou de girofle est l'épice unique et le vinaigre est à la fois le liquide et le conservateur.
Le point rĂ©ellement tranchĂ© est saisonnier et il est constitutif : le suls se mange aux Antilles nĂ©erlandaises en DĂCEMBRE, autour des fĂȘtes, et ce n'est pas une prĂ©fĂ©rence mais la logique mĂȘme du plat.
C'est une conserve, qu'on met en bocal des semaines Ă l'avance pour qu'elle soit prĂȘte au moment voulu, dans une Ăźle oĂč l'on abattait le cochon Ă l'approche des fĂȘtes.
Le classer en amuse-bouche de tous les jours, comme le font des recueils modernes, fait perdre la seule chose qui explique sa forme.
Deux prĂ©cisions d'honnĂȘtetĂ© pour finir.
Le nom vient du nĂ©erlandais zult, la fromage de tĂȘte, et les recueils antillais Ă©crivent souvent sĂčlt : c'est une crĂ©olisation de plus, comme la banketletter devenue lĂšter di pinda.
Et le plat est prĂ©sentĂ© par ces mĂȘmes recueils comme commun Ă Curacao, Aruba et Bonaire ; il est retenu pour Aruba parce que l'inventaire d'Ătat arubain l'atteste nommĂ©ment, en appliquant la doctrine posĂ©e sur AW009 et AW016.
Aucune protection européenne ne le couvre : le registre eAmbrosia complet ne compte aucune entrée pour Aruba, contrÎle positif passé.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Commencez par le plus ingrat et ne le bĂąclez pas. Brossez Ă©nergiquement les pieds et les oreilles Ă l'eau chaude, puis frottez-les au gros sel pour dĂ©coller ce qui rĂ©siste, en insistant sur les replis et entre les onglons. Ăchaudez-les ensuite deux minutes dans une eau frĂ©missante et raclez au couteau les soies restantes, que la chaleur a ramollies et rendues visibles. Une soie oubliĂ©e aujourd'hui se retrouvera dans le bocal dans trois semaines, et c'est irrattrapable. Rincez abondamment Ă l'eau froide pour terminer.
Le pourquoiL'Ă©chaudage dĂ©nature les protĂ©ines du follicule et libĂšre la soie, qui ne peut plus ĂȘtre arrachĂ©e Ă froid sans emporter la peau.
Placez pieds et oreilles dans une grande marmite, couvrez largement d'eau froide, ajoutez les feuilles de laurier, les grains de poivre et le sel. Portez lentement à frémissement en écumant la mousse grise des vingt premiÚres minutes, puis laissez cuire deux heures à deux heures trente à tout petit bouillonnement. La chair doit se détacher des os sans effort et la couenne devenir translucide. C'est une cuisson longue et il n'y a pas de raccourci : sans elle, le cartilage reste dur et le collagÚne ne s'est pas transformé.
Le pourquoiLe collagÚne abondant du pied s'hydrolyse en gélatine entre 80 et 90 °C, processus lent que l'ébullition franche n'accélÚre pas mais qui trouble le bouillon.
Sortez les morceaux et laissez-les tiĂ©dir juste assez pour pouvoir les manipuler, sans les laisser refroidir complĂštement â froids, ils deviennent difficiles Ă trancher proprement. DĂ©sossez soigneusement les pieds, en retirant tous les petits os, et dĂ©taillez chair, couenne et oreilles en lamelles fines et rĂ©guliĂšres, comme le dit la description nĂ©erlandaise du plat, « in kleine plakjes gesneden ». La rĂ©gularitĂ© compte : des morceaux d'Ă©paisseurs diffĂ©rentes marinent Ă des vitesses diffĂ©rentes et le bocal sera hĂ©tĂ©rogĂšne. Les oreilles se taillent en bandes en travers du cartilage.
Le pourquoiLe cartilage cuit reste ferme et élastique ; le trancher en travers raccourcit les fibres et rend la mastication franche.
Portez le vinaigre à frémissement dans une casserole avec les clous de girofle entiers, la pointe de sucre et le piment Madame Jeanette non percé, puis coupez le feu et laissez infuser vingt minutes à couvert. Le girofle est la seule épice que l'inventaire arubain cite pour ce plat, et l'infusion à chaud est ce qui lui permet de traverser tout le bocal en quelques jours au lieu de rester en surface. Ajoutez ensuite les oignons émincés dans le vinaigre encore chaud : ils s'attendrissent légÚrement et perdent leur agressivité sans devenir mous. Laissez refroidir complÚtement.
Le pourquoiL'eugĂ©nol du girofle est peu soluble Ă froid mais diffuse bien dans un liquide acide chaud, d'oĂč l'infusion prĂ©alable.
Dans des bocaux Ă©bouillantĂ©s et parfaitement secs, alternez des couches de lamelles de porc et de rondelles d'oignon, en tassant lĂ©gĂšrement Ă chaque Ă©tage. Ajoutez la louche de bouillon gĂ©latineux rĂ©servĂ©e, puis versez la marinade refroidie jusqu'Ă recouvrir entiĂšrement le contenu. Ce dernier point est la rĂšgle absolue de toute conserve au vinaigre : ce qui dĂ©passe du liquide s'oxyde, brunit et gĂąte le bocal entier. Fermez hermĂ©tiquement et essuyez le col avant de visser. Ătiquetez avec la date, vous en aurez besoin.
Le pourquoiL'acidité du vinaigre bloque le développement microbien, mais uniquement au contact ; une surface exposée à l'air est un point d'entrée.
Rangez les bocaux au frais et Ă l'abri de la lumiĂšre et oubliez-les deux Ă trois semaines. C'est pour cela qu'on met le suls en route bien avant NoĂ«l : le vinaigre doit avoir le temps de pĂ©nĂ©trer la couenne et le cartilage, qui sont denses et ne s'imprĂšgnent pas en deux jours. Un suls goĂ»tĂ© au bout de trois jours est agressif, avec le vinaigre d'un cĂŽtĂ© et le porc de l'autre. Le mĂȘme suls trois semaines plus tard est fondu, rond, et le girofle s'est diffusĂ© partout. Secouez dĂ©licatement le bocal une fois par semaine.
Le pourquoiLa diffusion de l'acide acétique dans une matrice collagénique dense est lente et se compte en semaines, pas en heures.
Sortez le suls du bocal Ă la fourchette, Ă©gouttez-le briĂšvement et servez-le froid, en petite coupelle, avec quelques rondelles d'oignon de la marinade. Le gouvernement d'Aruba le classe dans les amuse-bouches, aux cĂŽtĂ©s du calco tempera et du pisca tempera, deux autres prĂ©parations au vinaigre â c'est toute une famille de conserves acides que l'Ăźle sort pour les fĂȘtes de fin d'annĂ©e. Accompagnez de pan bati et d'une biĂšre trĂšs froide. Le bocal entamĂ© se garde plusieurs semaines au rĂ©frigĂ©rateur.
Le pourquoiLe froid raffermit la gélatine et le cartilage, ce qui donne au suls le mordant qu'il perd à température ambiante.
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Sourcer ou se taire
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