Chargement de lâatlas
Atlas Culinaire · CÎte d'Ivoire · Afrique
Le plat des champs sĂ©noufo â feuilles de haricot niĂ©bĂ© cuites avec le riz et montĂ©es au soumbara, vert profond et franchement rustique.
Le point tranché est l'usage du feuillage du niébé, cultivé pour sa graine mais dont les feuilles constituent un légume-feuille de plein droit dans les savanes, alors que les cuisines du Sud n'y voient qu'un déchet agricole.
Le second point est le soumbara : la quasi-totalité des plats sénoufo est montée au néré fermenté, qui apporte l'umami que la viande, rare et chÚre dans les campagnes du Nord, n'apporte pas.
Le troisiĂšme dĂ©bat porte sur le mode de service : plat unique oĂč le riz cuit avec les feuilles, il contredit la logique dominante ivoirienne du fĂ©culent nappĂ© de sauce, et les cuisines urbaines qui le reproduisent tendent Ă sĂ©parer les deux, ce qui en change la nature.
Enfin, le caractĂšre saisonnier compte : les feuilles se rĂ©coltent jeunes, avant la floraison du niĂ©bĂ©, ce qui limite la fenĂȘtre de prĂ©paration.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Effeuillez les tiges de niĂ©bĂ© en ne gardant que les jeunes limbes tendres et les pĂ©tioles souples, en Ă©cartant tout ce qui est jauni ou fibreux. Une feuille qui rĂ©siste quand on la plie est trop ĂągĂ©e. Lavez abondamment dans plusieurs eaux, car les feuilles de niĂ©bĂ© poussent bas et retiennent la terre. Ăgouttez.
Le pourquoiLa lignification des parois cellulaires augmente rapidement aprĂšs la floraison et rend les feuilles indigestes.
Hachez les feuilles au couteau, finement mais sans les réduire en purée. La finesse du hachage détermine la texture du plat fini et la maniÚre dont les feuilles s'intÚgreront au riz. Procédez par petites poignées roulées en cigare. Réservez.
Le pourquoiUn hachage trop fin ferait disparaßtre les feuilles dans le riz et supprimerait le contraste de texture recherché.
Triez le riz local Ă la main pour Ă©liminer graviers et grains non dĂ©cortiquĂ©s, puis rincez-le en plusieurs eaux sans le faire tremper. Le riz cuira avec les feuilles et absorbera leur jus, ce qui exige un grain propre et non gorgĂ© d'eau. Ăgouttez soigneusement. RĂ©servez Ă cĂŽtĂ© du feu.
Le pourquoiUn riz préalablement trempé absorberait moins le jus de cuisson des feuilles et donnerait un plat moins parfumé.
Faites revenir l'oignon dans l'huile, ajoutez la tomate concassée et laissez cuire cinq minutes, puis versez l'eau et incorporez le soumbara écrasé. Laissez bouillir cinq minutes pour que le condiment se dissolve complÚtement et diffuse. Le bouillon prend une couleur trouble et une odeur puissante, franchement ammoniacale : c'est normal. Cette dissolution préalable est la clé de son intégration.
Le pourquoiLes peptides et acides aminés libres du néré fermenté sont hydrosolubles et doivent diffuser dans le bouillon avant l'arrivée des autres ingrédients.
Ajoutez les feuilles hachées dans le bouillon et laissez cuire à découvert une quinzaine de minutes. Les feuilles réduisent, s'attendrissent et libÚrent leur jus vert dans le bouillon. La cuisson à découvert préserve la couleur en laissant s'échapper les acides volatils. Ajoutez le poisson séché émietté et le piment.
Le pourquoiL'évaporation des acides organiques évite la conversion de la chlorophylle en phéophytine brune.
Versez le riz égoutté dans la marmite, mélangez une seule fois pour l'immerger, puis laissez cuire à découvert jusqu'à absorption presque complÚte du liquide. Le riz cuit dans le jus des feuilles et en prend la couleur et le goût. Ne remuez plus aprÚs ce premier mélange, sous peine de casser les grains. Le niveau de liquide doit affleurer d'un centimÚtre.
Le pourquoiL'agitation libĂšre l'amidon de surface qui souderait les grains et transformerait le plat en bouillie.
Baissez le feu au minimum, couvrez et laissez cuire à l'étouffée une dizaine de minutes sans soulever le couvercle. Le riz achÚve de cuire dans la vapeur et absorbe les derniers sucs. Cette phase finale est ce qui donne au plat sa cohésion. Retirez ensuite du feu et laissez reposer cinq minutes.
Le pourquoiLa cuisson Ă l'Ă©touffĂ©e achĂšve la gĂ©latinisation de l'amidon au cĆur du grain sans apport d'eau supplĂ©mentaire.
AĂ©rez le plat Ă la fourchette en soulevant dĂ©licatement la masse, sans Ă©craser les grains, et rectifiez le sel. Servez chaud, en plat unique, sans accompagnement : le Tchrom Saraga se suffit Ă lui-mĂȘme. Une coupelle de piment Ă©crasĂ© permet Ă chacun de relever. Le soumbara donne au plat une puissance qui surprend les palais non habituĂ©s.
Le pourquoiLes composés volatils du néré fermenté sont perçus principalement par voie nasale directe et beaucoup moins en rétro-olfaction.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.