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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Le porc rouge des rôtisseries de Chợ Lớn, dont la couleur venait autrefois d'un tofu fermenté au riz rouge et vient aujourd'hui, le plus souvent, d'un flacon.
Le rouge d'origine est un rouge de fermentation : il vient du chao đỏ, le tofu fermenté rouge, dont les pharmaciens Trần Việt Hưng et Từ Bảo Anh ont détaillé le procédé dans Tuổi Trẻ le 22 décembre 2010 (https://tuoitre.vn/khoahocphothong/tu-chao-den-tau-hu-nang-mui-240972.html) : les blocs de tofu sont ensemencés de moisissures du genre Actinomucor, puis mis en saumure avec du riz rouge ang-kak, c'est-à-dire du riz colonisé par Monascus purpureus, et c'est ce champignon qui donne le rouge sombre du chao.
Ce pigment-là est un rouge brique, mat, qui vire au brun sous la chaleur — pas le rouge vif et uniforme, presque fluorescent, qui court sur les bacs des marchés.
Ce dernier vient de colorants ajoutés, et le cadre réglementaire vietnamien est explicite : le Thông tư 24/2019/TT-BYT du ministère de la Santé, signé le 30 août 2019 et en vigueur depuis le 16 octobre 2019, fixe une liste fermée d'environ 400 additifs autorisés avec leurs doses maximales, hors de laquelle rien n'est utilisable.
Point d'honnêteté sur le niveau du négatif : aucune des analyses publiques consultées ici ne porte nommément sur du xá xíu.
Les saisies documentées de Rhodamine B, colorant textile qui n'a jamais figuré sur cette liste, concernent le ruốc analysé par l'Institut Pasteur de Nha Trang en avril 2016, les graines de pastèque et le canard laqué — ce dernier cité par le docteur Trần Quang Tùng, de l'École polytechnique de Hanoï, dans le journal du ministère de la Santé le 29 avril 2019 (https://giadinh.suckhoedoisong.vn/chuyen-gia-chi-cach-nhan-dien-thuc-pham-uop-mau-cong-nghiep-172190426202055233.htm).
Le risque est donc établi pour la famille des viandes rôties rouges, pas prouvé plat par plat.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Choisissez une échine bien persillée et débitez-la dans la longueur en bandes de cinq à six centimètres de section, jamais en gros pavés. Cette découpe n'a rien d'esthétique : elle multiplie la surface exposée, ce qui permet à la marinade de pénétrer partout en une nuit et donne, à la coupe finale, ce liseré rouge caractéristique cerné d'un cœur rosé. Laissez en place le gras intramusculaire et les fines veines de gras visibles, qui fondront pendant la rôtisserie et arroseront la viande de l'intérieur. Une bande correctement taillée pèse entre 250 et 350 g et tient debout sans s'affaisser quand on la pose sur la planche. Si votre morceau est trop maigre, glissez sous chaque bande une lanière de lard gras que vous retirerez avant le service, plutôt que d'augmenter le sucre de la marinade pour compenser.
Le pourquoiLe rapport surface/volume commande la vitesse de diffusion du sel et du sucre dans le muscle ; une bande de 5 cm est saturée en douze heures là où un pavé de 10 cm ne l'est qu'à moitié après vingt-quatre.
Écrasez les 30 g de chao đỏ à la fourchette avec un peu de leur saumure jusqu'à obtenir une crème lisse et sans grumeau, puis incorporez la sauce hoisin, la sauce de soja, le sucre, l'alcool de rose, l'ail, l'huile de sésame, le poivre blanc et les 5 g de cinq-épices. Le chao est le cœur du sujet : c'est un tofu fermenté dont la teinte provient du riz rouge ang-kak ensemencé de Monascus purpureus, et il apporte à la fois la couleur brique et une profondeur salée-umami qu'aucun colorant ne reproduit. Passez ensuite la marinade au tamis fin : elle doit être fluide, d'un brun rougeâtre franc, et sentir la badiane par-dessus la note de soja fermenté. Réservez-en 60 ml dans un bol séparé, au réfrigérateur, avant tout contact avec la viande crue — ce sera la base de la sauce de service. Si des grumeaux blancs subsistent après le tamis, écrasez-les à part avec une cuillerée d'eau chaude plutôt que de les jeter, car ils concentrent l'essentiel du sel et vous déséquilibreriez l'assaisonnement.
Le pourquoiLa fermentation du chao a déjà hydrolysé les protéines de soja en acides aminés libres, dont le glutamate : la marinade agit donc en exhausteur naturel et en agent de brunissement, car ces acides aminés alimentent la réaction de Maillard.
Couchez les bandes dans un plat creux ou un sac alimentaire, versez la marinade, massez chaque morceau une minute pour ouvrir les fibres, puis chassez l'air et réfrigérez douze heures au minimum, vingt-quatre au mieux. Ce temps long n'est pas négociable : c'est lui qui permet au sel de pénétrer jusqu'au centre et aux pigments du chao de teinter la couche superficielle sur trois à quatre millimètres, exactement l'épaisseur du liseré rouge que l'on voit sur les tranches des rôtisseries de Chợ Lớn. Retournez les bandes deux ou trois fois en cours de marinade pour que la face du dessus ne reste pas plus claire. Au sortir du froid, la viande doit être ferme, uniformément teintée d'un rouge sombre et légèrement collante au toucher. Si elle est molle et que la marinade s'est liquéfiée, c'est que le sucre a tiré l'eau des fibres : épongez soigneusement chaque bande avant d'enfourner, sinon la viande s'étuvera au lieu de rôtir.
Le pourquoiLe sel dissous provoque une dénaturation partielle des protéines myofibrillaires qui augmente la capacité de rétention d'eau, tandis que les pigments du Monascus, liposolubles, migrent lentement dans la fraction grasse superficielle.
Préchauffez le four à 190 °C, chaleur tournante si possible, et disposez les bandes sur une grille au-dessus d'une plaque contenant deux centimètres d'eau. Les rôtisseries de Chợ Lớn suspendent la viande à des crochets dans un four vertical ; à la maison, la grille surélevée reproduit le même principe en laissant l'air circuler tout autour et en empêchant la face inférieure de baigner dans le jus. L'eau de la plaque n'est pas là pour hydrater mais pour empêcher les gouttes de marinade sucrée de brûler et d'enfumer le four d'une odeur âcre. Comptez vingt-cinq minutes, retournez à mi-cuisson, et badigeonnez à chaque retournement avec la marinade restée dans le plat. La viande est au bon point de cette étape quand elle a perdu sa brillance crue, qu'elle est mate et raffermie, et que le jus qui tombe sur la plaque grésille sans fumer. Si la surface commence à noircir avant vingt minutes, baissez à 170 °C et couvrez d'une feuille d'aluminium sans serrer.
Le pourquoiEn dessous de 200 °C, la réaction de Maillard se développe lentement et régulièrement en surface sans que les sucres de la marinade ne pyrolysent, ce qui laisse le temps au centre d'atteindre la température de sécurité.
Pendant que la viande rôtit, versez dans une petite casserole les 60 ml de marinade réservée avant contact avec la viande crue, allongez d'autant d'eau et portez à frémissement trois à quatre minutes. Délayez la fécule de maïs dans une cuillerée d'eau froide, incorporez-la en filet en fouettant, et laissez épaissir jusqu'à ce que la sauce nappe le dos d'une cuillère sans couler. Cette sauce est ce qui transforme la viande en repas complet : c'est elle qu'on verse sur le riz dans un cơm xá xíu et qu'on étale dans la mie d'un bánh mì. Elle doit rester brillante, d'un brun rougeâtre profond, et goûter salé avant de goûter sucré. Si elle a trop épaissi, détendez-la avec le jus tombé sur la plaque du four, filtré, plutôt qu'avec de l'eau claire qui diluerait tout le parfum.
Le pourquoiL'amidon de maïs gélatinise autour de 70 °C et forme un réseau qui piège l'eau libre : la sauce nappe au lieu de couler, et le film obtenu adhère aux grains de riz au lieu de tomber au fond du bol.
Détendez les 50 g de maltose avec 20 ml d'eau très chaude jusqu'à obtenir un sirop coulant, montez le four à 220 °C, sortez les bandes et badigeonnez-les généreusement sur toutes les faces. Le maltose n'intervient qu'ici, dans les toutes dernières minutes, et jamais dans la marinade : c'est un sucre très visqueux, peu sucrant, qui brunit vite et donne cette surface de laque brillante impossible à obtenir au sucre blanc. Remettez au four cinq minutes, ressortez, laquez une seconde fois et remettez cinq minutes encore. Vous verrez la surface passer du mat au brillant, puis se marquer de zones plus sombres sur les arêtes, et vous entendrez un grésillement fin et régulier. Surveillez sans jamais vous éloigner : entre la laque parfaite et l'amertume du sucre brûlé, il s'écoule moins d'une minute. Si les bords ont noirci, coupez-les au couteau avant le tranchage plutôt que de servir une viande amère.
Le pourquoiLe maltose est un disaccharide réducteur particulièrement réactif : il entre en Maillard avec les acides aminés de surface et caramélise simultanément, ce qui produit à la fois la couleur et le film vitreux.
Sortez les bandes et posez-les sur une grille, sans les couvrir, pendant dix minutes pleines avant le premier coup de couteau. Ce repos remplit deux fonctions distinctes : il permet aux jus concentrés au centre de se redistribuer dans tout le muscle, et il laisse la laque de maltose se figer, ce qui donne à la tranche son bord net et brillant au lieu d'un bord poisseux qui colle à la lame. Ne couvrez surtout pas d'aluminium : la vapeur emprisonnée dissoudrait immédiatement le film de sucre que vous venez de construire. Vous devez pouvoir toucher la surface du doigt sans qu'elle colle, et la viande doit avoir cessé de siffler. Si vous tranchez trop tôt, un jus rouge s'échappe abondamment sur la planche : arrêtez, laissez reposer cinq minutes de plus et récupérez ce jus dans la sauce.
Le pourquoiLa contraction thermique des fibres se relâche pendant le repos et la pression interne retombe, ce qui autorise la réabsorption du jus ; parallèlement, le sirop de maltose repasse sous sa température de transition et se rigidifie.
Tranchez en biais, en écharpe, sur environ cinq millimètres d'épaisseur : la coupe oblique augmente la surface visible et met en valeur le liseré rouge qui cerne le cœur rosé, signature visuelle du xá xíu réussi. Servez avec du riz blanc et un trait de sauce, ou fourrez la viande dans une baguette avec du đồ chua, du concombre et de la coriandre pour un bánh mì xá xíu. Les restes ont autant de valeur que le plat lui-même : détaillés en dés, ils font le cơm chiên xá xíu, et coupés fin ils garnissent un bol de mì xá xíu avec des nouilles aux œufs. Une tranche correcte tient droite entre les baguettes sans se rompre et laisse voir trois zones nettes, laque brune, liseré rouge, cœur rosé. Si la viande a refroidi, réchauffez-la deux minutes à la poêle très chaude sans matière grasse plutôt qu'au micro-ondes, qui la ferait suer et effacerait la laque.
Le pourquoiCouper en biais tranche les fibres musculaires selon un angle plus ouvert, ce qui raccourcit la longueur des faisceaux en bouche et fait paraître la viande plus tendre à mastication égale.
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Sourcer ou se taire
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