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Atlas Culinaire · Canada · Québec
Tire Ă la mĂ©lasse et Ă la cassonade, cuite au stade « boule dure » puis tirĂ©e Ă la main jusqu'Ă devenir ambrĂ©e et satinĂ©e â la friandise du 25 novembre au QuĂ©bec.
Chaque 25 novembre, jour de la Sainte-Catherine, les cuisines quĂ©bĂ©coises embaument la mĂ©lasse chaude. La fĂȘte honore Catherine d'Alexandrie, martyre du IVe siĂšcle et patronne des filles Ă marier : de lĂ vient l'expression « coiffer la Sainte-Catherine », qui dĂ©signait la femme encore cĂ©libataire Ă vingt-cinq ans. La tradition voulait que les jeunes filles prĂ©parent ce jour-lĂ une tire Ă la mĂ©lasse et l'offrent aux garçons du village â une maniĂšre gourmande de montrer leur savoir-faire et, disait-on, de trouver un mari.
Deux débats entourent cette tire.
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Beurrer gĂ©nĂ©reusement une plaque en marbre ou une grande planche de bois huilĂ©e. PrĂ©parer un grand bol d'eau froide avec des glaçons pour le test de la boule â mĂȘme avec un thermomĂštre, ce test visuel est une confirmation prĂ©cieuse. Rassembler tous les ingrĂ©dients mesurĂ©s Ă l'avance, car la cuisson du sucre ne tolĂšre aucune interruption. Si on organise cette activitĂ© avec des enfants, s'assurer que la zone de tirage est Ă©loignĂ©e de la zone de cuisson.
Le pourquoiLe sucre cuit refroidit et fige trĂšs vite : une surface froide et grasse empĂȘche la tire d'y adhĂ©rer et Ă©vacue la chaleur pour la rendre manipulable. Comme la cuisson du sucre ne tolĂšre aucune pause, tout doit ĂȘtre prĂȘt et mesurĂ© avant d'allumer le feu.
Dans une casserole Ă fond Ă©pais de taille gĂ©nĂ©reuse (la mĂ©lasse gonfle beaucoup), combiner mĂ©lasse, cassonade, sirop de maĂŻs et vinaigre blanc. MĂ©langer Ă la cuillĂšre en bois pour dissoudre partiellement le sucre, puis chauffer Ă feu moyen-vif SANS REMUER. Fixer le thermomĂštre Ă sucre sur le bord de la casserole. Porter Ă Ă©bullition progressive en 10-12 minutes. La mĂ©lasse va bouillonner vigoureusement â surveiller attentivement. Continuer jusqu'Ă 127°C exact (stade hard ball).
Le pourquoiChauffer sans remuer évite d'amorcer la cristallisation ; l'eau s'évapore, la concentration en sucre grimpe et c'est elle qui fixera la texture finale. La mélasse mousse fort parce qu'elle est riche en eau et en composés qui piÚgent les bulles.
Ă 127°C, prĂ©lever une petite quantitĂ© de sirop avec une cuillĂšre et le plonger dans le bol d'eau froide glacĂ©e. La petite boule formĂ©e doit ĂȘtre FERME mais encore lĂ©gĂšrement mallĂ©able sous les doigts â elle garde sa forme mais cĂšde lĂ©gĂšrement Ă la pression. C'est exactement le stade 'hard ball'. Si la boule est trop molle (coule), poursuivre la cuisson 1-2 minutes. Si elle est dure et cassante, le sucre est allĂ© trop loin â recommencer.
Le pourquoiAutour de 127 °C, le sirop atteint le stade « boule dure », la concentration exacte qui donne une tire à la fois ferme et étirable. Le test à l'eau glacée lit la texture réelle mieux qu'un thermomÚtre seul, dont l'étalonnage peut dériver.
Retirer la casserole du feu dĂšs 127°C atteint. Ajouter le beurre en morceaux et l'essence de vanille (si utilisĂ©e) â le mĂ©lange va crĂ©piter et Ă©mettre de la vapeur chaude. Ne pas remuer trop vigoureusement, juste incorporer dĂ©licatement. Verser immĂ©diatement sur le marbre ou la plaque beurrĂ©e en un ruban rĂ©gulier. Laisser refroidir 5-8 minutes jusqu'Ă ce que les bords soient manipulables mais le centre encore souple â une tempĂ©rature de 40-45°C environ.
Le pourquoiAjouté hors du feu, le beurre enrichit, assouplit et parfume la masse ; verser immédiatement fige la bonne épaisseur avant que le sucre ne durcisse dans la casserole.
Se beurrer gĂ©nĂ©reusement les mains. Ramasser la masse de tire sur le marbre et commencer Ă l'Ă©tirer : avec les deux mains, tirer la masse devant soi pour l'allonger en un boudin de 40-50 cm, puis la replier sur elle-mĂȘme, la tordre lĂ©gĂšrement, et recommencer l'Ă©tirement. Ce mouvement rĂ©pĂ©tĂ© de tirer-replier-tordre incorpore de l'air dans la masse. Observer la transformation progressive : la tire passe de brun-mĂ©lasse foncĂ© Ă dorĂ©-ambrĂ©, de brillant opaque Ă nacrĂ© et satinĂ©. Continuer 10-15 minutes sans s'arrĂȘter.
Le pourquoiLe mouvement d'étirer, replier et tordre incorpore de l'air et réorganise le sucre : c'est ce qui éclaircit la couleur et donne le fameux fini satiné. Pendant qu'on tire, la masse refroidit et se raffermit progressivement.
Quand la tire est bien dorĂ©e et nacrĂ©e, former un long boudin de 2-3 cm de diamĂštre en la tordant sur elle-mĂȘme. Avec des ciseaux beurrĂ©s (ou simplement en cassant Ă la main), dĂ©couper des morceaux de 3-4 cm. DĂ©poser les morceaux sur la plaque beurrĂ©e ou sur du papier sulfurisĂ© sans qu'ils se touchent â ils collent ensemble s'ils sont trop proches. Laisser refroidir complĂštement 20-30 minutes â la tire durcit progressivement en refroidissant.
Le pourquoiOn forme le boudin puis on coupe vite, tant que la tire reste souple : en refroidissant, elle franchit le point oĂč la lame la fend proprement et se met Ă casser en Ă©clats.
La tradition quĂ©bĂ©coise veut que chaque morceau de tire soit enveloppĂ© individuellement dans un petit carrĂ© de papier paraffinĂ© (ou papier cellophane) et tordu aux extrĂ©mitĂ©s comme un bonbon de fĂȘte. C'est ainsi que les sĆurs des couvents quĂ©bĂ©cois les distribuaient aux Ă©lĂšves et paroissiens le 25 novembre. Conserver Ă tempĂ©rature ambiante dans une boĂźte hermĂ©tique â la tire absorbe l'humiditĂ© et devient collante si exposĂ©e Ă l'air humide. Elle se conserve 2-3 semaines bien emballĂ©e.
Le pourquoiLa tire est hygroscopique : elle capte l'humiditĂ© de l'air et redevient poisseuse. Le papier paraffinĂ© l'isole et l'emballage individuel empĂȘche les morceaux de se recoller entre eux.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Autre confiserie de sucre bouilli du rĂ©pertoire quĂ©bĂ©cois : mĂȘme point de dĂ©part (sirop portĂ© Ă haute tempĂ©rature) mais travaillĂ©e par Ă©tirement pour donner une texture ferme et Ă©tirĂ©e plutĂŽt que le grain fondant du sucre Ă la crĂšme.
Voir la recette âCousineL'autre grande « tire » quĂ©bĂ©coise, de la mĂȘme famille du sucre Ă©tirĂ© (le mot tire vient d'Ă©tirer), mais faite Ă la mĂ©lasse et au sucre, Ă©tirĂ©e Ă la main puis coupĂ©e, et prĂ©parĂ©e le 25 novembre pour la Sainte-Catherine. MĂȘme geste d'Ă©tirement du sucre, matiĂšre et calendrier opposĂ©s Ă la tire d'Ă©rable de printemps.
Voir la recette âBonbon Ă©tirĂ© nord-amĂ©ricain reposant exactement sur la mĂȘme technique de sucre tirĂ© : on cuit le sirop au stade boule dure puis on l'Ă©tire longuement pour l'aĂ©rer et le nacrer. La tire Sainte-Catherine est sa parente Ă la mĂ©lasse, ancrĂ©e dans un rite calendaire.
Pas encore dans l'AtlasAutre grande « tire » quĂ©bĂ©coise : ici c'est le sirop d'Ă©rable rĂ©duit qu'on verse en filet sur la neige pour le figer en pĂąte molle qu'on enroule sur un bĂątonnet. MĂȘme famille du sucre tirĂ© et mĂȘme rĂŽle de friandise festive saisonniĂšre, mais texture molle non Ă©tirĂ©e et calendrier printanier (temps des sucres) plutĂŽt que le 25 novembre.
Pas encore dans l'AtlasConfiserie quĂ©bĂ©coise Ă base de sirop de maĂŻs et de mĂ©lasse, mais aĂ©rĂ©e d'un coup de bicarbonate qui la fait mousser en une masse alvĂ©olĂ©e et cassante â l'inverse texturel de la tire tirĂ©e Ă la main. MĂȘme racine de sucre cuit Ă haute tempĂ©rature et mĂȘme univers de la mĂ©lasse.
Pas encore dans l'AtlasConfiserie britannique de mĂ©lasse noire (treacle) cuite dur, associĂ©e elle aussi Ă une fĂȘte d'automne (Bonfire Night). Elle partage l'ingrĂ©dient signature et l'esprit de bonbon de saison, mais reste gĂ©nĂ©ralement coulĂ©e et cassante lĂ oĂč la tire quĂ©bĂ©coise est Ă©tirĂ©e Ă la main.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
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