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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un plat né d'un nouvel an avancé d'un jour pour cause de guerre, et dont le nom compte trois passages au feu — ou trois gestes tujia, selon l'école.
La première est technique : les trois passages désignent trois étapes de cuisson — blanchiment des abats, saisie et assaisonnement avec mijotage, puis répartition en petites marmites individuelles portées à table.
La seconde est ethnographique et rattache le chiffre à la triade tujia 下跪、下锅、下筷, s'agenouiller, mettre au pot, prendre les baguettes.
Aucune source institutionnelle ne tranche, et il faut donner les deux.
En revanche le récit d'origine est stable et daté : sous l'ère Jiajing des Ming, les troupes des chefferies tusi du Hunan et du Hubei occidental furent réquisitionnées pour combattre les pirates japonais, et l'ordre de départ tombant juste avant le nouvel an, le roi tusi fit **avancer la fête d'un jour** — d'où le 赶年, le nouvel an anticipé encore célébré aujourd'hui, et le 合菜, le plat unique où lard fumé, tofu et navet cuisaient ensemble faute de temps.
Le classement, lui, est modeste et il faut le dire tel quel : le plat est inscrit au troisième lot du patrimoine immatériel **municipal** de Zhangjiajie, en 2015, et non au niveau provincial — le registre du cinquième lot provincial du Hunan ne le contient pas (https://www.hunan.gov.cn/hnszf/xxgk/tzgg/swszf/202201/t20220104_21389305.html).
Enfin la composition a beaucoup dérivé : les trois ingrédients fondateurs étaient lard fumé, tofu et navet, quand les marmites contemporaines associent librement tripes, intestins, gésiers, pieds de porc et joue.
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Nettoyer les abats au gros sel et à la fécule, en frottant énergiquement puis en rinçant jusqu'à ce que l'eau reste claire. Les couvrir d'eau froide avec du gingembre et un trait de vin de riz, porter à ébullition et laisser cinq minutes en écumant, puis égoutter et rincer. C'est le premier des trois passages au feu que le nom du plat annonce, et le sauter condamne toute la marmite à sentir l'abat.
Le pourquoiLe sel agit par pression osmotique et la fécule par adsorption mécanique sur le mucus ; le blanchiment achève le travail en coagulant et en éliminant les protéines solubles porteuses des composés volatils désagréables.
Chauffer le saindoux dans une grande cocotte, y jeter le gingembre, l'ail entier et les piments secs, remuer trente secondes, puis ajouter la pâte de haricots fermentés et la faire revenir une bonne minute jusqu'à ce que l'huile rougisse. C'est ici que se construit le fond du plat : une pâte mal cuite laisse un goût cru qui traversera toute l'heure de mijotage. Tenir le feu à moyen tout du long, sans jamais le monter. Si le fond commence à accrocher, une cuillerée de vin de riz décolle tout sans refroidir la cocotte.
Le pourquoiLes pigments et les composés sapides de la pâte fermentée sont liposolubles et ne passent dans le plat qu'extraits dans un corps gras chaud ; c'est aussi ce qui donne au bouillon sa couleur rouge profonde.
Verser les abats blanchis dans la cocotte et les faire sauter à feu vif cinq bonnes minutes, jusqu'à ce qu'ils prennent des marques brunes et que leurs bords frisent. Déglacer au vin de riz sur la paroi brûlante, ajouter le poivre du Sichuan, et mélanger. Cette saisie n'est pas cosmétique : elle construit les sucs qui feront tout le goût du bouillon.
Le pourquoiLes réactions de Maillard entre acides aminés et sucres réducteurs à la surface des abats produisent des centaines de composés aromatiques absents d'une cuisson uniquement humide ; c'est la différence entre une marmite tujia et un simple pot-au-feu d'abats.
Mouiller à hauteur d'eau chaude — ou mieux, du bouillon de blanchiment des salaisons — ajouter le navet, porter à ébullition puis descendre au frémissement et couvrir. Laisser quarante à cinquante minutes selon la fermeté des abats. C'est le troisième et dernier passage au feu que le nom annonce dans sa lecture technique, et le plat s'y construit.
Le pourquoiLe collagène abondant des tripes et des pieds se convertit en gélatine au-delà de quarante minutes de frémissement, ce qui attendrit les morceaux et donne au bouillon le corps sirupeux caractéristique de la marmite tujia.
Pendant le mijotage, faire dorer les cubes de tofu à sec dans une poêle, deux minutes par face, et blanchir brièvement les tranches de lard fumé pour en retirer l'excès de sel — garder cette eau de blanchiment. Ajouter lard et tofu à la cocotte pour les quinze dernières minutes seulement. Le lard est déjà cuit et salé, le tofu n'a besoin que de boire : les mettre plus tôt les dessécherait l'un et les déferait l'autre.
Le pourquoiLe lard fumé a déjà subi salaison et fumage, deux traitements qui ont réduit son eau libre ; prolonger sa cuisson ne l'attendrit pas mais le dessèche, alors qu'un quart d'heure suffit à diffuser son fumé dans tout le plat.
Décider maintenant du registre. Pour le 干锅, remonter le feu et laisser réduire à découvert jusqu'à ce qu'il ne reste presque plus de liquide, puis ajouter une poignée de piments frais et du poivre du Sichuan : le plat sera sec et franchement relevé. Pour le 汤锅, garder du bouillon à hauteur et rectifier l'assaisonnement plus doucement. Les deux formes sont légitimes, mais on en choisit une.
Le pourquoiLa réduction concentre les solutés et fait passer le plat d'un régime de bouillon à un régime de sauce nappante, ce qui change entièrement la perception du piquant — bien plus intense sans l'eau qui le dilue.
Jeter le céleri chinois et la ciboule hors du feu, mélanger une fois, et porter la cocotte entière au centre de la table, sur un réchaud si l'on en a un. Chacun se sert directement. C'est un plat de partage, jamais un plat porté en assiettes individuelles — et la tradition tujia veut qu'on le mange lentement, en le laissant réduire sur le réchaud pendant le repas.
Le pourquoiMaintenu sur un réchaud, le plat continue de réduire et son goût se concentre au fil du repas ; c'est une caractéristique assumée des marmites de partage chinoises, où la dernière bouchée n'a pas le goût de la première.
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Sourcer ou se taire
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