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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Un pain de seigle qui ne voit jamais le four : le cylindre est fermé d'un couvercle, descendu dans une marmite d'eau frémissante et cuit des heures durant, jusqu'à une mie brun pain d'épices, dense et humide, absolument sans croûte.
Le document unique publiĂ© au Journal officiel C 79 du 18 mars 2014 verrouille la gĂ©ographie jusqu'Ă l'entĂȘtement : « RĂ„gmjölet skall vara framstĂ€llt i Uppland, pĂ„ rĂ„g odlad i Uppland », le froment de mĂȘme, la prĂ©paration doit se dĂ©rouler dans le Uppland et l'Ă©tiquetage aussi.
Mais ce mĂȘme texte ne fixe AUCUNE durĂ©e et AUCUNE tempĂ©rature : la pĂąte « jĂ€ses kallt under lĂ„ng tid », le pain « grĂ€ddas under lĂ„ng tid », point final.
Les seuls chiffres opposables sont le diamĂštre du cylindre â 16 Ă 23 centimĂštres â, le volume du moule â 2 Ă 8 litres â et le repos obligatoire de 10 Ă 24 heures enveloppĂ© dans des torchons.
Bruxelles a donc protĂ©gĂ© le grain et dĂ©lĂ©guĂ© la technique : le cahier des charges assume explicitement que le boulanger Ă©quilibre lui-mĂȘme « mjöl, vatten, storlek pĂ„ formen, jĂ€stid och koktid » selon qu'il cuit sur une cuisiniĂšre Ă©lectrique, Ă gaz ou Ă bois.
Autrement dit, un artisan de Malmö qui exécuterait la méthode à la perfection n'aurait pas le droit au nom, tandis qu'un artisan d'Uppland reste libre de sa pousse et de son temps de cuisson.
Les trois heures de pousse et quatre heures de cuisson que répÚtent les sites de recettes ne viennent pas du rÚglement ; le producteur agréé Magnus Berneklint, de l'Upplandskubbkokeriet de Grillby, annonce de son cÎté cinq heures de pousse minimum.
Sur ce pain, l'Europe a tracé une frontiÚre, pas une recette.
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Choisir un rĂ©cipient cylindrique mĂ©tallique muni d'un couvercle : le cahier des charges impose un diamĂštre de 16 Ă 23 centimĂštres et un volume compris entre 2 et 8 litres, et cite les ustensiles d'origine â boĂźte de fer-blanc, bouteille Ă lait, pot ou bidon Ă lait. Un moule de 3 litres et de 17 centimĂštres de diamĂštre est la taille de travail idĂ©ale pour un foyer. Huiler gĂ©nĂ©reusement l'intĂ©rieur au pinceau, parois et fond, sans oublier la face interne du couvercle. Cette pellicule grasse est ce qui permettra de dĂ©mouler un pain dĂ©pourvu de croĂ»te, dont la surface reste molle et adhĂšre Ă tout. Le mĂ©tal doit renvoyer un reflet gras et continu, sans aucune zone mate. S'il subsiste des plages sĂšches, repasser le pinceau : un dĂ©faut de graissage se paie au dĂ©moulage par un pan de mie arrachĂ©, et cela ne se rĂ©pare pas.
Le pourquoiSans chaleur sÚche, aucune croûte rigide ne se forme pour se détacher du métal : seul un film gras assure la séparation entre la mie et la paroi.
Faire tiĂ©dir les 400 millilitres d'eau Ă 35 °C environ, puis y dĂ©layer les 350 grammes de sirop clair jusqu'Ă obtenir un liquide brun ambrĂ© parfaitement homogĂšne. Le sirop est bien trop visqueux pour se disperser seul dans une pĂąte de seigle : introduit tel quel, il forme des poches sucrĂ©es qui dĂ©shydratent la levure par osmose. Le mĂ©lange doit couler du fouet en un ruban continu, sans traĂźnĂ©e plus foncĂ©e au fond du rĂ©cipient. Ămietter alors la levure fraĂźche dans ce liquide et patienter cinq minutes : une couronne de mousse beige doit border la surface. Si rien ne mousse, la levure est morte ou l'eau Ă©tait trop chaude â tout reprendre avec de l'eau Ă peine tiĂšde, car une levure Ă©bouillantĂ©e ne repart jamais.
Le pourquoiLes 350 grammes de sirop imposent une pression osmotique élevée qui déshydrate les cellules de levure ; les diluer d'abord dans l'eau abaisse cette pression au moment du contact.
MĂ©langer dans un grand cul-de-poule les 525 grammes de farine de seigle complĂšte non blutĂ©e, les 475 grammes de farine de froment et les 18 grammes de sel, puis verser le liquide levurĂ©. Travailler une dizaine de minutes, Ă la main ou au crochet en premiĂšre vitesse. Une pĂąte de seigle ne se comporte pas comme une pĂąte de froment : elle demeure lourde, collante et dĂ©pourvue de ressort, parce que les pentosanes du seigle retiennent l'eau au lieu de bĂątir un rĂ©seau Ă©lastique. Ne pas espĂ©rer le voile de gluten, il ne viendra pas. La cible est une masse brune, souple, qui se dĂ©colle du fond en un seul bloc mais colle encore aux doigts. Si elle vire franchement liquide, rajouter de la farine de seigle par cuillerĂ©es de dix grammes â jamais du froment, sous peine de fausser le ratio imposĂ© par l'appellation.
Le pourquoiLes pentosanes du seigle fixent plusieurs fois leur poids en eau et gonflent en gel ; c'est ce gel, et non un réseau de gluten, qui donnera sa tenue à la mie.
Remplir le moule graissĂ© aux deux tiers de sa hauteur, tasser Ă la spatule mouillĂ©e pour chasser les grosses poches d'air, lisser la surface, poser le couvercle sans le verrouiller, et placer l'ensemble au frais, entre 12 et 16 °C â une cave, un cellier, un garage en hiver. Le cahier des charges se contente d'Ă©crire que la pĂąte « jĂ€ses kallt under lĂ„ng tid » et ne donne aucun chiffre ; compter cinq heures au minimum, comme le fait le producteur agréé de Grillby, et jusqu'Ă une nuit entiĂšre. Le froid bride la levure au profit des enzymes, qui dĂ©coupent l'amidon en sucres et bĂątissent l'arĂŽme. La pĂąte doit monter d'un tiers environ et sa surface se piqueter de fines bulles. Si elle atteint le couvercle avant l'heure, dĂ©gazer d'un coup de poing et redescendre la tempĂ©rature : une pĂąte qui dĂ©borde pendant la cuisson est perdue.
Le pourquoiEn dessous de 16 °C, l'activité fermentaire des levures chute plus vite que l'activité amylasique : on gagne en arÎmes et en sucres réducteurs ce que l'on perd en gaz carbonique.
Porter une grande marmite à eau frémissante, déposer au fond une grille, une soucoupe ou un torchon plié afin que le moule ne touche jamais la source de chaleur, puis verrouiller le couvercle et descendre le moule dans l'eau. Le niveau doit affleurer aux trois quarts de la hauteur du moule, jamais au-dessus du joint. C'est ici que se joue toute l'identité du pain : le document unique impose que la forme cylindrique soit descendue dans un bain d'eau et bouillie, et Jordbruksverket le redit sans détour, « Brödet bakas alltsÄ inte i ugn ». On doit entendre un clapotis paresseux, jamais un roulement. Si le moule flotte ou penche, le lester d'une petite assiette posée sur le couvercle ; s'il prend l'eau, le ressortir immédiatement et sécher le joint avant de recommencer.
Le pourquoiUn bain-marie plafonne Ă 100 °C : la surface du pain ne franchira jamais ce seuil, donc ni rĂ©action de Maillard ni caramĂ©lisation superficielle, donc aucune croĂ»te â d'oĂč le « Brödet saknar skorpa » du cahier des charges.
Maintenir l'eau entre 90 et 95 °C durant cinq heures, marmite couverte, en complĂ©tant au fur et Ă mesure avec de l'eau BOUILLANTE puisĂ©e dans une bouilloire. Le pain cuit par conduction lente et humide : le cĆur grimpe vers 98 °C et s'y installe, l'amidon gĂ©latinise intĂ©gralement, les sucres du sirop brunissent doucement dans la masse et donnent cette couleur de pain d'Ă©pices annoncĂ©e par le texte europĂ©en. Au bout de deux heures, la cuisine sent le seigle chaud et le caramel lĂ©ger. Au terme, un thermomĂštre plantĂ© au centre doit afficher au moins 96 °C et la sonde ressortir propre. Si le cĆur stagne sous 92 °C, prolonger par demi-heures : ce pain ne se surcuit pratiquement pas, alors qu'un cĆur insuffisamment cuit reste gluant et ne se rattrape jamais.
Le pourquoiLa gélatinisation de l'amidon de seigle ne s'achÚve que vers 95 °C ; sans ce palier long, les granules restent partiellement cristallins et la mie demeure collante en bouche.
Sortir le moule, l'Ă©ponger, ĂŽter le couvercle et laisser reposer dix minutes, puis dĂ©mouler le cylindre sur un torchon de lin propre. Envelopper aussitĂŽt dans plusieurs Ă©paisseurs de linge â le cahier des charges parle de bakdukar et exige un repos de dix Ă vingt-quatre heures avant toute dĂ©coupe â et poser sur une grille, Ă tempĂ©rature ambiante. Ce n'est pas un refroidissement, c'est une Ă©tape de fabrication Ă part entiĂšre : le linge freine la sortie de la vapeur, l'humiditĂ© se redistribue de la surface vers le cĆur, et l'amidon se rĂ©trograde juste ce qu'il faut pour rendre la mie tranchable. Le pain doit ĂȘtre tiĂšde au bout de trois heures, puis franchement froid, ferme et souple Ă la fois, au bout de dix. Un pain dĂ©ballĂ© trop tĂŽt sĂšche en surface et se fend sur toute sa longueur.
Le pourquoiLa rétrogradation de l'amylose, qui recristallise en refroidissant, transforme un gel mou en mie tenue ; elle réclame plusieurs heures sous 20 °C pour s'accomplir.
Dresser le cylindre debout et le fendre dans la longueur en quatre quartiers Ă©gaux, exactement comme l'impose le mode de commercialisation dĂ©crit au document unique : la tranche caractĂ©ristique est un secteur de cercle d'environ quatre-vingt-dix degrĂ©s. DĂ©tailler ensuite chaque quartier en lames de cinq Ă six millimĂštres, au couteau Ă lame lisse humidifiĂ©e â surtout pas un couteau-scie, qui dĂ©chirerait cette mie sans croĂ»te. Les tranches doivent ĂȘtre nettes, brun pain d'Ă©pices, piquetĂ©es de petites cavitĂ©s, lĂ©gĂšrement collantes au doigt. Beurrer gĂ©nĂ©reusement et servir sans attendre. Ce qui n'est pas mangĂ© se remballe dans son linge, ou se congĂšle en quartiers entiers : le cahier des charges autorise explicitement la vente en surgelĂ©, ce qui vaut permission Ă domicile.
Le pourquoiL'absence de croûte prive le couteau du point d'appui rigide qu'offre un pain de four : seule une lame lisse et mouillée cisaille la mie au lieu de l'arracher.
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Sourcer ou se taire
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