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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Un mot forgé sur l'allemand pour dire ce que le français interdisait d'appeler cognac
La mĂȘme image a produit le brandy anglais, contraction de brandywine, lui-mĂȘme repris du nĂ©erlandais brandewijn.
Le vrai conflit est ailleurs : les Roumains appellent couramment coniac ce que la loi leur interdit de nommer ainsi, l'appellation étant réservée aux distillats de la région de Cognac, en Charente.
Le vinars est donc un produit nommĂ© deux fois par dĂ©faut â une fois en calquant l'allemand, une fois en Ă©tant privĂ© du français.
Mais la contradiction la plus nette est entre le dictionnaire et le registre.
Le DEX '09 donne « VINARS, s.n.
(Reg.) Rachiu (tare) » et le MDA2 Ă©largit franchement : « Rachiu (din vin, de cereale, de prune etc.) », tandis que le DLRLC de 1955 va jusqu'à « rachiu extras din cereale, din fructe, din cartofi sau din drojdie de vin » â y compris de pommes de terre (https://dexonline.ro/definitie/vinars).
Sadoveanu, lui, fait boire Ă ses personnages un « vinars, rachiu cu tÄrie de caise », un vinars d'abricot.
Or les cinq indications gĂ©ographiques europĂ©ennes qui portent ce nom â Vinars TĂąrnave, Murfatlar, Segarcea, Vrancea et Vaslui, toutes protĂ©gĂ©es le 21 juin 2005 â ne couvrent que des distillats de VIN vieillis en chĂȘne (https://webgate.ec.europa.eu/eambrosia-api/api/v1/geographical-indications).
Le registre a refermé sur le seul raisin un mot que la langue laissait grand ouvert.
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Le vinars commence par une dĂ©cision qui heurte tout vigneron : vendanger avant la maturitĂ© optimale. On cherche un raisin encore acide, dont le vin titrera huit Ă dix degrĂ©s seulement, lĂ oĂč un vin de table en vise treize. Aux TĂąrnave, c'est la FeteascÄ regalÄ qui tient ce rĂŽle, cĂ©page local Ă l'aciditĂ© franche et au parfum discret. Vendangez en dĂ©but de saison, par temps sec, et amenez la rĂ©colte au pressoir sans attendre. Un raisin trop mĂ»r donnera un vin agrĂ©able et un distillat plat : le sucre supplĂ©mentaire ne fait que remplacer l'aciditĂ© qui aurait portĂ© les arĂŽmes jusqu'au verre final.
Le pourquoiL'acidité totale protÚge le vin de base des altérations sans sulfitage et génÚre, à la chauffe, les esters fruités qui font la finesse du distillat.
Pressez doucement, dĂ©bourbez et laissez fermenter jusqu'au sec, sans chaptalisation et surtout sans sulfitage â ou avec des doses infimes. Le vin obtenu n'a aucune vocation Ă ĂȘtre bu : il est maigre, acide, un peu trouble, et c'est trĂšs bien ainsi. Laissez-le sur ses lies fines, qu'on distillera avec lui, car elles apporteront au distillat du gras et des notes lactĂ©es que le vin clair seul ne donne pas. Ăcartez en revanche les lies grossiĂšres du fond, chargĂ©es de bourbes, qui brĂ»leraient Ă la chauffe. Le vin de base ne se garde pas : il doit partir Ă l'alambic dans les semaines qui suivent la fin de la fermentation.
Le pourquoiLe SOâ se retrouve intĂ©gralement dans le distillat sous forme de mercaptans et de sulfures Ă l'odeur d'Ćuf pourri ; aucun Ă©levage ne les Ă©limine, d'oĂč le refus du soufre dĂšs la vinification.
Comme pour la ÈuicÄ et la pÄlincÄ, aucune instruction de chauffe n'est donnĂ©e ici : la distillation relĂšve d'un appareil dĂ©clarĂ© et d'un rĂ©gime d'accise, et elle se pratique en distillerie. Ce qu'il faut savoir tient au cadre du produit. Le vinars roumain est lĂ©galement dĂ©fini par l'Ordinul nr. 368/2008 relatif aux boissons traditionnelles roumaines, publiĂ© au Monitorul Oficial, partie I, n° 496 du 2 juillet 2008. Le distillat doit titrer entre 37,5 et 86 % vol et provenir de vin, puis vieillir en fĂ»t de chĂȘne. Cinq territoires seulement peuvent y accoler leur nom : TĂąrnave, Murfatlar, Segarcea, Vrancea et Vaslui, protĂ©gĂ©s au registre europĂ©en depuis le 21 juin 2005.
Le pourquoiLa distillation d'un vin sur lies concentre les esters et les alcools supérieurs porteurs d'arÎme ; le titre de sortie élevé impose ensuite une réduction lente, faute de quoi le distillat se trouble irréversiblement.
Le distillat entre en fĂ»t de chĂȘne de Transylvanie et c'est lĂ que le vinars devient lui-mĂȘme. Le bois lui donne la couleur ambrĂ©e, la vanilline, les lactones de noix de coco et les tanins qui structureront la bouche. Le classement roumain est simple et se lit sur l'Ă©tiquette en Ă©toiles : trois Ă©toiles pour un minimum de trois ans, cinq Ă©toiles pour cinq ans, sept Ă©toiles pour sept ans de fĂ»t. Le vocabulaire international se superpose : V pour au moins un an, VS ou trois Ă©toiles au-delĂ de trois ans, VSOP Ă partir de cinq, XO au-delĂ de sept. Rien n'oblige Ă aller au bout, mais rien ne remplace non plus le temps passĂ© sous bois.
Le pourquoiL'oxygĂ©nation mĂ©nagĂ©e Ă travers les douves polymĂ©rise les composĂ©s agressifs, tandis que l'Ă©thanol extrait du bois vanilline, lactones et tanins ellagiques â les trois piliers du profil brandy.
Le distillat sorti du fĂ»t titre bien au-dessus de ce qu'on met en bouteille : il faut le ramener au titre de commercialisation avec de l'eau dĂ©minĂ©ralisĂ©e. Cette rĂ©duction ne se fait jamais d'un coup. On procĂšde par paliers de quelques degrĂ©s, espacĂ©s de plusieurs semaines, en laissant le liquide se remettre entre chaque ajout. Un vinars rĂ©duit brutalement se trouble â le phĂ©nomĂšne est connu et irrĂ©versible sans filtration Ă froid, laquelle enlĂšve aussi une partie des arĂŽmes. Les maisons assemblent en gĂ©nĂ©ral plusieurs fĂ»ts et plusieurs millĂ©simes pour obtenir un profil constant d'une annĂ©e sur l'autre.
Le pourquoiLes esters d'acides gras à longue chaßne, solubles dans l'alcool fort, précipitent sous un certain titre ; une descente progressive laisse au systÚme le temps de se réorganiser sans floculer.
Contrairement Ă toutes les autres eaux-de-vie roumaines, le vinars se boit aprĂšs le repas. Servez trois Ă quatre centilitres dans un verre tulipe, jamais dans un ballon large â la mode du gros ballon chauffĂ© Ă la flamme a fait beaucoup de mal, elle ne fait ressortir que l'alcool. Tenez le verre par le calice et laissez la chaleur de la main faire monter les arĂŽmes lentement. Le vinars ne se glace ni ne se dilue ; il se sirote sur une demi-heure. Un carrĂ© de chocolat noir ou quelques noix suffisent Ă l'accompagner, et l'on Ă©vitera le dessert sucrĂ© qui Ă©craserait le boisĂ©.
Le pourquoiChauffer un distillat au-dessus de la tempĂ©rature de la main accĂ©lĂšre l'Ă©vaporation de l'Ă©thanol, qui sature l'odorat et masque les composĂ©s lourds du bois â l'inverse de l'effet recherchĂ©.
Un vinars jeune, trois Ă©toiles, est encore vif et fruitĂ©, avec le raisin bien prĂ©sent et un boisĂ© lĂ©ger de vanille. Ă cinq ans, le fruit recule et les Ă©pices montent â cannelle, noix, un dĂ©but de rancio. Ă sept ans et au-delĂ , la couleur vire Ă l'acajou et le nez tourne au pruneau, au cuir et Ă la noix rance, cette derniĂšre Ă©tant un caractĂšre recherchĂ© et non un dĂ©faut. VĂ©rifiez la limpiditĂ© Ă contre-jour, puis sentez sans agiter, puis seulement aprĂšs faites tourner. L'agitation immĂ©diate d'un distillat Ă quarante degrĂ©s libĂšre un flot d'Ă©thanol qui anesthĂ©sie le nez pour plusieurs minutes.
Le pourquoiLe rancio provient de l'oxydation lente des acides gras en fût et n'apparaßt jamais avant plusieurs années : sa présence date le distillat mieux qu'une étiquette.
Une fois en bouteille, le vinars n'Ă©volue plus : contrairement au vin, il est stabilisĂ© et une bouteille de sept ans achetĂ©e aujourd'hui sera identique dans quinze ans. Conservez-la debout, jamais couchĂ©e â un distillat Ă quarante degrĂ©s attaque le liĂšge en quelques mois et finit par le dĂ©sagrĂ©ger dans la bouteille. Gardez-la Ă l'abri de la lumiĂšre et des Ă©carts de tempĂ©rature, dans un placard plutĂŽt qu'une cave humide oĂč les Ă©tiquettes se dĂ©collent. Une fois ouverte, elle tient plusieurs annĂ©es, mais l'oxydation s'accĂ©lĂšre quand il reste moins d'un tiers de liquide : Ă ce stade, transvasez dans une bouteille plus petite ou finissez-la.
Le pourquoiL'éthanol concentré dissout les composés du liÚge et détruit sa structure ; en position verticale, le bouchon ne voit que les vapeurs, bien moins agressives.
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Sourcer ou se taire
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