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Atlas Culinaire · Autriche · Vienne
Veau aplati en paupiette, farine, Ćuf et chapelure soulevĂ©e en beurre clarifiĂ© : selon Austria.info, la seule escalope protĂ©gĂ©e par la loi autrichienne pour son appellation.
Il y a dans la cuisine viennoise un plat qui tient lieu de serment : on ne naĂźt pas vraiment Viennois tant qu'on n'a pas mangĂ© une vraie Wiener Schnitzel. Non pas une escalope panĂ©e quelconque, mais cette chose prĂ©cise, soulevĂ©e, gonflĂ©e, dorĂ©e comme un soleil d'automne, dont la croĂ»te danse lĂ©gĂšrement au-dessus de la viande comme une cape de soie â la fameuse Wellige, ces vagues d'or qui signent l'authentique.
L'histoire de ce plat est Ă l'image de Vienne : double, romantique, et lĂ©gĂšrement mensongĂšre. La lĂ©gende veut que le marĂ©chal Josef Radetzky von Radetz, commandant des forces impĂ©riales en Lombardie, ait ramenĂ© la recette de Milan Ă Vienne en 1857, Ă©bloui par la cotoletta alla milanese qu'il venait de dĂ©couvrir. Cette histoire circulait partout au XIXe siĂšcle, jusqu'Ă ce que le linguiste Heinz-Dieter Pohl la dĂ©molisse : la premiĂšre mention du lien entre Radetzky et le Schnitzel n'apparaĂźt qu'en 1869, dans un ouvrage gastronomique italien qui ne cite aucune source. Une lĂ©gende trop belle pour ĂȘtre vraie, comme il en existe dans chaque cuisine nationale.
La rĂ©alitĂ© est plus ancienne et plus viennoise encore. Les traces d'escalopes panĂ©es Ă Vienne remontent aux XVe et XVIe siĂšcles, et la premiĂšre mention Ă©crite du terme Wiener Schnitzel se trouve dans un livre de recettes praguois de 1831 â six ans avant la lĂ©gende Radetzky. Vienne et Milan ont peut-ĂȘtre inventĂ© chacune leur escalope panĂ©e de maniĂšre indĂ©pendante, portĂ©es par le mĂȘme gĂ©nie mĂ©diterranĂ©en du veau et de la chapelure. La question est ouverte, et c'est tant mieux : un plat sans mystĂšre n'a pas d'Ăąme.
Ce qui ne souffre aucun mystĂšre, en revanche, c'est la dĂ©finition lĂ©gale de la Wiener Schnitzel. La loi autrichienne est formelle : VEAU uniquement. Pas de porc, pas de poulet, pas de dinde. Ce qui n'est pas au veau s'appelle Schnitzel Wiener Art â « Ă la maniĂšre viennoise » â mais jamais Wiener Schnitzel. Cette rĂšgle, les restaurants viennois la dĂ©fendent comme une question d'honneur.
La technique, elle, est un art Ă part entiĂšre. On commence par aplatir la noix de veau jusqu'Ă trois ou quatre millimĂštres â la viande doit ĂȘtre aussi fine qu'une feuille de parchemin, et si rĂ©guliĂšre qu'elle cuit de partout au mĂȘme instant. Vient ensuite la triple plongĂ©e : farine, Ćuf battu, chapelure fine. Mais voilĂ le geste qui change tout : on ne presse jamais la panure. On la pose, dĂ©licatement, comme on pose un voile sur un visage. Si vous l'Ă©crasez, vous tuez la Wellige avant mĂȘme que le feu ne l'ait touchĂ©e.
La cuisson dans le Butterschmalz â le beurre clarifiĂ© autrichien, Ă hauteur â doit ĂȘtre abondante, Ă 170°C, jamais plus. On incline la poĂȘle et l'on arrose sans relĂąche le dessus de l'escalope avec le beurre fondu dorĂ© : c'est ce mouvement, rĂ©pĂ©tĂ© avec patience, qui crĂ©e la Wellige, cette croĂ»te aĂ©rĂ©e qui gonfle et se soulĂšve au-dessus de la viande comme un soufflĂ©. Ă la sortie de la poĂȘle, on la pose sur du papier absorbant, et on la sert dans la minute â la Wellige ne survit pas Ă l'attente.
Ă Vienne, la Wiener Schnitzel se mange chez FiglmĂŒller depuis 1905, oĂč elle dĂ©borde du bord de l'assiette. Elle se sert avec un quartier de citron dont on presse quelques gouttes au dernier moment, des Preiselbeeren (airelles rouges lĂ©gĂšrement acidulĂ©es qui tranchent la richesse du beurre) et une persillade de pommes de terre nouvelles. C'est un plat simple, presque arrogant dans sa simplicitĂ©. Et c'est pour cela qu'il ne pardonne rien.
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Placer chaque escalope entre 2 feuilles de papier sulfurisé. Aplatir au batticarne JUSQU'à 4-5 MM d'épaisseur uniformément. Saler, poivrer (poivre blanc) légÚrement les deux faces.
PrĂ©parer 3 assiettes creuses : (1) farine, (2) Ćufs battus avec lait/crĂšme, (3) chapelure fine. Disposer cĂŽte Ă cĂŽte.
Tremper chaque escalope : (1) farine â secouer l'excĂšs ; (2) Ćuf battu â bien enrober ; (3) chapelure â appuyer LĂGĂREMENT pour faire adhĂ©rer mais SANS PRESSER. Secouer pour enlever excĂšs.
Dans une grande poĂȘle haute (les bords doivent permettre l'arrosage), faire fondre gĂ©nĂ©reusement le beurre clarifiĂ© sur 1 cm de profondeur. Chauffer Ă 170°C (test : un peu de chapelure jetĂ©e mousse vivement).
Plonger 1 ou 2 schnitzels (selon taille poĂȘle). Frire 1 min cĂŽtĂ© 1 â INCLINER la poĂȘle, ARROSER la schnitzel constamment avec le beurre chaud Ă la cuillĂšre. Cette action crĂ©e la 'Wellige' â la panure GONFLE et SE DĂCOLLE de la viande. Retourner, frire 1 min de plus en arrosant.
Sortir Ă la spatule. Poser sur grille au-dessus d'un papier absorbant (pas DIRECTEMENT sur le papier â la panure ramollirait par dessous). Saler immĂ©diatement Ă la sortie.
Servir IMMĂDIATEMENT (sous 5 min) sur assiettes chaudes. Garnir d'1 quartier de citron + 1 c.Ă .s. d'airelles + portion de pommes persillade. PRESSER LE CITRON sur la schnitzel par-dessus. Manger immĂ©diatement â la panure ramollit en 10 min.
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