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Atlas Culinaire · Autriche · Vienne
Veau seul, panure farine-œuf-chapelure qui souffle et se décolle : le Codex autrichien exige au moins un dos de couteau d'air entre la croûte et la viande.
Il y a un mot qui décide de tout dans ce plat, et ce n'est pas celui qu'on croit. Le Codex alimentaire autrichien, l'Österreichisches Lebensmittelbuch, définit à son chapitre B 14 le Wiener Schnitzel comme une escalope de veau panée à la farine, à l'œuf battu et à la chapelure, puis cuite dans la graisse. Une phrase, et la porte se ferme : au porc, ce n'est plus un Wiener Schnitzel, c'est un Schnitzel Wiener Art. Le même texte donne l'invariant que les cuisiniers viennois se transmettent comme un bien de famille, et il a ceci de rare qu'il se mesure. Entre la chapelure et la viande, il doit tenir au moins un dos de couteau. La panure ne colle pas au veau, elle se soulève, elle gonfle par endroits, elle ondule. Les Autrichiens disent qu'elle souffle, soufflieren.
Sur l'origine milanaise, il n'y a plus de débat, il y a une date.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Demandez à votre boucher du frikandeau ou du Kaiserteil, autrement dit la partie noble du cuisseau de veau. Faites-le parer devant vous : toute la peau argentée et le gras périphérique doivent partir, sinon l'escalope se rétractera dans la poêle et se voûtera comme une tuile.
Le pourquoiLe Codex alimentaire autrichien ne définit le Wiener Schnitzel qu'au veau : au porc, le plat doit légalement s'appeler Schnitzel Wiener Art. Le registre national précise que le cuisseau se divise en Schlussbraten, Kaiserteil, Nuss, frikandeau et Hintere Stelze, et que les trois derniers conviennent le mieux, la Nuss étant la plus juteuse. [Österreichisches Lebensmittelbuch, chapitre B 14 « Fleisch und Fleischerzeugnisse », cité intégralement par le Register der Traditionellen Lebensmittel du ministère autrichien, fiche n° 169.]
Détaillez les 600 grammes en quatre escalopes d'environ 150 grammes, à la coupe simple ou en portefeuille selon l'épaisseur du morceau. Avec la pointe du couteau, entaillez légèrement le pourtour de chaque escalope tous les deux centimètres, sans aller jusqu'au centre.
Le pourquoiLes entailles sectionnent l'anneau de tissu conjonctif qui ceinture le muscle. C'est lui qui, en se contractant à la chaleur, fait bomber l'escalope et décolle la panure du mauvais côté. La recette officielle autrichienne commence par ce geste. [Plachutta et Wagner, Die 100 klassischen Gerichte Österreichs, recette reproduite dans le Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Ränder leicht einschneiden ».]
Couvrez chaque escalope d'un film alimentaire et aplatissez-la doucement, à la batte lisse ou au fond d'une petite casserole, en partant du centre et en allant vers les bords. Arrêtez-vous à six millimètres environ, et vérifiez à l'œil que l'épaisseur est la même partout.
Le pourquoiLe registre autrichien fixe l'épaisseur normale à six millimètres et range l'excès de battage parmi les erreurs qui perdent le plat. Une escalope trop fine n'a plus assez d'eau pour produire, sous la panure, la vapeur qui la soulèvera : elle sèche au lieu de souffler. [Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Die Stärke der Schnitzel […] misst jedoch im Normalfall circa 6 mm » ; et parmi les erreurs, « exzessives Klopfen ».]
Salez les quatre escalopes régulièrement des deux côtés, juste avant de paner. Ni la veille, ni une demi-heure avant.
Le pourquoiLe sel appelle l'eau à la surface. Salée trop tôt, l'escalope perle, la farine se transforme en colle et la panure adhère à la viande au lieu de s'en détacher. La recette officielle sale immédiatement avant la panure. [Plachutta et Wagner, via le Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Schnitzel beidseitig gleichmäßig salzen ».]
Alignez trois assiettes creuses larges : la farine, puis les deux œufs, puis la chapelure. Battez les œufs à la fourchette seulement, le temps que le blanc et le jaune se mêlent, sans les monter et sans les passer au fouet ni au mixeur.
Le pourquoiUn œuf fouetté emprisonne de l'air en fines bulles régulières et forme une pellicule tendue qui plaque la chapelure sur la viande. Battu à la fourchette, il reste coulant et irrégulier, et c'est cette couche lâche qui laissera la vapeur soulever la croûte. Le texte officiel prend la peine d'interdire le mixeur. [Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Eier mit Gabel verschlagen (nicht mixen) ».]
Passez chaque escalope dans la farine des deux côtés, secouez bien l'excédent, tirez-la dans l'œuf, laissez l'excédent s'égoutter deux secondes, puis couchez-la dans la chapelure et pressez-la à peine, du bout des doigts. Secouez légèrement l'escalope panée avant de la porter à la poêle.
Le pourquoiLa farine sèche la surface pour que l'œuf accroche ; l'œuf est la seule colle ; la chapelure ne doit être que posée. Le texte officiel dit d'appuyer les miettes « zart », délicatement, et de secouer l'excédent : trop de chapelure libre brûlera dans la graisse et la noircira avant la fin. [Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Schnitzel in Mehl beidseitig wenden, durch Eier ziehen und danach in Semmelbröseln wenden (Brösel zart andrücken). Schnitzel leicht abschütteln. »]
Versez le Butterschmalz dans une poêle assez large pour que l'escalope y tienne à plat sans toucher les bords, sur une hauteur de deux à trois centimètres. Chauffez jusqu'à ce qu'une miette de chapelure jetée dedans remonte aussitôt en grésillant vivement, autour de 170 degrés.
Le pourquoiLe Wiener Schnitzel n'est pas poêlé, il est cuit dans la graisse : c'est la seule manière d'obtenir que la panure gonfle par le dessous en même temps que par le dessus. La recette officielle précise la profondeur, ce qui est rare dans un texte de ce genre, et impose que la graisse ne serve qu'une fois. [Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Reichlich Fett (Tiefe etwa 2 bis 3 Zentimeter) in passender Pfanne erhitzen » ; et « Das Fett zum Backen soll immer nur einmal verwendet werden ».]
Couchez l'escalope dans la graisse en l'éloignant de vous. Puis, sans jamais la lâcher des yeux, balancez la poêle d'un mouvement continu du poignet, d'avant en arrière, pendant toute la cuisson de la première face, une à deux minutes. La graisse doit passer et repasser par-dessus la croûte.
Le pourquoiC'est le geste qui fabrique le plat. En balançant, vous faites déferler la graisse chaude sur le dessus de l'escalope, la panure cuit des deux côtés en même temps, l'eau de la viande se vaporise et soulève la croûte, qui se décolle et ondule. Les Autrichiens appellent cela soufflieren. Sans ce mouvement, vous obtenez une escalope panée plate et correcte, et rien d'autre. [Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « Unter wiederholtem Schwingen der Pfanne die Schnitzel bräunen » ; et pour le résultat attendu : « Die ideale Panier ist knusprig und goldbraun und geht an einigen Stellen hoch (soufflieren). Zwischen Bröselschicht und Fleisch sollte mindestens ein Messerrücken passen. »]
Retournez l'escalope avec précaution, à la fourchette à viande, et laissez-la finir sur la seconde face en continuant de balancer, une minute environ. Sortez-la à la pelle à frire, laissez-la s'égoutter quelques secondes au-dessus de la poêle, puis épongez-la des deux côtés sur du papier absorbant.
Le pourquoiUne pince écrase la croûte à l'endroit précis où elle vient de se décoller. La fourchette et la pelle sont les deux outils que nomme la recette officielle, et ce n'est pas un détail de style : ce sont les seuls qui ne compriment rien. [Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 : « mittels Fleischgabel vorsichtig wenden, fertig backen und mit Backschaufel aus der Pfanne heben. Schnitzel abtropfen lassen, mit Küchenkrepp das überschüssige Fett abtupfen. »]
Servez immédiatement, sur une assiette chaude, avec un quartier ou une demi-moitié de citron posé à côté et quelques brins de persil. En accompagnement, des pommes de terre persillées, ou une salade de pommes de terre, de concombre ou de feuilles.
Le pourquoiLe citron ne se presse pas sur la croûte à l'avance : l'acide la détrempe en quelques secondes. On l'apporte pour que chacun en mette au dernier moment, et l'usage est ancien. Marie von Rokitansky écrivait en 1913 : « on donne un quartier de citron à chaque escalope, et un peu de persil vert sur le plat ». [Marie von Rokitansky, Österreichische Küche, 1913, citée par le Register der Traditionellen Lebensmittel, fiche n° 169 ; accompagnements recommandés par la même fiche d'après Plachutta et Wagner.]
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
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Le poulet pané et frit à la viennoise, et le vrai ancêtre technique. Le Wien Geschichte Wiki le rappelle : paner n'avait rien de neuf pour les Viennois, qui connaissaient depuis longtemps le Backhendl et les pieds et oreilles de veau panés. Le Salzburger Kochbuch de Conrad Hagger décrit un Backhuhn dès 1719, bien avant la première escalope panée nommée.
Voir la recette →L'escalope de veau panée refermée sur du jambon et du fromage. Le registre autrichien la classe explicitement parmi les variations du schnitzel viennois.
Pas encore dans l'AtlasLa côtelette de veau panée de Milan, avec son os. On a longtemps raconté que le maréchal Radetzky l'avait rapportée à Vienne ; la légende est née en 1969 dans un guide touristique italien et a été réfutée par Wiegelmann en 1967, Zahnhausen en 2001 et Pohl en 2007. Les deux plats restent cousins par la technique, mais l'os les sépare : Zenker, à Vienne en 1846, traduisait déjà Kalbs-Schnitzel par de fausses côtelettes.
Pas encore dans l'AtlasL'escalope de veau sans panure, simplement saisie. La distinction était si nette dans l'Empire qu'en janvier 1896, à Zagreb, un serveur perdit sa place pour avoir apporté un Naturschnitzel à une cliente qui avait commandé un Wiener Schnitzel.
Pas encore dans l'AtlasMême veau, même geste, mais on s'arrête à l'œuf : farine puis œuf battu, sans chapelure. La croûte y est jaune et souple au lieu d'être brune et soufflée.
Pas encore dans l'AtlasLe même plat au porc. Ce n'est pas une nuance de puriste : le Codex alimentaire autrichien réserve le nom de Wiener Schnitzel au veau, et impose à la version au porc l'appellation Schnitzel Wiener Art, ou Wiener Schnitzel vom Schwein. C'est de loin la version la plus vendue en Autriche, et elle est parfaitement légitime sous son propre nom.
Pas encore dans l'AtlasLa même panure, mais sur du Surfleisch, de la viande saumurée. Une survivance des cuisines de conservation autrichiennes, recensée par le registre national à côté du Wiener Schnitzel.
Pas encore dans l'AtlasLe 25 novembre 1846, la Wiener Zeitung, gazette officielle de l'État autrichien, publie un barème de rations par portions. Au quart de portion comme à la demie, le Wiener Schnitzel figure dans la rotation ordinaire, aux côtés des carbonades et du poulet frit. Un plat qu'une administration inscrit dans un tarif n'est plus une nouveauté depuis longtemps.
Dans leur chronique Wienerisches aus Berlin du 12 mai 1889, les Wiener Caricaturen constatent que dans n'importe quel restaurant berlinois on trouve le Wiener Schnitzel à la carte, et qu'il y est même convenablement préparé. Le journal ajoute, un peu vexé, que les Berlinois ont essayé d'acclimater la comédie viennoise exactement comme ils ont acclimaté le schnitzel.
Le 12 août 1891, le tribunal d'arrondissement de l'Alsergrund à Vienne juge une affaire d'injures. Une cliente avait commandé un schnitzel espagnol ; on lui apporta un simple Wiener Schnitzel. Elle refusa la métamorphose, exigea son schnitzel espagnol, et la querelle sur les plaisirs, dit le compte rendu, géographico-culinaires renvoya le plat en cuisine et le patron devant le tribunal, poursuivi par son propre serveur.
À Zagreb, en janvier 1896, une danseuse de passage qui se disait Viennoise naturalisée commande un Wiener Schnitzel. Le serveur, distrait, demande en cuisine un Naturschnitzel, c'est-à-dire une escalope sans panure. La cliente s'obstine, écrit le journal, comme Shylock sur son billet ; la cuisinière se fâche, la joue gauche du serveur rougit, et l'hôtelier le renvoie. Et tout cela, conclut l'Agramer Zeitung, c'est le Wiener Schnitzel de la danseuse qui l'a fait.
Le 3 juin 1899, le Figaro viennois publie la réclame d'un restaurant végétarien de la Oppolzergasse, la Thalysia, tenu par un certain Langenecker : Wiener Schnitzel, viande faite directement de plantes, moitié moins cher que d'habitude, vingt kreuzer avec la salade, et la recette en vente pour quarante. Le texte qui l'accompagne juge que mettre du veau dans un schnitzel est un point de vue ridicule et dépassé. La formule a cent vingt-sept ans.
En décembre 1916, les Wiener Neueste Nachrichten se moquent du battage orchestré autour d'un ersatz nommé Zef, dont la presse quotidienne promettait des Wiener Schnitzel bon marché et croustillants. On s'attendait presque, écrit le journal, à ce que les cinémas donnent des séances spéciales pour les montrer. Dix-sept ans après le schnitzel de plantes de la Thalysia, la même idée revenait, mais par la faim.
En mai 1917, un chroniqueur de la Montags-Revue aus Böhmen écrit que sur une carte de restaurant, Allemands, Tchèques et Hongrois vivaient enfin côte à côte dans la tolérance. Le Wiener Schnitzel et les Powidldalken de Bohême, le goulasch de Debrecen et les Nockerl de Salzbourg, le chapon de Styrie et les cornichons de Znaim, la tarte de Linz et le fromage d'Olomouc y étaient dévorés avec la même joie, et montraient aux gouvernants, ajoute-t-il, le chemin le plus droit pour apaiser la querelle des peuples de la monarchie. L'Empire avait un an à vivre.
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♛ COURONNE — ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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