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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Le petit-déjeuner le moins cher de Hà Nội, et le seul dont la réussite tient à un geste qu'on ne voit pas : on le cuit deux fois.
VnExpress Cooking décrit le procédé traditionnel — on cuit une première fois, puis on sort le riz, on l'asperge d'un peu d'eau froide, on le sépare grain à grain, on le remet en une fois, et c'est à la seconde cuisson seulement, quand les grains sont devenus tendres, qu'on ajoute la graisse et qu'on mélange (https://vnexpress.net/doi-song-cooking-cach-do-xoi-lac-truyen-thong-4870988.html).
Les recettes au cuiseur à riz, très majoritaires aujourd'hui, suppriment cette étape et donnent un xôi correct le temps du repas mais qui durcit en une heure ; le riz doublement cuit, lui, reste souple plusieurs heures, ce qui est exactement ce que demande le métier d'une vendeuse au panier qui commence à quatre heures du matin et vend jusqu'à midi.
Le second point de vigilance est un piège de nomenclature : le panier d'une vendeuse hanoïenne porte cinq à sept xôi différents — xôi lạc, xôi xéo, xôi gấc, xôi đỗ đen, xôi ngô, xôi dừa — au point que la presse surnomme certaines d'entre elles « chị Hoa năm thứ xôi », et il serait faux d'en apparier deux au prétexte qu'ils voisinent dans le même panier.
Ce sont des plats distincts vendus côte à côte, et cette fiche n'en cuisine qu'un.
Le xôi lạc se définit enfin par son assaisonnement unique, le muối vừng, sel de sésame grillé et pilé, là où le xôi xéo de la fiche VN025 est défini par tout autre chose : le mungo raboté au couteau, le curcuma et l'échalote frite.
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Rincer le riz gluant trois ou quatre fois jusqu'à ce que l'eau reste presque claire, puis le couvrir largement d'eau froide non salée et le laisser six à huit heures, une nuit de préférence. Dans un second récipient, tremper les cacahuètes crues de la même façon. Les deux trempages sont séparés parce que les deux ingrédients ne cuisent pas au même rythme, et les mélanger dès le trempage est la première erreur du plat. Le riz est prêt quand un grain prélevé s'écrase sans résistance entre l'ongle du pouce et celui de l'index, en laissant une pâte blanche et non un cœur dur.
Le pourquoiLe riz gluant est presque intégralement composé d'amylopectine, qui n'absorbe l'eau qu'à froid et lentement ; la vapeur ne réhydrate pratiquement pas un grain sec, elle ne fait que cuire l'eau déjà présente.
Égoutter les cacahuètes trempées et les mettre dans une casserole d'eau froide non salée, porter à ébullition puis baisser et laisser cuire vingt à vingt-cinq minutes. Elles doivent devenir tendres sous la dent tout en gardant une légère fermeté au centre, car elles poursuivront leur cuisson à la vapeur avec le riz. Les égoutter à fond et les laisser tiédir. Cette pré-cuisson est le second geste que les recettes rapides suppriment, et son absence est immédiatement repérable dans le bol fini : une cacahuète crayeuse au centre, sèche et légèrement amère, au milieu d'un riz parfaitement cuit.
Le pourquoiL'arachide est une graine dense et riche en lipides, dont l'amidon et les protéines s'hydratent bien plus lentement que ceux du riz ; sans avance de cuisson elle ne rattrape jamais son retard à la vapeur.
Égoutter le riz au moins quinze minutes dans une passoire, puis le saler à la main en le mêlant avec les cacahuètes pré-cuites. Le disposer dans le panier vapeur en couche régulière, sans le tasser, et creuser trois ou quatre cheminées avec le manche d'une cuillère pour que la vapeur traverse au lieu de contourner. Cuire vingt-cinq minutes à vapeur vive et couvercle enveloppé d'un linge, qui empêche la condensation de retomber en gouttes sur le riz. Le riz est alors cuit mais encore un peu ferme et les grains commencent à coller les uns aux autres : c'est l'état attendu, et non le résultat final.
Le pourquoiLa vapeur circule par les chemins de moindre résistance ; sans cheminées ménagées dans la couche, elle contourne le riz par les bords du panier et le centre reste cru pendant que la périphérie est déjà cuite.
Verser le riz dans un grand plat, l'asperger d'un peu d'eau froide — deux ou trois cuillerées, pas davantage — et le séparer aussitôt grain à grain avec des baguettes ou une paire de cuillères, en le soulevant plutôt qu'en l'écrasant. Le remettre alors dans le panier d'un seul coup et le cuire une seconde fois dix à quinze minutes. C'est la deuxième cuisson qui fait tout : c'est elle qui rend les grains pleins, gonflés et parfumés, et surtout c'est elle qui permet au xôi de rester souple plusieurs heures au lieu de durcir en une. C'est la raison pour laquelle une vendeuse au panier peut cuire à quatre heures du matin et vendre encore à midi.
Le pourquoiL'aspersion réhydrate la surface des grains desséchée par la première vapeur et relance la gélatinisation de l'amidon de surface, ce qui retarde considérablement la rétrogradation responsable du durcissement au refroidissement.
Sortir le riz cuit et le verser dans un grand plat. Arroser de graisse de poulet fondue ou d'huile d'échalote frite, puis mélanger largement en soulevant à la spatule, sans jamais écraser. Le gras a deux fonctions distinctes : il enrobe chaque grain d'un film qui l'empêche de se souder à ses voisins, et il fixe le parfum, faute de quoi le xôi sent le riz et rien d'autre. La quantité est modeste, deux cuillerées pour un demi-kilo de riz cru, et son excès rend le plat lourd et gras. Goûter et rectifier le sel à ce moment, jamais avant.
Le pourquoiUn film lipidique en surface fait barrière physique entre les chaînes d'amylopectine des grains voisins et empêche les ponts hydrogène de se former, ce qui maintient le riz détaché plusieurs heures.
Griller le sésame à sec dans une poêle froide qu'on met sur feu doux, en remuant sans interruption. Les graines commencent par sécher, puis se mettent à crépiter et à sauter, et c'est à ce moment précis qu'il faut les verser hors de la poêle : le sésame passe du grillé au brûlé en une quinzaine de secondes et il n'existe aucun stade intermédiaire rattrapable. Les piler au mortier avec le sel et les cacahuètes grillées concassées, en cassant les graines sans les réduire en poudre. Le muối vừng doit rester grumeleux et sec, jamais pâteux.
Le pourquoiLa coque du sésame est imperméable et retient les composés aromatiques ; le grillage la fragilise et le pilage la fend, mais un broyage complet libère l'huile et la poudre s'agglomère au lieu de saupoudrer.
Servir le xôi tiède, en portions tassées à la main dans une demi-feuille de bananier ou de lotus, avec le muối vừng saupoudré généreusement dessus avant de refermer. La feuille n'est pas un ornement : elle est légèrement perméable, laisse échapper la vapeur résiduelle et empêche le riz de suer, là où un sachet plastique le fait transpirer et le rend collant et détrempé en dix minutes. Le paquet se tient d'une main et se mange en marchant, ce qui est le mode réel de consommation. Ne jamais servir brûlant : le xôi est meilleur tiède, quand l'amidon s'est raffermi et que les grains se détachent nettement.
Le pourquoiUn emballage imperméable piège la vapeur d'eau qui recondense sur le riz et détrempe la surface ; la feuille végétale régule cet échange et maintient un taux d'humidité stable dans le paquet.
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Sourcer ou se taire
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