Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un bol qui a changé de nom en changeant de garniture : le vieux Nankin buvait une soupe de sang de canard avec une galette feuilletée, et ce sont les années quatre-vingt-dix qui y ont jeté les vermicelles.
Dans une note de septembre 2024, il rappelle que le vieux Nankin ne dit pas 鸭血 mais 鸭衁, caractère dont le Shuowen Jiezi donne pour sens « sang », et cite Lu Qian qui, dans la section consacrée au canard de son 东山琐缀, écrit que le canard de Jinling est réputé dans tout l'empire et que son industrie annexe comprend le sang, vulgairement appelé yahuang.
Surtout, la même note établit que dans les années où les vermicelles n'existaient pas encore au menu, l'accompagnement inséparable de la soupe était la galette feuilletée pétrie à la graisse de canard.
La note de juin 2025 va plus loin et date l'apparition des vermicelles des années quatre-vingt-dix seulement, sous l'influence d'une échoppe de Zhenjiang, tout en écartant les deux légendes concurrentes, celle du vermicelle tombé par accident dans un bol de sang au bord du Qinhuai et celle du cuisinier de Li Hongzhang.
La revendication de Zhenjiang, portée par le lettré Mei Ming qui aurait ouvert là-bas l'enseigne Yaxianzhi, a valu en septembre 2012 une empoignade en ligne entre internautes des deux villes, rapportée par l'agence Chine nouvelle.
Second malentendu, réglementaire celui-là : la presse a annoncé en 2018 puis en 2022 une norme officielle du bol de Nankin, alors que le texte déposé par l'institut municipal de contrôle sanitaire auprès de la commission provinciale de santé ne s'appelle pas ainsi et ne vise que la version industrielle en sachet, avec une exigence de cinquante pour cent de sachet caractéristique dans le poids total.
Aucune norme n'a jamais encadré le bol servi au comptoir.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Laisser tremper les carcasses une heure à l'eau froide courante ou renouvelée trois fois, puis les blanchir départ eau froide avec le gingembre et le vin de riz, et jeter cette première eau dès l'apparition de l'écume grise. Cette étape ingrate décide de la limpidité finale : un bouillon monté sur des carcasses non dégorgées reste trouble et garde un arrière-goût de basse-cour. Les carcasses sont prêtes quand l'eau de trempage ne rosit plus et que le blanchiment ne produit plus d'écume brune. Un rinçage à l'eau chaude après le blanchiment évite de figer l'albumine sur les os.
Le pourquoiLe trempage évacue par diffusion l'hémoglobine résiduelle, et le blanchiment coagule puis élimine les protéines de surface qui troubleraient définitivement le bouillon.
Remettre les carcasses dans une eau propre avec la ciboule et le reste du gingembre, porter à frémissement et maintenir un frémissement à peine perceptible pendant une heure et demie, en écumant les dix premières minutes. Le bouillon de Nankin est clair et léger, à l'opposé des bouillons blancs émulsionnés du Nord : une ébullition franche mettrait le gras en émulsion et donnerait un bouillon laiteux qui n'est pas celui de ce plat. Le bouillon est fait quand il est ambré, parfumé et qu'une cuillère y laisse voir le fond. Le saler seulement en fin de cuisson, la réduction concentrant le sel.
Le pourquoiEn dessous du point d'ébullition, le gras reste en surface au lieu d'être dispersé mécaniquement en gouttelettes, ce qui préserve la transparence du bouillon.
Détailler le pain de sang en cubes de deux centimètres et les plonger dans une eau salée maintenue autour de quatre-vingt-cinq degrés, sans le moindre bouillon, une dizaine de minutes. C'est le point technique du plat : le sang bouilli se contracte, se crible d'alvéoles et devient spongieux et amer, tandis que le sang poché reste lisse et tremblotant comme un flan. Les cubes sont à point quand ils sont fermes au toucher, brillants, et qu'une pointe de couteau y entre sans résistance et ressort propre. Les laisser dans leur eau tiède jusqu'au montage.
Le pourquoiLes protéines du sang coagulent autour de soixante-dix degrés ; au-delà de quatre-vingt-dix elles se rétractent violemment et expulsent leur eau, ce qui creuse la structure alvéolaire responsable du goût métallique.
Émincer les gésiers très fin en travers de la fibre et les pocher deux minutes seulement, trancher les foies épais et les pocher quatre minutes dans une eau distincte, et faire cuire les intestins nettoyés un quart d'heure avant de les tronçonner. Chaque abat a sa cinétique, et les cuire ensemble revient à en sacrifier deux sur trois. Les gésiers sont prêts quand ils blanchissent et se recroquevillent légèrement, les foies quand leur cœur est rosé et non gris, les intestins quand ils cèdent sous la dent sans être caoutchouteux. Les foies se pochent toujours à part, faute de quoi ils troublent le bouillon.
Le pourquoiLe gésier est un muscle lisse très dense qui durcit dès qu'il dépasse quelques minutes, tandis que le foie, riche en eau et en lipides, devient farineux dès que son cœur gagne quelques degrés de trop.
Faire tremper les vermicelles de patate douce une demi-heure dans une eau tiède, puis les égoutter et les cuire deux minutes seulement à l'eau bouillante au moment du montage. Un trempage à l'eau bouillante ferait éclater la surface du vermicelle et le rendrait pâteux, un vermicelle non trempé demanderait une cuisson longue qui le désintégrerait. Le vermicelle est prêt quand il est souple, translucide sur les bords mais encore opaque au cœur. Le rafraîchir aussitôt à l'eau froide pour arrêter net la cuisson.
Le pourquoiLa fécule de patate douce gélatinise progressivement à l'eau tiède, ce qui hydrate le cœur du vermicelle sans dissoudre sa surface, condition d'une texture nerveuse.
Plonger les cubes de tofu frit trente secondes à l'eau bouillante, les presser doucement entre deux feuilles de papier absorbant, puis les réserver. L'huile de friture dont ils sont imbibés remonterait sinon en surface du bol et donnerait un bouillon gras et lourd. Cette précaution vaut aussi pour la texture : un tofu dégraissé reboit le bouillon et le restitue en bouche, un tofu gras reste imperméable. Les cubes sont prêts quand ils sont souples sous le doigt et ne laissent plus de trace grasse sur le papier.
Le pourquoiL'eau bouillante liquéfie l'huile figée dans les alvéoles et la libère par différence de tension superficielle, ce qui rouvre la structure spongieuse du tofu.
Déposer au fond du bol les vermicelles égouttés, puis le tofu frit, puis répartir dessus le sang en cubes, les gésiers, les foies et les intestins. L'ordre n'est pas arbitraire : les vermicelles au fond n'écrasent rien, et les abats posés en dernier restent visibles et ne se noient pas. Le bol doit être préalablement ébouillanté et essuyé, faute de quoi il vole une dizaine de degrés au bouillon. Le montage est bon quand chaque composant reste identifiable à l'œil sans être enfoui.
Le pourquoiLa masse de céramique d'un bol froid absorbe une part notable de la chaleur du bouillon, ce qui refroidit l'ensemble sous le seuil où le sang de canard reste fondant.
Porter le bouillon filtré à frémissement soutenu, rectifier le sel, puis le verser d'un geste continu sur le bol monté jusqu'à immersion complète. Ajouter le poivre blanc, la coriandre et, pour ceux qui le souhaitent, un trait d'huile de piment. Le bouillon doit être versé brûlant et le bol servi dans la minute : la patate douce continue de boire et transforme la soupe en pâte en dix minutes. Pour retrouver le montage historique décrit par le bureau des monographies de Nankin, remplacer les vermicelles par une galette feuilletée à la graisse de canard trempée dans la soupe.
Le pourquoiLe poivre blanc, dont la pipérine est volatile, ne libère son parfum qu'au contact d'un liquide très chaud, raison pour laquelle il se donne au bol et jamais dans le bouillon en cuisson.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.