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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Un poisson d'étang que personne ne voulait, une sauce épaisse et une coupelle de trempage montée à table : le plat qui a fait tourner la tête aux restaurants de Chengdu et de Chongqing en 1999
Le savoir-faire, sous l'intitulé 邮亭鲫鱼传统制作技艺, entre d'abord au répertoire du 非物质文化遗产 de l'ARRONDISSEMENT de Dazu en janvier 2013, puis au QUATRIÈME lot du répertoire MUNICIPAL de Chongqing en janvier 2014 — un an d'écart, et deux niveaux distincts.
C'est la voie normale d'un dossier, qui monte d'échelon en échelon, et l'écrire correctement évite le raccourci qui transforme un classement d'arrondissement en inscription nationale.
Le second point porte sur la datation.
Les sources du bourg font remonter les origines à la période républicaine, lorsque Youting était une étape obligée sur la route entre Chongqing et Chengdu et que les auberges nourrissaient un flot continu de voyageurs ; mais la forme actuelle du plat, celle qui s'est diffusée, est bien plus récente.
C'est en 1999 qu'il s'impose brutalement sur les marchés de la restauration de Chengdu et de Chongqing, porté par un vieil homme du nom de Xiang originaire du bourg.
Deux chronologies coexistent donc, celle du lieu et celle de la recette, et les confondre revient à antidater d'un demi-siècle une préparation des années quatre-vingt-dix.
Troisième point, celui qui distingue le plat de son voisin de Bishan présent dans le même volume : le carassin est un poisson de petite taille, plein d'arêtes fines et longtemps méprisé, qui se cuisine ici ENTIER et non tronçonné, dans une sauce épaisse et non dans un bouillon court.
Et sa coupelle de trempage est humide, montée à table par chaque convive à partir d'une base et de condiments, là où celle de Laifeng est une poudre sèche.
Deux poissons de relais routier de la même municipalité, deux constructions opposées.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Écailler et vider les carassins sans les tronçonner, puis pratiquer deux ou trois entailles obliques de chaque côté, jusqu'à l'arête. Frotter de sel, de vin de riz et de gingembre et laisser reposer un quart d'heure. Ces entailles ne sont pas décoratives : sur un poisson entier, elles sont le seul moyen de laisser entrer la chaleur puis la sauce jusqu'au cœur.
Le pourquoiLes entailles réduisent l'épaisseur effective de chair à traverser et créent des chemins de pénétration pour la sauce.
Éponger les poissons et les plonger dans l'huile bien chaude, un ou deux à la fois, jusqu'à ce que la peau soit dorée et raidie. Ils cessent de coller au fond et remontent. Cette friture scelle la peau et permettra au poisson de mijoter entier sans se défaire — un carassin non frit se disloque dès qu'on le déplace.
Le pourquoiLa déshydratation rapide de la peau et la coagulation des protéines de surface forment une croûte qui maintient la structure du poisson entier.
Vider l'essentiel de l'huile, garder l'équivalent de deux louches et y faire revenir la pâte de fèves, l'ail, le gingembre, les piments séchés et le poivre du Sichuan. Quand le gras est franchement rouge, ajouter le sucre, le vinaigre et la sauce soja, puis un mouillage court de bouillon. La sauce doit rester épaisse : c'est ce qui la distingue du bouillon court de Laifeng.
Le pourquoiLe sucre et le vinaigre forment avec la pâte de fèves un équilibre aigre-doux qui, réduit, prend une consistance nappante sans liant ajouté.
Remettre les carassins dans la sauce, en une seule couche, et laisser mijoter à couvert en les arrosant à la louche plutôt qu'en les retournant. Ils prennent la couleur de la sauce et les entailles s'ouvrent. Le mijotage est court : le carassin est un petit poisson et une cuisson prolongée le dessèche autant qu'elle le désagrège.
Le pourquoiL'arrosage transfère la chaleur et les arômes par le dessus, ce qui évite la manipulation mécanique fatale à un poisson entier pré-frit.
Découvrir, remonter le feu quelques instants et laisser la sauce réduire jusqu'à ce qu'elle enrobe les poissons d'une couche brillante. Surveiller sans quitter le wok des yeux : la sauce est sucrée et attache très vite au fond dès qu'elle atteint sa concentration. Ajouter le reste de vinaigre hors du feu.
Le pourquoiLa concentration des sucres et des protéines dissoutes augmente la viscosité de la sauce jusqu'au point où elle adhère à la surface du poisson.
Faire glisser les poissons dans un plat creux, napper de sauce, puis répartir une louche de cette même sauce dans de petits bols individuels. Chacun disposera ensuite d'une base à laquelle ajouter ses condiments. C'est la mécanique du plat : la sauce sert deux fois, dans le plat et dans la coupelle. Une louche généreuse par convive vaut mieux qu'un fond chiche, chacun y ajoutant ensuite ses condiments.
Le pourquoiLa sauce, déjà chargée des sucs du poisson, constitue une base sapide bien supérieure à un mélange de condiments monté à sec.
Chacun ajoute à sa base l'ail cru pilé, la coriandre, l'huile pimentée, le vinaigre et les cacahuètes concassées selon son goût, puis y trempe les morceaux prélevés. Le repas se fait lentement : le carassin est plein d'arêtes fines qu'on ne peut pas retirer, et c'est le prix d'un poisson dont la chair reste ferme et douce. Les tables de Youting prévoient toujours une heure pour ce plat.
Le pourquoiL'ail cru et le vinaigre ajoutés hors du feu conservent leurs composés volatils, détruits par la cuisson dans la sauce.
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Sourcer ou se taire
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