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Atlas Culinaire · Suisse · Zürich & Plateau
Huit centimètres de diamètre au minimum, quarante-cinq millimètres de haut au maximum, quatre pour cent d'alcool : le cahier des charges IGP interdit jusqu'à l'arôme de kirsch.
Avant la tourte, il y a l'eau-de-vie, et c'est elle qui explique tout. La culture du cerisier est attestée dans le canton de Zoug depuis le dix-septième siècle : un marché aux chriesi est documenté en ville de Zoug dès 1627, et le partage de la récolte y était réglé par une institution qui porte un nom magnifique, la Chriesigloggä, la cloche aux cerises. Cueillir les cerises des terrains communaux était un privilège de bourgeois, il était strictement interdit d'y toucher avant maturité, des Chriesiwächter patrouillaient jour et nuit, et ce n'est qu'au signal de la plus grosse cloche de l'église Saint-Michel, à midi, qu'on avait le droit de sortir les échelles et les hottes. Le procédé est documenté dans un protocole du conseil de 1711. Puis, en 1870, se fonde à Zoug la Kirschwasser-Gesellschaft, une société de commercialisation qui va faire du kirsch de Zoug un produit de luxe mondial. Un guide de voyage de 1885 en témoigne sans modestie : le kirsch zougois n'est pas seulement apprécié dans toutes les cours d'Europe, il part aussi vers les parties les plus lointaines du monde et ne doit manquer nulle part où l'on sert le moka parfumé dans des tasses chinoises. Le dossier officiel des traditions vivantes de la Suisse tire la conclusion qui s'impose : c'est sur la base de ce produit d'exportation déjà renommé qu'est née la création de la Zuger Kirschtorte.
La controverse la plus intéressante ne porte pas sur ce qu'il faut mettre dans cette tourte, mais sur ce qu'on y mettait.
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Montez les blancs avec le sucre en neige ferme au batteur. Sortez alors le bol de la machine et incorporez les amandes et les noisettes moulues à la main. Étalez deux disques réguliers au gabarit et cuisez à basse température jusqu'à ce qu'ils soient secs et croustillants.
Le pourquoiL'Inventaire du patrimoine culinaire suisse décrit précisément ce détachement du bol : le confiseur sort le récipient de la machine et mélange les poudres à la main. Une masse japonaise est fragile, et un batteur qui continuerait de tourner ferait retomber tout l'air qu'on vient d'y mettre. Amandes et noisettes ensemble, et pas seulement des amandes : c'est ce qui distingue le japonais d'une dacquoise, et le cahier des charges autorise l'une, l'autre ou les deux. [Cahier des charges Zuger Kirschtorte IGP, art. 5, 6 et 7 ; Inventaire du patrimoine culinaire suisse, fiche 315.]
Fouettez ensemble les œufs, le sucre, la farine, la levure et l'eau au batteur rapide, puis incorporez le beurre fondu en dernier. Versez dans un cercle et cuisez environ quarante-cinq minutes à deux cents degrés en chaleur tournante. Laissez refroidir dans le cercle, puis sciez horizontalement en tranches de vingt à vingt-huit millimètres.
Le pourquoiLe cahier des charges impose une tranche de biscuit de vingt à vingt-huit millimètres, et deux choses qu'on oublie : le biscuit doit être encore CLAIR après cuisson, et sa surface doit être plane. C'est aussi la logique d'atelier : un biscuit d'environ cinq centimètres, scié en deux, fournit deux tourtes, et la tourte finie ne doit pas dépasser quarante-cinq millimètres de haut pour un diamètre d'au moins huit centimètres. [Cahier des charges Zuger Kirschtorte IGP, art. 3, 7 et 8 ; Inventaire du patrimoine culinaire suisse, fiche 315 pour la température et la durée.]
Portez à ébullition le sucre, l'eau et le sirop de glucose. Puis, dans ce sirop encore chaud, mélangez le kirsch.
Le pourquoiL'ordre compte, et le cahier des charges le fixe à l'article 7 : le kirsch est mélangé sous ce sirop chaud. Le glucose n'est pas un raccourci industriel, le texte donne sa raison : le sirop doit être suffisamment épais pour que le kirsch tienne mieux dans le biscuit. Un sirop trop fluide traverserait le biscuit et s'accumulerait au fond. [Cahier des charges Zuger Kirschtorte IGP, Office fédéral de l'agriculture, art. 6 et 7 ; Institut fédéral de la propriété intellectuelle pour le seuil de 4 % d'alcool.]
Fouettez le beurre, le sucre glace et le kirsch jusqu'à ce que le mélange blanchisse, puis incorporez la crème vanille. Rectifiez au kirsch. Réservez un tiers de la crème en blanc, et colorez le reste en rose avec une pointe de jus de betterave pasteurisé.
Le pourquoiLe tiers blanc n'est pas une coquetterie : l'Inventaire précise qu'il est destiné au tour de la tourte, et que le confiseur le mélange avec du fond japonais broyé. Quant au rose, il a une fonction précise, rappeler la cerise, alors même qu'il n'entre pas une seule cerise dans cette tourte. [Inventaire du patrimoine culinaire suisse, fiche 315.]
Étalez une couche de crème rose sur un fond japonais, posez le disque de biscuit dessus, puis imbibez-le largement de sirop de kirsch. Couvrez de crème, posez le second fond japonais, pressez légèrement.
Le pourquoiL'assemblage se fait exclusivement à la main, le cahier des charges l'impose à l'article 8. Il impose aussi le résultat : la crème doit enfermer entièrement le biscuit, de façon à empêcher le kirsch de sortir. Et c'est là que se joue la difficulté centrale du métier, lier un biscuit trempé et mou à des fonds japonais dont la surface doit rester plane. Une bonne tourte forme, à la fourchette, un bloc compact de haut en bas. [Cahier des charges Zuger Kirschtorte IGP, art. 8 ; Inventaire du patrimoine culinaire suisse, fiche 315.]
Masquez le dessus et le tour avec de la crème, de façon à enfermer complètement le biscuit. Placez au froid le temps que la crème prenne la fermeté nécessaire, puis repassez une fine couche de crème et plaquez les amandes effilées grillées sur tout le pourtour, jusqu'à le couvrir entièrement.
Le pourquoiLe cahier des charges décrit un masquage en DEUX temps, et ce n'est pas de la coquetterie : la première couche scelle le biscuit pour empêcher le kirsch de s'échapper, puis, une fois la crème raffermie au froid, une seconde couche fine reçoit le décor. Les amandes doivent couvrir le côté entièrement. [Cahier des charges Zuger Kirschtorte IGP, art. 8, alinéas 6 à 8.]
Passez une couche très fine de crème sur le dessus, saupoudrez de Puderschnee, puis pressez le motif en losanges à l'aide d'un cadre tendu de fils métalliques espacés de trois centimètres, dans un sens puis dans l'autre.
Le pourquoiC'est la signature visuelle, et l'Office fédéral de l'agriculture l'a explicitement retenue comme ce qui rend cette tourte unique. Le sucre employé n'est pas un sucre glace ordinaire mais du Puderschnee, du sucre glace mélangé à de l'amidon, précisément pour qu'il ne se dissolve plus au contact de l'humidité de la crème. [Inventaire du patrimoine culinaire suisse, fiche 315 ; Institut fédéral de la propriété intellectuelle, qui rapporte la validation de l'OFAG sur les motifs en losanges.]
Coupez d'abord le fond japonais du dessus avec précaution, au couteau-scie, puis traversez le biscuit et le second fond avec une lame plate. Filmez la tranche entamée avant de remettre au froid.
Le pourquoiL'Inventaire donne les deux lames et l'ordre, et ce n'est pas de la coquetterie : une lame plate écraserait le japonais croustillant, une scie déchirerait le biscuit gorgé. Et il donne une consigne de conservation qu'on ne lit nulle part ailleurs : couvrir la surface de coupe d'un film, faute de quoi le sirop de kirsch s'écoule. [Inventaire du patrimoine culinaire suisse, fiche 315.]
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L'autre tourte au kirsch de Suisse centrale, née du même terroir de cerisiers. Le Rigi Kirsch est d'ailleurs, avec le Zuger Kirsch, l'une des deux seules eaux-de-vie que le cahier des charges de la Zuger Kirschtorte autorise. Les deux sont en appellation d'origine protégée depuis 2013, donc soumises à des critères plus sévères que la tourte elle-même, qui n'est qu'une indication géographique.
Voir la recette →La benjamine de la famille chriesi, et la preuve que la culture du cerisier zougoise continue d'inventer. À la demande de l'IG Zuger Chriesi, le boucher zougois Marcel Rinderli a mis au point en 2009 une saucisse à griller et une saucisse à pocher dont la farce est enrichie de morceaux de cerises séchées. Vingt-cinq mille pièces écoulées la première année, trente mille par an aujourd'hui.
Pas encore dans l'AtlasLe bâtonnet de chocolat fourré au kirsch, mis au point vers le milieu du vingtième siècle par la Confiserie Speck de Zoug — la même maison qui produit sa propre Zuger Kirschtorte depuis 1930. Même terroir, même eau-de-vie, autre enveloppe.
Pas encore dans l'AtlasLa grande famille dont la tourte zougoise s'est détachée. L'Inventaire du patrimoine culinaire suisse note que les ressemblances avec les Rahmkirschtorten de Schwytz, Lucerne, Zurich, Argovie et Zoug tiennent à l'emploi du kirsch et à la construction, mais que ces tourtes à la crème sont plus opulentes que la Zuger Kirschtorte. C'est par sa relative sécheresse et par ses fonds japonais que la zougoise se distingue.
Pas encore dans l'AtlasL'eau-de-vie sans laquelle il n'y a pas de tourte, et elle était célèbre avant elle. La Kirschwasser-Gesellschaft in Zug, fondée en 1870, avait déjà fait du kirsch zougois un produit de luxe mondial, et un guide de 1885 écrivait qu'il était apprécié dans toutes les cours d'Europe. C'est sur ce renom que Höhn a bâti sa tourte. Détail qui ferme la boucle : le kirsch AOP se distingue par une note d'amande, que les fonds japonais aux amandes prolongent.
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