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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Du maïs grillé, de l'ananas avec sa peau, et six aromates — la boisson de marché de Popayán, à mi-chemin du guarapo et de la chicha
En Espagne médiévale, l'aloja désignait une boisson d'eau, de miel et d'épices, cousine de l'hydromel ; transplantée en Amérique, elle a gardé le principe — un liquide sucré et épicé, légèrement fermenté — mais changé de base, passant du miel à la panela et au maïs.
L'aloja de Popayán, telle que l'enregistre l'inventaire du Ministerio de Cultura, est une « boisson à base de maïs friano jaune ou de maíz capio GRILLÉ ET MOULU, ananas de jardin, panela, cannelle, clous de girofle et feuilles de citronnelle et d'oranger amer », portée par les cuisinières de la Plaza de Mercado du barrio Bolívar « Mesalarga » de Popayán (MinCultura, Carvajal & Tuátara, 2013, p.
72).
Deux points techniques en découlent.
D'abord le maïs est GRILLÉ avant d'être moulu : ce n'est pas une chicha de maïs cru fermenté, c'est une infusion de céréale torréfiée, ce qui la rapproche davantage d'un café de maïs que d'une bière andine.
Ensuite l'ananas entre AVEC SA PEAU — c'est elle qui apporte les levures sauvages de la fermentation et la majeure partie du parfum.
Le troisième point est celui du degré : l'aloja n'est ni un jus ni un alcool franc.
Elle fermente un à deux jours, développe une effervescence discrète et un demi-degré, et se boit à ce stade.
Poussée trois jours, elle devient une chicha ; arrêtée avant, ce n'est qu'une infusion sucrée.
La fenêtre est étroite et c'est ce qui la rend difficile.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Chauffer une poêle épaisse à feu moyen et y griller les grains de maïs à sec, douze à quinze minutes, en remuant sans arrêt. Ils foncent, gonflent légèrement et libèrent une odeur de pain grillé et de noisette. Quelques-uns éclatent : c'est normal. La cible est un maïs d'un brun doré uniforme, sans grain noirci. C'est cette torréfaction qui définit l'aloja et la distingue d'une chicha de maïs cru : un seul grain carbonisé communique une amertume perceptible dans quatre litres de boisson.
Le pourquoiLa torréfaction déclenche des réactions de Maillard qui produisent les pyrazines à l'arôme de pain grillé, et dextrinise partiellement l'amidon, ce qui le rend plus facilement fermentescible.
Laisser refroidir complètement le maïs grillé, puis le moudre grossièrement — la texture d'une mouture de café filtre, pas d'une farine. Une mouture trop fine passera à travers le filtre et rendra la boisson trouble et pâteuse ; une mouture trop grossière n'extraira presque rien. La cible est une mouture régulière, d'un brun doré, très parfumée. C'est exactement le principe d'un café : on cherche une surface d'extraction, pas une poudre à délayer.
Le pourquoiL'extraction d'une infusion dépend de la surface de contact : trop de fines libèrent des tanins amers et des particules en suspension, trop de gros fragments ne libèrent rien.
Laver l'ananas entier à la brosse, le couper en gros morceaux AVEC SA PEAU et son cœur. Porter trois litres d'eau à ébullition avec la panela, la cannelle, les clous de girofle, les feuilles de citronnelle et d'oranger amer. Ajouter l'ananas et le maïs moulu, ramener à frémissement et laisser infuser trente minutes à couvert, à feu très doux. La cible est un liquide brun doré, franchement parfumé, où l'ananas a commencé à se défaire. Ne pas faire bouillir fort : l'ananas rendrait de l'amertume et les feuilles se dégraderaient.
Le pourquoiUne infusion à frémissement extrait les composés aromatiques et les sucres sans dégrader les terpènes des feuilles ni libérer les tanins amers de la peau d'ananas, ce que ferait une ébullition franche.
Laisser refroidir complètement à couvert, sans filtrer : l'extraction se poursuit à froid et gagne en profondeur. Puis passer au tamis fin, en pressant modérément les morceaux d'ananas et le marc de maïs — sans écraser, pour ne pas faire passer de fines. Réserver quelques morceaux d'ananas non pressés. La cible est un liquide brun ambré, à peine trouble, sans particule en suspension. Compléter au volume voulu avec de l'eau froide et goûter : il doit être nettement plus sucré que la boisson finale souhaitée, la fermentation allant consommer une partie du sucre.
Le pourquoiL'extraction à froid libère les composés aromatiques volatils sans mobiliser les tanins, que la chaleur extrait en premier — c'est le même principe que le cold brew.
Verser dans un récipient en terre, en verre ou en plastique alimentaire, rempli aux trois quarts, couvrir d'un LINGE et laisser à température ambiante, à l'abri du soleil, un à deux jours. Dès les premières heures, une mousse fine se forme et un pétillement discret s'entend. L'odeur passe du sucré-épicé au fruité-acidulé. La cible du premier jour est une boisson légèrement effervescente, encore franchement sucrée, à peine alcoolisée ; celle du deuxième, plus acide et plus vineuse. Au-delà, l'aloja devient une chicha et change de nature — ce qui n'est pas un défaut, mais un autre produit.
Le pourquoiLes levures sauvages de la peau d'ananas convertissent les sucres de la panela en éthanol et en CO₂ ; le linge laisse échapper le gaz tout en limitant l'oxygène, ce qui retarde la bascule acétique.
Quand le point voulu est atteint, filtrer une seconde fois pour retirer les morceaux d'ananas et les levures en suspension, puis mettre immédiatement au frais : le froid ralentit la fermentation d'un facteur cinq à dix et stabilise le goût pour quelques jours. Goûter et rectifier au melado de panela si l'aloja est devenue trop acide. La cible est une boisson ambrée, à peine trouble, légèrement effervescente, dont l'acidité est vive sans agresser et où le maïs grillé reste perceptible derrière l'ananas.
Le pourquoiLe refroidissement abaisse fortement l'activité métabolique des levures sans les tuer ; la fermentation reprend dès le retour à température ambiante.
Servir bien fraîche, en remuant légèrement avant de verser. L'aloja se boit à toute heure sur la Plaza de Mercado de Popayán, où elle accompagne les empanadas de pipián et la carantanta frite — son acidité et son léger pétillant coupent le gras des fritures, ce qui est exactement sa fonction. Annoncer qu'elle est très légèrement alcoolisée. Elle se conserve trois à quatre jours au frais en continuant lentement d'évoluer vers l'acide.
Le pourquoiL'acidité et le gaz carbonique dissous stimulent la salivation et nettoient le palais du gras, ce qui rend une succession de fritures nettement moins lassante.
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Sourcer ou se taire
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