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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Le milkshake-totem de Port-Louis â lait vanillĂ©-rosĂ©, graines de basilic gonflĂ©es en perles, lamelles d'agar-agar fondantes : la fraĂźcheur sucrĂ©e des aprĂšs-midis tropicaux du Central Market.
L'alouda est la petite-fille mauricienne du falooda indien, lui-mĂȘme descendant du faloodeh persan : un dessert-boisson qui a suivi les routes de l'engagisme jusqu'Ă Port-Louis et s'y est refait une identitĂ©. La version de l'Ăźle est plus simple que ses ancĂȘtres : un lait glacĂ© parfumĂ© Ă la rose, Ă la vanille ou Ă l'amande, des graines de basilic, les toukmaria, gonflĂ©es en petites perles noires Ă cĆur translucide, et des lamelles de gelĂ©e d'agar-agar qu'on appelle ici la mousse. Le tout se boit Ă la paille Ă©paisse, trĂšs froid, sous la chaleur lourde des aprĂšs-midis tropicaux.
La premiĂšre querelle tient dans une graine.
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Versez les graines de basilic dans un bol, couvrez de 250 millilitres d'eau froide et mĂ©langez une fois pour qu'elles ne s'agglomĂšrent pas. Laissez tremper trente minutes au moins, quarante-cinq idĂ©alement : elles gonflent Ă cinq fois leur volume, chaque graine s'entourant d'une enveloppe gĂ©latineuse translucide autour du cĆur noir. Ăgouttez Ă la passoire fine et rĂ©servez au frais.
Le pourquoiUne graine sĂšche continuerait de boire dans le verre et jusque dans l'estomac : le trempage complet est une question de texture autant que de confort digestif. [Foodies.mu (groupe Eclosia), « Alouda Pillay » : les toukmaria sont lâingrĂ©dient dâorigine, prĂ©sents dĂšs les annĂ©es 1930]
Dans une casserole, réunissez 300 millilitres d'eau et le sucre, puis saupoudrez l'agar-agar en pluie en fouettant. Portez à ébullition franche sans cesser de remuer et maintenez-la deux minutes. Versez dans un plat sur un centimÚtre d'épaisseur au plus, laissez tiédir dix minutes puis prendre trente minutes au frais. Démoulez et taillez en lamelles fines ou en cubes, selon votre école.
Le pourquoiL'agar-agar ne gĂ©lifie qu'aprĂšs une vraie Ă©bullition soutenue : versĂ© trop tĂŽt, il retombe en eau sucrĂ©e au fond du plat. [Le rĂ©cit de la maison Pillay ne mentionne pas lâagar-agar : sa date dâentrĂ©e dans le verre reste inconnue]
Dans un grand pichet, fouettez le lait entier bien froid avec le lait concentré sucré et le sirop choisi, rose, vanille ou amande. Une pincée de cardamome moulue si vous aimez sa trace discrÚte. Trente secondes de fouet ou de mixeur pour homogénéiser et lever une légÚre mousse, puis au réfrigérateur jusqu'au service.
Le pourquoiLe lait concentrĂ© fait le velours qui distingue l'alouda d'un simple lait aromatisĂ©, et le froid intense est ce qui rend la boisson dĂ©saltĂ©rante au lieu d'Ă©cĆurante. [Foodies.mu : le lait nâarrive que dans les annĂ©es 1950, par le pĂšre de Sivananda Katherasa Pillay]
Dans de grands verres hauts, déposez d'abord une cuillÚre à soupe de toukmaria gonflées, puis deux cuillÚres de lamelles d'agar-agar, puis deux ou trois glaçons. Versez doucement le lait parfumé glacé sans mélanger : les strates doivent rester lisibles, du noir des graines au blanc du lait. Une boule de glace vanille au sommet pour la version des grands jours. Servez immédiatement, avec une paille épaisse.
Le pourquoiLe montage en strates n'est pas dĂ©coratif : chaque aspiration de paille remonte un peu de chaque Ă©tage, et c'est ce mĂ©lange en bouche, jamais dans le verre, qui fait l'alouda. [Foodies.mu : la glace nâentre dans la prĂ©paration que dans les annĂ©es 1980]
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L'ancĂȘtre direct : le falooda indien, plus baroque avec ses vermicelles et sa glace, que l'engagisme a portĂ© jusqu'Ă Port-Louis oĂč il s'est simplifiĂ© en alouda.
Voir la recette âCousineLa piste persane : toute la famille descend du faloodeh d'Iran, et la faluda afghane en garde la version montagnarde â mĂȘme rose, mĂȘmes perles.
Voir la recette âCousineLe cousin de l'autre Ăźle : la faluda sri-lankaise, sĆur de traversĂ©e de l'alouda, avec sirop de rose et graines gonflĂ©es sous les tropiques.
Voir la recette âCousineL'autre grande boisson lactĂ©e de Maurice : lĂ oĂč le ditĂ© fumant rĂ©chauffe le matin et le goĂ»ter, l'alouda glacĂ© au lait et aux graines de toukmaria rafraĂźchit la rue de Port-Louis.
Voir la recette âL'aĂŻeul persan, et il ne ressemble plus guĂšre Ă son descendant. Le faloodeh iranien est un sorbet de fines nouilles d'amidon glacĂ©es, parfumĂ© Ă l'eau de rose et au citron vert, servi Ă la cuillĂšre et sans une goutte de lait. En passant par l'Inde il devient falooda et gagne le lait, le vermicelle et la glace ; en arrivant Ă Maurice il perd les nouilles, garde les graines de basilic, et se boit Ă la paille. Trois pays, trois textures, un seul fil.
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