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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Le seul membre de la famille du curry puff qui n'ait pas de curry — et qui se mange avec la trempette et la papaye du bún chả.
La transmission réelle est documentée et elle est HOA, pas indienne ni malaise : VietnamNet, enquêtant sur l'enseigne de la rue Lý Quốc Sư ouverte en 1982, établit que la recette a été transmise au fondateur par « người quen - là một người Hoa », un proche chinois, et que l'ingrédient qui signe la farce est le lạp xưởng, la saucisse cantonaise séchée — « Lạp xưởng chính là thành phần tạo nên hương vị đặc biệt » (https://vietnamnet.vn/quan-banh-goi-43-nam-dong-khach-o-ha-noi-ong-chu-tiet-lo-bi-quyet-2459280.html).
Ce qui a été transmis, c'est donc la FORME, le chausson plié et frit, et un ingrédient cantonais ; jamais l'épice.
Le curry puff cantonais que cette base porte sous CN189 (咖喱角) et le karipap pusing malais de MY186 sont tous deux définis par le curry et par la pomme de terre ; le bánh gối n'a ni l'un ni l'autre, et sa farce — porc, miến, mộc nhĩ, nấm hương, củ đậu, lạp xưởng, œuf de caille — ne partage avec eux que l'enveloppe.
Le second point est plus parlant encore : le bánh gối ne se mange pas comme un en-cas sec mais dans un bol de nước chấm dilué, avec des lamelles de papaye verte et des herbes fraîches, c'est-à-dire exactement le service du bún chả hanoïen.
Une forme chinoise, un ingrédient chinois, aucune épice indienne, et un mode de consommation entièrement hanoïen : la filiation se lit dans le pli et dans le lạp xưởng, pas dans le curry absent.
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Mélanger la farine et le sel, incorporer le saindoux du bout des doigts jusqu'à obtenir un sable grossier, puis verser l'eau tiède en plusieurs fois en rassemblant à la main. Pétrir cinq à six minutes seulement : on cherche une pâte homogène et souple, pas une pâte élastique, car un gluten trop développé se rétracterait à l'abaisse et rendrait le pliage impossible. Filmer et laisser reposer trente minutes à température ambiante, le temps que le réseau se détende et que l'hydratation s'égalise. La pâte doit être nettement plus molle qu'une pâte à raviolis chinois et se laisser étirer sans revenir.
Le pourquoiLe gluten hydraté forme un réseau viscoélastique qui se rétracte après étirement ; en le limitant par le gras et par un pétrissage court, on obtient une pâte qui garde la forme qu'on lui donne à l'abaisse.
Réunir dans un saladier le porc haché, le lạp xưởng en dés, le miến coupé court, le mộc nhĩ et les nấm hương émincés, le jicama et l'oignon. Assaisonner de nước mắm, de poivre en quantité franche et d'un peu de sucre, puis mélanger longuement à la main jusqu'à ce que la masse devienne cohésive et colle légèrement à la paume. Ne pas cuire la farce : elle cuira dans le chausson. La mettre au frais au moins trente minutes, jusqu'à ce qu'elle soit franchement froide et ferme. Une farce froide se manipule proprement, ne mouille pas la pâte et ne dégage pas de vapeur avant que la coque soit prise.
Le pourquoiLe malaxage prolongé extrait les protéines myofibrillaires du porc et forme un gel qui retient l'eau et le gras pendant la friture ; sans lui, la farce se désagrège et rend son jus dans la pâte.
Diviser la pâte en boulettes de trente grammes et abaisser chacune au rouleau en un disque de quatorze centimètres, aussi régulier que possible et très fin — deux millimètres au plus. L'épaisseur est le paramètre critique : une pâte trop épaisse ne croustillera pas et gardera un goût de farine crue au centre, une pâte trop fine se percera sur le mộc nhĩ. Fariner très légèrement le plan de travail, pas le disque lui-même, car la farine résiduelle empêchera plus tard la soudure de prendre. Empiler les disques en intercalant du papier cuisson et les couvrir d'un linge humide pendant qu'on travaille.
Le pourquoiUne pâte fine perd son eau rapidement dans l'huile et se déshydrate en croûte cassante ; au-delà de deux ou trois millimètres, le cœur de la pâte n'atteint jamais la température de déshydratation et reste pâteux.
Déposer une bonne cuillerée de farce sur la moitié du disque en laissant deux centimètres de marge libre, creuser légèrement le centre de la farce et y coucher un demi-œuf de caille dur. Humecter le bord libre au pinceau ou au doigt mouillé, rabattre l'autre moitié par-dessus et chasser l'air en pressant du centre vers l'extérieur avant de sceller. Cette expulsion de l'air est essentielle : une poche d'air enfermée se dilate violemment à la friture et fait éclater le chausson. Fermer enfin en pinçant et roulant le bord sur lui-même en petites torsades successives, ce qui donne le liseré tressé caractéristique et double l'épaisseur de la soudure.
Le pourquoiUn gaz emprisonné double de volume vers deux cent quatre-vingts degrés selon la loi des gaz parfaits ; à cent soixante-dix degrés d'huile, la surpression interne dépasse largement la résistance d'une soudure simple.
Chauffer l'huile à cent cinquante degrés et y plonger les chaussons trois ou quatre à la fois, sans surcharger le bain. Les laisser cuire cinq à six minutes en les retournant à mi-parcours, jusqu'à ce que la pâte soit blanchie, ferme et à peine dorée. Cette première cuisson a pour seul objet de cuire la farce à cœur et de sécher la pâte : on ne cherche pas encore la couleur. Sortir les chaussons, les égoutter debout sur une grille et les laisser refroidir complètement. C'est le procédé exact des maisons hanoïennes, qui frient une première fois au façonnage et repassent chaque pièce à la commande.
Le pourquoiFrire en deux temps sépare la cuisson à cœur, qui demande du temps à température modérée, de la déshydratation de surface, qui demande une forte chaleur brève ; en une seule passe l'une des deux est nécessairement sacrifiée.
Au moment de servir, remonter l'huile à cent quatre-vingts degrés et y replonger les chaussons refroidis deux à trois minutes seulement. Ils se colorent alors très vite, passant de l'ivoire au doré profond, et la surface bullonne légèrement en se rétractant : c'est le signe que l'eau résiduelle de surface s'échappe et que la croûte se forme. Les retourner une fois, les sortir dès la teinte ambrée et les égoutter debout sur une grille pendant une minute avant de dresser. Servis dans la minute, ils craquent franchement sous la dent ; passé cinq minutes, l'humidité interne migre vers la croûte et le croustillant s'atténue.
Le pourquoiÀ cent quatre-vingts degrés l'évaporation de surface est violente et empêche l'huile de pénétrer ; la même pièce frite lentement absorberait au contraire l'huile en profondeur et ressortirait grasse et molle.
Couper chaque chausson en deux en diagonale et le poser sur un lit de laitue, de coriandre et de menthe. Servir à côté un bol individuel de nước chấm dilué — nước mắm, eau, sucre, vinaigre, ail et piment — dans lequel flottent des lamelles de papaye verte et de carotte marinées. C'est le service du bún chả appliqué à un chausson chinois, et c'est ce qui a naturalisé le bánh gối à Hà Nội : on trempe chaque bouchée, ou on verse une cuillerée de sauce sur la moitié coupée. Manger immédiatement, avec les doigts ou aux baguettes, sans laisser le chausson séjourner dans la sauce.
Le pourquoiLe trempage bref apporte l'acidité et le sel sans que la croûte ait le temps d'absorber le liquide ; c'est la même logique que la trempette du bún chả, où la nouille passe dans la sauce et n'y séjourne pas.
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Sourcer ou se taire
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