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Atlas Culinaire · Corée du Sud · Jeonju
Le « riz mélangé » de la capitale gastronomique coréenne : un riz cuit au bouillon d'os, couronné de namul aux cinq couleurs, du tartare de bœuf yukhoe et de la gelée de mungo jaune — qu'on mélange vigoureusement avant la première bouchée.
Bibim veut dire « mélanger », bap veut dire « riz » : le bibimbap est, à la lettre, du riz mélangé. Mais derrière cette simplicité se cache l'un des plats les plus codifiés de Corée — et Jeonju, capitale historique de la province du Jeolla, en est la Mecque.
Le bibimbap se MÉLANGE — c'est dans son nom — et le contempler intact comme une nature morte avant d'y plonger la cuillère, c'est passer à côté du plat : on brasse vigoureusement jusqu'à ce que les couleurs se fondent.
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Le tartare de bœuf assaisonné à la poire, posé cru sur le riz tiède du bol de laiton, jaune d'œuf cru au sommet — la version prestige et historique de Jeonju.
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Rincez le riz à grain rond jusqu'à ce que l'eau s'éclaircisse, puis cuisez-le non pas à l'eau, mais dans un bouillon — d'os de bœuf à Jeonju, ou de pousses de soja pour une version plus légère. Comptez un peu moins de liquide que d'ordinaire : il doit rester ferme, presque dru. Dès qu'il est cuit, défaites la vapeur à la cuillère et liez-le, encore chaud, d'un filet d'huile de sésame.
Le pourquoiÀ Jeonju, le riz cuit dans un bouillon de poitrine de bœuf dégraissé — « 양지머리를 푹 끓여 만든 육수…쌀을 넣고 밥을 고슬고슬하게 지어서 » (Encyclopédie de la culture coréenne) — pour qu'il porte déjà du goût avant le moindre légume.
Faites blanchir les pousses de soja une à deux minutes dans une eau salée, couvercle baissé, puis rafraîchissez-les aussitôt à l'eau froide et pressez-les fermement entre vos mains. Assaisonnez-les d'ail haché, d'huile de sésame et de quelques graines de sésame.
Le pourquoiL'eau et le climat de Jeonju donnent des pousses réputées les meilleures du pays (Encyclopédie de la culture coréenne) ; c'est l'emblème végétal de la ville, qu'on retrouve aussi dans son kongnamul-gukbap.
Voici le vrai savoir-faire : chaque légume se prépare seul, comme un petit plat autonome. Les uns crus, simplement liés à l'huile de sésame (épinard blanchi, concombre dégorgé) ; les autres sautés un à un dans une poêle huilée — fougère et shiitake relevés d'ail et de sauce soja, courgette au sel, carotte juste raidie. Nettoyez la poêle entre chaque pour ne pas mêler les couleurs ni les goûts.
Le pourquoiLa doctrine officielle de Jeonju l'impose : « 각각의 나물은 최적의 방법으로 따로 조리해야 한다 » (VisitKorea) — c'est cette mosaïque de préparations individuelles, et non un mélange cru, qui fait la richesse.
Avec un couteau bien aiguisé, détaillez un bœuf maigre et très frais en fine julienne, environ 5 mm sur 6 cm. Assaisonnez-le de gochujang, d'ail haché, d'un peu de sucre et de sel de sésame, puis liez-le de fines lamelles de poire coréenne qui l'attendrissent et le parfument.
Le pourquoiL'encyclopédie nationale place le yukhoe (육회) en tête des ingrédients du bibimbap de Jeonju ; le maître certifié Park Byeong-hak le taille « 5mm…6cm…고추장, 간마늘, 설탕, 깨소금…채썬 배를 넣고 » — c'est la version prestige, celle qui a fait la renommée de la ville.
Délayez le gochujang avec un peu d'huile de sésame, de sucre et un filet de vinaigre de riz ou d'eau, jusqu'à une sauce souple et nappante. Ajoutez l'ail et quelques graines de sésame.
Le pourquoiUne pâte de gochujang trop épaisse laisse des points concentrés ; délayée (« 물을 넣어 묽게…비비기 편하다 »), elle enrobe chaque grain de riz à la perfection.
Détaillez le hwangpomuk — cette gelée de haricot mungo teintée de jaune au gardénia, presque introuvable hors de Jeonju — en bâtonnets d'un centimètre. Réchauffez les bols : dans la tradition, on les sert en laiton (놋그릇) tiédi à la main, autour de 65 °C, et surtout pas dans une pierre brûlante.
Le pourquoi« 황포묵이 없는 비빔밥은 전주비빔밥이 아니다 » (전북의소리) : sans hwangpomuk, ce n'est plus un bibimbap de Jeonju. Et le laiton tiède, à 65 °C, révèle l'huile de sésame et le gochujang sans cuire le yukhoe — tout l'inverse du dolsot.
Garnissez le bol de riz tiède, puis disposez tout autour les namul en rayons, en jouant les cinq couleurs de l'obangsaek : le vert des herbes, le blanc des pousses, le jaune du muk et de l'œuf, le rouge de la sauce, le sombre des champignons et de l'algue. Posez le bœuf au centre — yukhoe cru ou bœuf sauté selon votre version — couronnez du jaune d'œuf et de quelques pignons.
Le pourquoiLes cinq couleurs renvoient au yin-yang et aux cinq éléments (« 음양오행을 나타내는 다섯 가지 색…보는 미감과 먹는 미감을 동시에 », Visit Jeonju) : le bol doit être un équilibre avant d'être un plat.
À table, et à table seulement, vient le geste qui donne son nom au plat : mélangez. À la cuillère, brassez fermement, en coupant et en retournant, jusqu'à ce que les couleurs se fondent et que le jaune d'œuf, l'huile et le gochujang enrobent chaque grain. N'ayez pas la main timide : c'est dans le mélange que naît le goût.
Le pourquoiBibim veut dire « mélanger » : contempler le bol intact, c'est passer à côté du plat. Le brassage émulsionne le jaune, l'huile et le gochujang en une sauce qui lie et nappe chaque grain.
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Le plat jumeau de Jeonju : la même eau pure, les mêmes pousses de soja célèbres, servies cette fois en soupe de riz. Avec le bibimbap, l'un des deux emblèmes culinaires de la ville.
Voir la recette →CousineLe bibimbap de la mer : du poisson cru et des légumes sur le riz, mélangés non au gochujang mais au chojang, la sauce piment-vinaigre. Même geste « bibim », autre registre.
Voir la recette →CousineLe même geste « bibim » (mélanger), mais sur des nouilles froides au lieu du riz, relevées au gochujang : le cousin estival du bibimbap.
Voir la recette →Le grand rival régional, du Gyeongsang, réputé avant même Jeonju. Aussi nommé « chilbo-hwaban » (riz-fleur), il se sert avec un bouillon de sang à part (선짓국), des germes de mungo et son yukhoe — mais sans œuf.
Pas encore dans l'AtlasLe bibimbap servi dans un bol de pierre brûlant qui forme une croûte de riz grillé (nurungji). Contrairement à sa réputation, c'est une création moderne : inventé en 1969 au restaurant Jungang Hoegwan de Jeonju. Sa chaleur cuirait le yukhoe, d'où le bœuf sauté.
Pas encore dans l'AtlasL'ancêtre lettré : le nom sino-coréen (骨董飯, « riz aux saveurs mêlées ») sous lequel le bibimbap apparaît dans les textes Joseon, du XVIIIᵉ au XIXᵉ siècle, avant que le mot coréen ne s'impose.
Pas encore dans l'AtlasLa version des temples et des montagnes : un bibimbap d'herbes sauvages (산나물), végétarien, sans viande, héritier de la cuisine bouddhiste coréenne.
Pas encore dans l'AtlasLe joyau de Jeonju isolé : le tartare de bœuf assaisonné à la poire et au sésame, qui se déguste aussi seul. C'est lui qui distingue le bibimbap de prestige de Jeonju et de Jinju.
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