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Atlas Culinaire · Venezuela · Caracas
Le dessert caraqueño en trois strates — génoise imbibée de vin doux et de rhum, crème de coco aux jaunes d'œufs, meringue et voile de cannelle, l'invention créole des couvents de Caracas qui troquèrent l'amande espagnole contre le coco des tropiques
Le mot le dit avant même la première bouchée : *bienmesabe*, « ça me plaît, ça me sait bon ». Sous ce nom se cache non pas un dessert, mais une lignée. L'ancêtre naît en Espagne, à Antequera (province de Málaga), que la tradition situe vers 1635 dans les mains des Clarisses, héritières des secrets de pâtisserie d'origine morisque : une pâte d'amandes pilées, sirop et jaunes d'œufs. Les Îles Canaries en gardent une version proche, à l'amande et parfois au miel de palma.
Le **bienmesabe** est-il **espagnol** ou **vénézuélien**, et tient-il à l'**amande** ou au **coco** ? La réponse est : les deux, mais ce ne sont pas le même dessert.
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Monter la génoise — Œufs et sucre au ruban, farine tamisée — Préchauffer le four à 180°C. Fouetter les œufs entiers avec le sucre et la vanille au batteur jusqu'à ce que le mélange triple de volume, blanchisse et fasse le 'ruban' (il retombe en formant un pli qui s'efface lentement). Incorporer la farine tamisée en trois fois, à la maryse, en soulevant délicatement pour ne pas casser la mousse. Verser dans un moule beurré-fariné et cuire 25 à 30 minutes, jusqu'à ce qu'un cure-dent ressorte sec. La génoise doit être aérée : c'est elle qui boira le vin sans s'effondrer.
Le pourquoiL'air fouetté dans les œufs est le seul levain de la génoise : c'est cette mousse qui donne la mie souple, capable plus tard de boire le sirop sans se déliter.
Refroidir et trancher — Génoise froide en couches régulières — Démouler la génoise et la laisser refroidir complètement sur une grille — une génoise tiède s'effrite et boit mal le sirop. Une fois froide, la trancher horizontalement en deux ou trois disques réguliers, ou la couper en cubes si l'on monte le bienmesabe en verrines. La régularité des couches donne la propreté du dessert au moment du dressage.
Le pourquoiUne génoise chaude est gorgée de vapeur et fragile ; en refroidissant, sa structure se fige et se laisse trancher net, condition d'un montage propre.
Préparer l'imbibage — Sirop de vin doux — Tiédir le vin doux avec le sucre juste assez pour dissoudre ce dernier, sans faire bouillir longuement pour garder le parfum de l'alcool. On peut y ajouter une cuillerée du sirop de coco pour lier les saveurs. Réserver tiède. C'est ce liquide qui porte l'âme coloniale du dessert : il doit parfumer franchement la génoise.
Le pourquoiChauffer juste assez dissout le sucre ; une ébullition prolongée évaporerait l'alcool et les arômes volatils qui portent toute l'âme du dessert.
Cuire la crème de coco — Jaunes, lait de coco, lait concentré — sans bouillir — Dans une casserole, délayer la fécule dans un peu de lait de coco froid. Ajouter le reste du lait de coco, le lait concentré, la noix de coco râpée et les jaunes d'œufs préalablement battus. Chauffer à **feu doux en remuant sans cesse** au fouet, jusqu'à ce que la crème épaississe et nappe la cuillère — elle ne doit **jamais bouillir**, sous peine de voir les jaunes coaguler et grainer. Dès qu'elle a la consistance d'une crème pâtissière souple, retirer du feu et laisser tiédir.
Le pourquoiLes jaunes épaississent la crème vers 70 à 82°C ; au-delà, leurs protéines coagulent en petits grains. Feu doux et remuage constant maintiennent une liaison lisse.
Monter la meringue — Meringue suisse brillante — Monter une meringue suisse : chauffer les blancs avec le sucre au bain-marie en fouettant jusqu'à ce que le sucre soit dissous et le mélange tiède, puis battre hors du feu jusqu'à obtenir une meringue ferme, brillante et qui forme un bec d'oiseau. Cette meringue cuite tient mieux que la française et se conserve sans suinter — indispensable pour couronner le bienmesabe.
Le pourquoiChauffer les blancs avec le sucre au bain-marie dissout les cristaux et raffermit la structure : la meringue suisse, cuite, tient sans suinter, contrairement à la française.
Monter le bienmesabe — Génoise, vin, crème de coco en couches — Dans un plat ou des verrines, déposer une couche de génoise, l'arroser généreusement de sirop de vin doux (sans la noyer en bouillie), puis l'étaler d'une couche de crème de coco tiède. Répéter génoise / vin / crème de coco jusqu'en haut, en finissant par une couche de crème. C'est l'assemblage hérité des couvents : chaque strate doit se distinguer à la coupe.
Le pourquoiAlterner une strate sèche (génoise), une humide (sirop) et une crémeuse (coco) permet à chaque couche de garder son identité et sa lisibilité à la coupe.
Couronner et réfrigérer — Meringue, cannelle, repos au froid — Recouvrir généreusement le dessus d'une épaisse couche de meringue, lissée à la spatule ou pochée en pics, puis la dorer légèrement au chalumeau. Saupoudrer d'un voile de cannelle moulue, finition signature du bienmesabe vénézuélien. Réfrigérer **plusieurs heures**, idéalement une nuit, pour que les couches prennent et que les saveurs fusionnent.
Le pourquoiLe repos au froid laisse le sirop migrer uniformément et la crème prendre ; la cannelle, elle, parfume par simple contact avec la meringue humide.
Servir — Parts fraîches du remède de l'âme — Servir le bienmesabe bien frais, en parts au plat ou en verrines individuelles, en laissant voir les strates de génoise ambrée, de crème de coco et de meringue. C'est le dessert des grandes occasions caraqueñas, celui que les Vénézuéliennes appellent 'medicina para el alma'. Un café noir serré ou un verre du même vin doux l'accompagne idéalement.
Le pourquoiLa crème de coco aux jaunes et la meringue ne tiennent leur forme qu'au froid ; à température ambiante, elles se ramollissent et coulent.
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Autre grand dessert vénézuélien de tradition coloniale bâti sur le lait et l'eau de coco, saupoudré de cannelle. Cousin de terroir du bienmesabe : même palette coco-cannelle, même racine créole caraqueña, sous une forme de crème prise plutôt qu'en couches.
Voir la recette →L'ancêtre andalou du dessert, né à Antequera (Málaga) que la tradition date de 1635 avec les Clarisses : une crème d'amandes pilées, sucre et jaunes d'œufs. La version vénézuélienne en descend directement, l'amande y ayant été remplacée par le coco.
Pas encore dans l'AtlasLa branche des Îles Canaries de la même famille : crème d'amandes proche de l'andalouse, parfois liée au miel de palma. Autre héritier direct de l'ancêtre espagnol, resté fidèle à l'amande là où le Venezuela est passé au coco.
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