Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Venezuela · Amériques
Le manjar criollo de Carême — maïs et lait de coco cuits avec le papelón jusqu'à une crème dense qui prend au frais, saupoudrée de cannelle, douceur des fêtes patronales et de la Semaine sainte vénézuélienne
Le majarete est l'un des plus anciens dulces criollos du Venezuela : un héritage de l'époque coloniale, né quand la canne à sucre apportée par les Espagnols a rendu le papelón, ce sucre de canne non raffiné, disponible dans les cuisines de hacienda. Les cuisinières d'antan le montaient à la force du bras, avec un maïs blanc préalablement cuit puis longuement pilé et moulu. C'est bien plus tard, quand la harina de maíz précuite s'est industrialisée au milieu du XXᵉ siècle, que le geste s'est raccourci sans que l'âme du dessert change vraiment : maïs, lait de coco, papelón, cannelle et clou de girofle, cuits jusqu'à une crème sans œuf qui prend au froid comme un flan rustique.
Le **Majarete** se fait-il avec **MAÏS FRAIS RÂPÉ** ou **HARINA DE MAÍZ PRECOCIDA** ? C'est LA fracture du dessert.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Extraire le lait de coco — Lait de coco maison (ou en boîte) — Si vous partez du coco sec : casser le coco, prélever la pulpe, la mixer avec 400 ml d'eau tiède puis presser à travers une étamine pour recueillir une 'leche rica y espesa'. C'est la graisse de cette leche de coco qui distingue le majarete d'une simple natilla — ne la sautez pas si vous voulez l'onctuosité d'Orient. À défaut, une boîte de lait de coco non sucré de bonne qualité fait l'affaire en mode moderne assumé.
Le pourquoiLa graisse contenue dans le lait de coco est ce qui donne au majarete sa rondeur et le distingue d'une simple natilla au lait. Extraite d'un coco sec, elle est plus riche et plus parfumée qu'une version en boîte, et c'est elle qui porte l'arôme de tout le dessert.
Diluer la harina — Maïs précuit délayé à froid — Dans un bol, délayer la **harina de maíz precocida** dans une partie du lait de coco FROID (environ 200 ml) en fouettant jusqu'à une bouillie lisse sans grumeau. Ce geste préalable est l'assurance anti-grumos : la fécule s'hydrate à froid et ne formera plus de paquets quand elle touchera le liquide chaud. Réserver. ATTENTION : c'est bien du maïs sec précuit (Harina PAN), pas du maïs tendre râpé — ce dernier donnerait un tequiche, un autre dessert.
Le pourquoiLa fécule de maïs ne s'hydrate proprement qu'à froid : jetée dans un liquide déjà chaud, elle gaine instantanément ses grains et emprisonne des grumeaux que plus aucun fouet ne défera. Ce délayage préalable est votre assurance d'une crème parfaitement lisse.
Infuser le lait — Lait, papelón et épices — Dans une grande casserole à fond épais, réunir le lait de coco restant, le lait entier, le **papelón râpé**, la cannelle en bâton, le zeste de citron vert, le clou de girofle et la pincée de sel. Chauffer à feu doux-moyen en remuant jusqu'à dissolution COMPLÈTE du papelón — il doit fondre entièrement, sinon des grains durs resteront dans le dessert fini. Laisser frémir 3-4 minutes pour que les épices infusent et parfument le liquide.
Le pourquoiLe papelón doit fondre entièrement tant que le liquide est encore fluide : une fois la fécule ajoutée, la masse devient trop dense pour dissoudre un grain de sucre resté dur, qui croquerait alors sous la dent. L'infusion des épices, elle, ne se force pas — c'est le temps doux qui en extrait le parfum.
Lier la crème — Incorporer le maïs en pluie — Retirer le bâton de cannelle et le zeste de citron. Verser la bouillie de harina délayée EN PLUIE dans le lait chaud, en fouettant vigoureusement et sans arrêt pour que rien ne fasse de grumeau. La masse va commencer à épaissir presque aussitôt. Ajouter alors le coco râpé fin et continuer de remuer pour bien l'intégrer. On passe ici du liquide à une crème de plus en plus dense.
Le pourquoiVersée en pluie fine dans le liquide chaud tout en fouettant, la fécule se disperse grain par grain avant de gonfler, ce qui garantit une liaison lisse ; jetée d'un coup, elle formerait une masse compacte au centre. C'est le contact du chaud qui déclenche la prise, d'où l'obligation de ne jamais cesser de remuer.
Cuire jusqu'au sillon — Le test du surco — Baisser à feu doux et cuire 8 à 12 minutes en remuant EN CONTINU avec une cuillère en bois, en raclant bien le fond (il accroche et brûle en un instant). La crème épaissit, fait de grosses bulles paresseuses et devient brillante. C'est cuit quand on peut tracer un **sillon ('surco') au fond avec la cuillère et qu'il met 2-3 secondes à se refermer**. Couper le feu et remuer encore 2-3 minutes hors du feu.
Le pourquoiL'épaississement d'une crème de maïs se juge à l'œil et au geste, jamais au chronomètre : la vitesse dépend de la puissance du feu, de la casserole et de la densité voulue. Le sillon qui tient puis se referme lentement dit exactement que la fécule est cuite à cœur — sous-cuite elle ne prendra pas au froid, sur-cuite elle vire au caoutchouc.
Mouler — Verser et lisser — Huiler (ou humidifier) légèrement un moule ou des coupelles individuelles. Verser la crème chaude, taper le moule sur le plan de travail pour chasser les bulles d'air et lisser la surface avec le dos d'une cuillère. Le majarete vénézuélien se sert traditionnellement dans des petits moules ou des bols, démoulé ou non selon les familles.
Le pourquoiCoulée chaude, la crème est encore fluide et épouse la moindre forme : c'est le seul instant où l'on peut chasser les bulles et lisser la surface, car en refroidissant elle fige d'un bloc. Un moule humidifié ou légèrement huilé crée le film qui permettra plus tard un démoulage net.
Prendre au frais — Réfrigérer puis canneler — Laisser tiédir à température ambiante, puis réfrigérer **au moins 3 à 4 heures** : la crème prend une consistance ferme de flan tout en restant fondante. Au moment de servir, saupoudrer généreusement de **cannelle moulue** — uniquement à froid, car sur le chaud elle se dissout et disparaît. Le majarete se déguste bien frais, en fin de repas de Carême ou au goûter des fêtes patronales.
Le pourquoiLa prise du majarete est une gélification à froid de la fécule : il faut plusieurs heures au réfrigérateur pour que la crème passe de fondante à ferme comme un flan. La cannelle, elle, ne se pose qu'à la toute fin, car sur une surface chaude et humide elle se dissout et son parfum s'évente.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
♔ Cette recette n'a jamais été testée par la communauté. Soyez le premier à fermer la couronne.
Dulce vénézuélien de la même famille des douceurs côtières au lait de coco, cannelle et papelón, servi lui aussi aux jours de Semaine sainte. Là où l'arroz con coco s'appuie sur le riz, le majarete se lie au maïs tendre : deux entremets frères des côtes de l'Oriente.
Voir la recette →CousineAutre grand dessert vénézuélien de tradition coloniale bâti sur le lait et l'eau de coco, saupoudré de cannelle. Cousin de terroir du bienmesabe : même palette coco-cannelle, même racine créole caraqueña, sous une forme de crème prise plutôt qu'en couches.
Voir la recette →Version cubaine à base de maïs jaune mais sans coco : c'est précisément le lait de coco qui distingue la préparation vénézuélienne du reste de la famille caribéenne.
Pas encore dans l'AtlasVersion caribéenne du même dessert en République dominicaine, traditionnellement montée avec du maïs tendre plutôt qu'avec de la harina de maíz précuite.
Pas encore dans l'AtlasVariante portoricaine du majarete liée à la farine de riz au lieu de la fécule de maïs, pour une crème comparable dans la même famille de dulces caribéens.
Pas encore dans l'AtlasFrère vénézuélien du majarete, préparé lui avec du maíz tierno (jojoto, maïs tendre frais râpé) au lieu du maïs sec précuit ; servi souvent tiède et coulant comme un atole, il ne prend pas en flan. C'est la confusion classique du non-initié.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.