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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Quatre dictionnaires le font en brebis, l'Europe l'a protégé en vache
Le document unique de l'indication géographique protégée, publié au Journal officiel du 16 janvier 2020, est catégorique : le Cașcaval de Săveni « se obține din lapte de vacă crud », du lait de vache cru et rien d'autre, issu d'animaux métis des vieilles races locales Sura de stepă et Bucșan (http://publications.europa.eu/resource/cellar/91682f1c-3829-11ea-ba6e-01aa75ed71a1).
Or les dictionnaires roumains disent le contraire depuis un siècle.
Le DEX '09 et le MDA2 définissent le cașcaval comme « preparată din caș de lapte de oaie (mai rar de vacă) » — la vache y est mentionnée comme rare ; le DLRLC de 1955 va plus loin et écrit simplement « făcută din lapte de oaie », sans envisager la vache une seconde ; Șăineanu, en 1929, précise « mai ales din lapte de oaie » (https://dexonline.ro/definitie/cascaval).
Quatre dictionnaires, de 1929 à 2010, contre un règlement de 2020 : c'est le deuxième cas du même volume où le registre et le dictionnaire ne parlent pas du même animal.
Les dictionnaires se contredisent d'ailleurs entre eux sur l'origine du mot — le DEX se contente de « din tc.
kașkaval », quand le DER remonte à l'italien « cacio cavallo », dialectal « cascavallo », arrivé par le grec moderne κασκαβάλι puis le turc.
Le fromage à cheval de l'Italie du Sud a traversé les Balkans en changeant de langue trois fois avant de changer d'animal en Moldavie.
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Mesurez la densité, l'acidité et la matière grasse avant toute chose : le cahier des charges refuse un lait en dessous de 1,026 g/cm³, hors de la fourchette 15-19 degrés Thörner, ou sous 3,2 % de matière grasse. Ces trois nombres ne sont pas administratifs, ils décident de tout ce qui suit — un lait trop acide donne un caillé friable qui refusera de filer, un lait trop maigre donne une pâte sèche qui ne deviendra jamais onctueuse. Filtrez ensuite au linge et amenez le lait à température sans le brusquer. Si vous n'avez pas d'acidimètre, faites au moins l'épreuve de l'ébullition sur une cuillerée : un lait qui grumelle est déjà trop avancé et ne fera pas de cașcaval.
Le pourquoiL'acidité initiale détermine la vitesse à laquelle le pH descendra vers la zone de 5,2-5,4 où la caséine devient filable ; partir trop haut ou trop bas décale toute la fenêtre d'échaudage.
Amenez le lait entre 30 et 33 °C, pas plus haut, et ajoutez la présure diluée dans un peu d'eau froide en brassant trente secondes seulement, puis immobilisez la surface. Cette fourchette basse est explicitement revendiquée par le cahier des charges : elle active le cheag tout en laissant la flore microbienne locale travailler, et c'est ce couple-là qui différencie le produit de tous les cașcaval industriels. Couvrez et laissez prendre sans y toucher — la moindre vibration pendant la prise fracture le gel et vous fera perdre du gras dans le petit-lait. Comptez trente à quarante minutes, mais fiez-vous au test du doigt plutôt qu'à l'horloge.
Le pourquoiLa chymosine coupe la caséine kappa et déstabilise les micelles ; à 30-33 °C elle travaille lentement et régulièrement, ce qui donne un gel homogène et une rétention de matière grasse supérieure.
Découpez le caillé à la harfa, la lyre à fils que le cahier des charges nomme explicitement parmi les gestes manuels du produit, en quadrillant d'abord puis en recoupant horizontalement. Vous cherchez un grain régulier ; les gros morceaux gardent de l'eau en leur cœur et deviendront des poches molles dans la pâte finie. Brassez ensuite doucement pendant que le grain se raffermit et rend son petit-lait, puis laissez-le se rassembler et pressez-le pour en faire la masse granuleuse que l'on appelle ici le caș bașchiu. C'est ce bașchiu, et non le lait, qui sera la matière première de l'échaudage.
Le pourquoiLa découpe multiplie la surface d'échange et commande la synérèse ; un grain hétérogène draine à des vitesses différentes et donne un bloc qui n'a pas la même humidité partout.
Le bașchiu ne s'échaude pas le jour même. Laissez-le en bloc, au frais, pendant quelques jours, le temps que l'acidification se poursuive et amène la pâte dans la fenêtre où elle acceptera de filer. C'est l'étape que les visiteurs de la fromagerie de Săveni décrivent invariablement comme la plus déroutante, parce qu'il ne s'y passe rien de visible et que tout s'y joue. Un bașchiu insuffisamment mûr se déchire dans l'eau chaude au lieu de s'étirer ; un bașchiu trop mûr fond et se délite. Testez avant de lancer toute la fournée.
Le pourquoiLe filage exige que le calcium se détache du réseau de caséine, ce qui ne se produit que dans une fenêtre de pH étroite autour de 5,2-5,4 ; l'acidification lente du bloc y amène la pâte progressivement.
Tranchez le bașchiu mûri en lamelles, disposez-les dans le panier d'osier de răchită et plongez le tout dans la saumure portée à 70-80 °C. Brassez à la barula pendant que la pâte se ramollit et se soude : le panier n'est pas décoratif, ses claires-voies laissent la saumure brûlante s'écouler en continu, si bien que la pâte est chauffée sans jamais macérer dans son eau. Le cahier des charges décrit l'opération sous le nom d'opărirea bașchiului et la range parmi les étapes manuelles qui font la spécificité du produit. Vous devez sentir la masse passer d'un tas de lamelles distinctes à une pâte unique, élastique et brillante.
Le pourquoiLa chaleur humide plastifie le réseau de paracaséine appauvri en calcium ; les chaînes glissent les unes sur les autres et s'orientent, ce qui crée la structure fibreuse en feuillets.
Sortez la pâte brûlante, pétrissez-la à la main en la repliant sur elle-même plusieurs fois, puis coulez-la dans les moules. Le geste final a un nom dans le cahier des charges : strângerea buricului, serrer le nombril — on referme la pâte sur elle-même en pinçant le dessous pour chasser l'air emprisonné. C'est ce qui donne la section « omogenă și legată » que le texte exige, où l'on ne tolère que de rares yeux de fermentation. Le pliage doit être rapide et décidé : chaque repli ajoute une couche, et c'est cette stratification qui fera plus tard une tranche se défaisant en lanières sans s'émietter.
Le pourquoiLe pliage oriente les fibres de paracaséine en couches parallèles ; c'est cette anisotropie qui explique que la tranche se sépare en fâșii au lieu de se briser.
Refroidissez les pains dans l'eau froide pour figer la forme, puis passez-les en saumure. Le salage se dose au résultat : le produit fini doit titrer entre 1,5 et 3 % de chlorure de sodium, une fourchette étroite qui se rate facilement par excès quand on juge au goût sur un fromage encore tiède. Comptez plusieurs heures selon l'épaisseur des pains, en les retournant à mi-parcours pour que les deux faces prennent également. Le sel ne fait pas qu'assaisonner : il freine la flore, prépare la croûte et régule toute la protéolyse des soixante jours à venir.
Le pourquoiLe gradient osmotique fait entrer le sodium et sortir l'eau ; la vitesse dépend de l'épaisseur au carré, ce qui explique qu'un pain de 9 kg et un de 450 g ne salent pas du tout au même rythme.
Placez les pains en cave entre 2 et 8 °C pour un minimum de soixante jours — c'est la durée plancher du cahier des charges, et le texte souligne que c'est elle qui distingue le Cașcaval de Săveni des autres fromages de sa catégorie. Retournez-les régulièrement et essuyez la croûte si elle suinte. Pendant ces deux mois, la fermentation protéolytique fait lentement son travail : la couleur passe du blanc-jaunâtre au jaune clair, la consistance devient onctueuse et homogène, et surtout apparaît le marqueur du produit, ce goût légèrement amer de cerneau de noix. Le nez, lui, évolue vers l'odeur de terre fraîchement retournée que le règlement attribue à la végétation des pâturages.
Le pourquoiLa protéolyse libère progressivement des peptides courts et des acides aminés libres, dont certains hydrophobes portent l'amertume caractéristique ; leur accumulation est lente à 2-8 °C, d'où la durée imposée.
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Sourcer ou se taire
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