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Atlas Culinaire · Viêt Nam · Asie
Le riz gluant coupé vert, grillé dans une marmite de terre puis aplati au pilon par deux personnes qui alternent le coup et le raclage : c'est ce grain-là qu'on met dans la bouche des enfants la nuit de la pleine lune du dixième mois.
Sur la liste nationale du patrimoine culturel immatériel tenue par le Cục Di sản văn hóa, le lễ hội Ok Om Bok của người Khmer de Trà Vinh figure au numéro 68, inscrit par la décision 2684/QĐ-BVHTTDL du 25 août 2014 dans la catégorie « fête traditionnelle » (https://dsvh.gov.vn/danh-muc-di-san-van-hoa-phi-vat-the-quoc-gia-1789).
Sur les 485 entrées de cette même liste, le nghề làm cốm dẹp, le métier de fabrication du cốm dẹp, n'apparaît nulle part — alors que le nghề cốm Mễ Trì de Hanoï y est bien inscrit, au numéro 279, par la décision 446/QĐ-BVHTTDL du 29 janvier 2019, en catégorie « métier artisanal traditionnel ».
Autrement dit, le cốm vert du Nord a son savoir-faire reconnu comme métier, tandis que le cốm dẹp khmer n'est protégé qu'indirectement, par la fête qui le consomme.
Le cas de Sóc Trăng est encore plus net : ce n'est pas la fête entière qui y est inscrite mais la seule course de pirogues, đua ghe ngo trong lễ hội Óoc om bóc, numéro 414, décision 74/QĐ-BVHTTDL du 12 janvier 2022.
Il faut donc qualifier le négatif avec précision : absent de la liste nationale ne veut pas dire absent de tout inventaire, plusieurs provinces tenant leurs propres listes, mais au niveau national le métier n'existe pas administrativement.
Dernier point de datation, souvent recopié de travers : le portail du gouvernement a annoncé la reconnaissance début septembre 2014 (https://baochinhphu.vn/le-hoi-ok-om-bok-tro-thanh-di-san-van-hoa-phi-vat-the-quoc-gia-102169972.htm), mais la décision ministérielle porte la date du 25 août 2014 — c'est l'annonce publique qui est de septembre, pas la signature.
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Coupez les épis de riz gluant une à deux semaines avant la maturité complète, quand le grain pincé entre deux ongles laisse encore perler un lait blanc et que l'épi ploie sans se casser. Égrenez ensuite à la main ou en frottant les épis contre les parois d'un panier, puis étalez les grains sur un nia pour retirer les brins de paille et les grains vides, qui remontent d'eux-mêmes en surface. Vous cherchez des grains vert tendre, dodus, tous à peu près au même stade — l'hétérogénéité est ici le vrai ennemi, car un grain mûr et un grain laiteux ne réagissent pas de la même façon au feu. Trempez enfin le tout une bonne demi-heure dans de l'eau tiède, puis égouttez soigneusement. Si votre récolte mélange deux stades, faites deux lots séparés et grillez-les séparément plutôt que d'espérer une moyenne, qui n'existe pas.
Le pourquoiAu stade laiteux, l'amidon du grain n'a pas fini de cristalliser et la teneur en eau dépasse encore 40 % : le grain est plastique et se déforme sous le pilon au lieu de se fracturer. Passé la maturité, l'amidon rétrograde en réseau rigide et le grain casse net.
Chauffez une marmite de terre vide sur un feu de bois moyen jusqu'à ce qu'une goutte d'eau y danse, puis versez une seule petite portion de grains — jamais toute la récolte — et remuez sans arrêt avec une spatule de bois. Vous entendrez d'abord le crépitement humide de l'eau qui part, puis un son plus sec et de plus en plus rapide, accompagné d'une odeur franche de riz grillé et de foin coupé ; quelques grains éclateront en de minuscules fleurs blanches, c'est le signal. Comptez trois à cinq minutes par poêlée et videz aussitôt dans le mortier, encore brûlant. Vous cherchez des grains dorés-vert, secs en surface mais souples au cœur, dont la balle a commencé à se décoller. Si le fond commence à noircir, sortez la marmite du feu quelques secondes plutôt que de baisser la flamme : la terre garde longtemps sa chaleur et corrige d'elle-même.
Le pourquoiLe grillage évapore l'eau superficielle et provoque une réaction de Maillard entre les sucres réducteurs du grain laiteux et ses acides aminés libres, qui produit les notes de noisette et de foin. Simultanément, la vapeur interne décolle la balle du caryopse, ce qui rendra le vannage possible.
Versez la poêlée brûlante dans un mortier de bois et placez-vous à deux, face à face, chacun tenant un pilon d'une main et un racloir de l'autre. L'un frappe pendant que l'autre ramène le tas au centre, puis on alterne dans un rythme régulier et soutenu, sans jamais laisser le pilon retomber deux fois au même endroit. Vous verrez les grains s'aplatir en lamelles souples, la balle se détacher en écailles claires et le tas passer d'un vert soutenu à un blanc-ivoire moucheté. Vous cherchez des grains aplatis mais entiers, jamais réduits en poudre. Si vous êtes seul, pilez par très petites quantités et retournez vous-même à la main entre chaque série de trois coups : c'est plus long, mais c'est la seule façon d'éviter le mélange de farine et de grains intacts.
Le pourquoiChaud, l'amidon du grain est au-dessus de sa température de transition vitreuse : la structure est visqueuse et se déforme plastiquement sous le choc. Refroidi, elle repasse à l'état vitreux et se comporte comme un solide fragile, qui se fracture.
Transvasez le contenu du mortier dans un nia, ce plateau de vannerie plat des campagnes du delta, et lancez le tas d'un mouvement sec vers l'avant en le rattrapant : la balle, plus légère, s'envole ou se rassemble en bordure tandis que les grains aplatis retombent au centre. Répétez cinq ou six fois, en soufflant doucement sur le plateau entre deux lancers, puis retirez à la main les derniers fragments de paille et les grains restés ronds. Vous cherchez un cốm propre, d'un blanc-ivoire nuancé de vert, sans écaille de balle qui gratterait sous la dent. Si vous n'avez pas de nia, un tamis à mailles larges et un ventilateur posé de biais font le même travail, plus lentement. Ne rincez jamais à l'eau pour aller plus vite : le grain se regorgerait d'humidité et tout le grillage serait perdu.
Le pourquoiLe vannage exploite la différence de rapport surface/masse entre la balle, très légère et large, et le grain aplati, plus dense : projetés ensemble, ils suivent des trajectoires différentes et se séparent sans aucun tri manuel.
Dissolvez le gros sel dans la crème de coco, puis versez celle-ci en filet sur le cốm en remuant à la main, doucement, comme on sable une pâte. Ajoutez ensuite la coco râpée et le sucre blanc, et mélangez encore jusqu'à ce que chaque grain soit enrobé et brille légèrement. Vous verrez le cốm passer du blanc mat au blanc satiné et vous sentirez, sous les doigts, l'humidité se répartir progressivement — c'est le moment de s'arrêter. Vous cherchez un mélange souple, qui se tient en poignée mais se défait sans coller. Si le mélange vous paraît sec, n'ajoutez pas d'eau mais une cuillerée de crème de coco supplémentaire ; s'il est trop humide, laissez-le reposer à découvert un quart d'heure de plus avant de couvrir.
Le pourquoiLe cốm grillé est déshydraté en surface et hygroscopique : versée en filet, la crème de coco est absorbée grain par grain par capillarité et réhydrate uniformément l'amidon, alors qu'un versement en une fois créerait des zones détrempées et d'autres restées sèches.
Couvrez le récipient d'un linge propre ou d'une feuille de bananier et laissez reposer deux heures à température ambiante, sans réfrigérateur. Pendant ce temps, le sucre finit de fondre dans l'humidité de la coco et le grain, encore un peu ferme à la sortie du mortier, s'assouplit jusqu'au cœur. Goûtez au bout d'une heure puis au bout de deux : la différence de texture est franche et vous comprendrez pourquoi les anciens n'abrègent jamais cette attente. Vous cherchez un grain moelleux qui n'oppose plus de résistance sèche sous la dent, avec un parfum de riz vert encore net. Si le mélange a séché en surface, rabattez simplement le dessus vers le fond et attendez un quart d'heure de plus, sans rien ajouter.
Le pourquoiL'eau libérée par le sucre en dissolution migre lentement vers l'intérieur du grain et regélatinise partiellement l'amidon de surface ; c'est un phénomène de diffusion lent, que ni le brassage ni la chaleur n'accélèrent sans dégrader la texture.
Passez les feuilles de bananier une seconde au-dessus de la flamme pour les assouplir et les rendre brillantes, puis disposez le cốm dẹp en petits tas sur les feuilles, entouré des bananes mûres, de la patate douce et du taro cuits, et des noix de coco fraîches. Le plateau se dresse en fin d'après-midi et se pose sur une table basse orientée vers l'est, là où la lune se lèvera, dans la cour de la maison ou dans l'enceinte de la pagode. Vous cherchez un plateau lisible, où le cốm dẹp occupe la place centrale : c'est lui qui donne son nom à toute la fête, puisque Ok Om Bok signifie littéralement mettre du cốm dẹp dans la bouche. Si vous préparez pour beaucoup de monde, emballez des portions individuelles en cornets de feuille de bananier plutôt que de servir à la cuillère. Ne dressez pas plus d'une heure à l'avance : le cốm sèche vite à l'air libre.
Le pourquoiLe passage à la flamme dénature les cires cuticulaires de la feuille de bananier et rompt les fibres rigides des nervures, ce qui la rend pliable sans se fendre et libère des composés aromatiques verts qui parfument discrètement le contact.
Quand la pleine lune du quinzième jour du dixième mois lunaire monte au-dessus des arbres, l'assemblée s'assied face au plateau et le doyen prononce l'action de grâce à la Lune, divinité qui gouverne les eaux et les récoltes dans la cosmologie khmère. Il prend alors une pincée de cốm dẹp et la place dans la bouche des enfants agenouillés devant lui : c'est le geste qui donne son nom à la fête entière et le cœur de toute la soirée. Le reste se mange ensuite à la main, à même la feuille de bananier, avec une banane et un morceau de patate douce, pendant que les lanternes descendent sur l'eau. Vous cherchez ce contraste précis : le grain souple et sucré, le gras de la coco, la fraîcheur de l'eau de coco bue à la noix. Si vous servez hors contexte rituel, dites au moins d'où vient le geste — c'est ce qui distingue ce riz jeune de tous les autres.
Le pourquoiLes composés volatils du riz jeune grillé, notamment la 2-acétyl-1-pyrroline responsable de l'odeur de riz parfumé, ne se libèrent qu'au-dessus de 18-20 °C ; réfrigéré, le mélange perd simultanément son parfum et sa souplesse par rétrogradation de l'amidon.
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Sourcer ou se taire
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