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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
La confiture des mangues qui tombent des rues d'Asunción en janvier — passée au tamis jusqu'à prendre la couleur du dulce de guayaba
La formule canonique est celle de Josefina Velilla de Aquino, publiée en texte intégral par Portal Guaraní : les mangues sont pelées, bouillies une heure entière dans l'eau, puis passées au tamis de manière à ne laisser passer que la crème et à retenir fibres et noyaux, avant d'être cuites avec une tasse de sucre pour deux tasses de pulpe jusqu'à consistance épaisse et couleur rougeâtre.
Velilla note elle-même que « el aspecto y consistencia es igual al dulce de guayaba », c'est-à-dire une pâte de fruit dense et non une confiture.
Recetas Paraguay publie à l'inverse une mermelada de mango où le fruit est taillé en dés, additionné de son poids exact en sucre, macéré toute une nuit puis cuit à feu doux en écumant, et mis en bocaux stérilisés — méthode européenne de conservation qui donne des morceaux visibles et un rendement bien supérieur.
ABC Color, qui republie régulièrement la version dite de la grand-mère, suit la ligne Velilla du tamis.
Le point qui tranche entre les deux n'est pas le goût mais la fibre : la mangue criolla paraguayenne, celle des arbres de rue, est nettement plus fibreuse que les variétés de commerce, et le tamis est la réponse historique à ce problème que la mise en dés ne résout pas.
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Laver les mangues, les peler au couteau économe ou au couteau d'office selon la fermeté de la peau, et les déposer entières dans une grande casserole. Elles ne se dénoyautent pas à ce stade : c'est le tamisage qui séparera plus tard la crème du noyau et des fibres, et une mangue entière rend davantage de pulpe qu'une mangue découpée dont on aurait laissé de la chair sur le noyau. Les fruits doivent être souples sous le pouce et parfumés au pédoncule. Écarter toute mangue tachée de noir au niveau du pédoncule, signe d'une fermentation qui gâterait le lot entier.
Le pourquoiLa chair adhère fortement au noyau chez la mangue et seule une cuisson prolongée la détache complètement, ce qui rend le dénoyautage à cru inefficace et coûteux en pulpe.
Couvrir les mangues d'eau froide à hauteur et porter le tout à ébullition, puis laisser bouillir une heure pleine à feu moyen. Velilla de Aquino est explicite sur cette durée, qui paraît longue mais qui a une fonction précise : elle désolidarise complètement la chair du noyau et ramollit les fibres au point qu'elles se sépareront d'elles-mêmes au tamis. L'eau prend une teinte jaune orangé et la cuisine se remplit d'une odeur de mangue cuite. Retirer du feu au terme de l'heure sans égoutter : l'eau de cuisson contient une partie du sucre et du parfum.
Le pourquoiUne heure d'ébullition hydrolyse les protopectines de la chair en pectines solubles, ce qui à la fois libère la pulpe et prépare la prise en masse au moment du sucrage.
Verser le contenu de la casserole par petites quantités dans un tamis ou un chinois posé sur un grand récipient, et presser à la louche par mouvements circulaires. L'objectif est explicite chez Velilla : ne laisser passer que la crème, retenir fibres et noyaux. Travailler tant que la pulpe est chaude, car refroidie elle devient collante et reste accrochée à la maille. Racler régulièrement le dessous du tamis, où une couche de crème s'accumule et bouche le passage. Ce qui reste au-dessus doit finir en paquet de fibres presque sec, signe qu'on n'a pas laissé de pulpe derrière.
Le pourquoiLes fibres de la mangue criolla sont longues et résistantes et ne se désintègrent pas à la cuisson ; le tamis est le seul moyen de les retirer sans perdre la pulpe qui les entoure.
Mesurer la crème de mangue obtenue au verre gradué ou à la tasse, puis compter une tasse de sucre pour deux tasses de crème, proportion donnée par Velilla de Aquino. Cette pesée est indispensable parce que le rendement varie fortement selon la maturité et la variété des fruits, et qu'un dosage au jugé donne soit un dulce qui ne prend pas, soit un bloc de sucre. Trois kilos de mangues mûres rendent environ un kilo quatre cents de crème, soit près de sept cents grammes de sucre. Verser crème et sucre dans une bassine à confiture ou une grande casserole à fond épais.
Le pourquoiLe rapport sucre-pulpe détermine la concentration finale en matière sèche, qui est ce qui fait prendre la préparation et ce qui assure sa conservation.
Porter la bassine sur feu moyen et remuer continuellement à la cuillère de bois, en raclant le fond et les angles. Velilla insiste sur ce point : le mélange se travaille sans interruption jusqu'à consistance épaisse et couleur rougeâtre. La préparation épaissit lentement puis très vite, et c'est dans les dernières minutes qu'elle attache. Elle passe du jaune orangé au brun rouge, ce virage étant le repère de cuisson le plus fiable. Compter une bonne heure selon la largeur de la bassine. Le mélange projette des bulles brûlantes en fin de cuisson : baisser le feu plutôt que de s'éloigner.
Le pourquoiLa coloration vient de la réaction entre les sucres réducteurs du fruit et ses acides aminés, accélérée par la concentration progressive et la chaleur.
Hors du feu, ajouter la pincée de vanilline et mélanger. Vérifier la prise en déposant une cuillerée sur une assiette froide : refroidie, elle doit se figer et ne pas couler quand l'assiette est inclinée. Si elle coule encore, remettre dix minutes sur le feu et retester. Il faut arrêter légèrement avant la texture visée, car le dulce continue de prendre en refroidissant et peut durcir jusqu'à devenir cassant. La couleur finale doit rappeler celle du dulce de guayaba, comparaison que Velilla fait explicitement dans son texte.
Le pourquoiLes pectines libérées par la cuisson ne forment leur réseau gélifiant qu'en refroidissant, ce qui rend toute évaluation à chaud systématiquement pessimiste.
Verser le dulce brûlant dans des bocaux préalablement ébouillantés et séchés, fermer aussitôt et retourner les pots quelques minutes avant de les remettre à l'endroit. La chaleur du produit stérilise le couvercle et crée le vide en refroidissant. Laisser refroidir sans y toucher, plusieurs heures, jusqu'à température ambiante : c'est pendant ce refroidissement que la texture définitive s'établit. Conservé au frais et à l'abri de la lumière, le dulce se garde plusieurs mois. Une fois ouvert, il se conserve au réfrigérateur et se sert en tranches épaisses sur du queso Paraguay.
Le pourquoiLe remplissage à chaud puis le retournement portent le couvercle et l'espace de tête au-dessus de la température de destruction des levures et moisissures.
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Sourcer ou se taire
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