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Atlas Culinaire · Égypte · Afrique
Le petit pain mou du fournil « franc », deuxième pain le plus mangé d'Égypte après le baladi : assez souple pour le sandwich du matin, assez solide pour survivre à une demi-journée au fond d'un cartable.
La légende tient en trois lignes : un Grec nommé Fino, installé au quartier d'al-Ibrahimiya à Alexandrie, y aurait ouvert un grand fournil de « عيش أفرنجي », de pain franc, serait devenu le pâtissier le plus réputé de la ville, et son nom serait passé au pain.
Le texte se lit à l'identique, presque mot pour mot, dans Sout al-Omma du 12 février 2020 (http://www.soutalomma.com/Article/909556/), dans Sada El-Balad du 12 mars 2021 sous la signature d'Islam Khaled, dans Akhbar El-Yom du 28 juin 2022 sous celle d'Omneya Chaker (https://m.akhbarelyom.com/s/3807001), puis dans Al-Aqbat Mottahedoun du 23 septembre 2024 : quatre domaines, un seul informateur anonyme, aucune source citée nulle part.
Ces mêmes articles ouvrent pourtant en attribuant le pain « aux Français, et précisément à فينا », c'est-à-dire à Vienne, sans voir qu'ils se contredisent en un paragraphe.
Le collectif culinaire égyptien Tableya, sous la plume d'Aly Hassabelnaby, redresse la causalité et rend l'incohérence lisible : lever une pâte enrichie à la levure de commerce plutôt qu'au levain est un procédé mis au point par des boulangers autrichiens dans les années 1850-1860 et montré à l'Exposition universelle de Paris en 1867, où il prit le nom français de « pain viennois » ; or les deux autrices pionnières de la littérature culinaire égyptienne, Nazira Nicola — celle que tout le pays appelle Abla Nazira — et Baheya Othman, désignent ce pain par « خبز فيينا », pain de Vienne.
C'est donc très probablement le boulanger grec qui a pris le nom du pain, فيينا devenu فينو, et non l'inverse.
Deux témoins indépendants enfoncent le clou.
Asharq al-Awsat date le fournil Latif Wassily de 1897 en plein centre du Caire et le donne parmi les premiers à avoir servi aux Cairotes « le pain afrangi, ou el-fino » — soit une génération avant le Grec d'Alexandrie, que Tableya situe dans la première moitié du XXe siècle.
Et la biographie de Fathi Osman écrite par Ghada Osman (I.B.
Tauris, 2011) note qu'en prison la meilleure table servait « le pain fino, celui que mangeaient les Britanniques, autrement rare » : un marqueur colonial, pas un pain de fellah.
La notice arabe de référence tranche pourtant « المنشأ : مصر », origine Égypte, en s'appuyant sur une unique référence bibliographique de 1910 qui ne parle ni de pain ni d'Égypte.
Dernier indice, négatif celui-là : ni Claudia Roden ni Samia Abdennour ne nomment le fino, vérification faite en texte intégral — parce qu'un pain de fournil ne se cuit pas à la maison, et que c'est précisément ce qui le sépare des six autres pains égyptiens de cette base.
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Chauffez l'eau et le lait séparément jusqu'à une tiédeur de bain, autour de trente degrés, puis versez-les ensemble dans un grand cul-de-poule avec le sucre et la levure sèche ; ajoutez par-dessus la farine et le sel, et mélangez à la corne jusqu'à ce qu'il ne reste plus de farine sèche. Cette réunion en une seule fois est la méthode de Tableya, qui se passe de l'étape de réveil séparé de la levure dès lors que la levure est instantanée et récente. L'appareil doit sentir le lait tiède et rester grumeleux, sans trace de poudre blanche au fond du récipient. Si le mélange paraît sec et refuse de s'amalgamer, ajoutez l'eau cuillerée par cuillerée plutôt qu'au verre, car les farines varient de dix grammes d'absorption d'un sac à l'autre.
Le pourquoiLe sucre dissous en amont donne à la levure un substrat immédiatement fermentescible, là où l'amidon de la farine doit d'abord être scindé par les amylases, ce qui coûte de longues minutes de latence.
Renversez la masse sur un plan à peine fleuré et pétrissez fermement une dizaine de minutes, en poussant de la paume et en repliant, jusqu'à obtenir une pâte lisse, ferme, élastique et à peine collante au doigt. Cette phase est la clé de toute la fiche : c'est ici, et nulle part ailleurs, que se construit le réseau qui portera la mie du fino. La pâte doit passer du collant grossier au satiné, se rassembler d'un bloc et rebondir lentement quand on l'enfonce. Si elle reste déchirante après dix minutes, couvrez-la cinq minutes et reprenez : le repos fera plus que la force, et surtout n'ajoutez pas de farine pour compenser.
Le pourquoiLe pétrissage hydrate et aligne les gliadines et les gluténines de la farine blanche en un réseau viscoélastique continu, seul capable de retenir le gaz carbonique et de donner une mie serrée et cotonneuse plutôt qu'alvéolée à gros trous.
Aplatissez la pâte en galette épaisse, versez l'huile au centre et refermez, puis travaillez-la avec obstination : pendant une bonne minute, l'huile va glisser, fuir et donner l'impression de ne jamais vouloir entrer. Continuez sans ajouter de farine, la pâte finit toujours par la boire. On cherche une pâte redevenue lisse et homogène, un peu plus souple et nettement plus soyeuse sous la paume, sans la moindre pellicule grasse en surface ni au fond du récipient. Si des filets d'huile persistent au bout de trois minutes, coupez la pâte en deux au coupe-pâte, superposez les morceaux et reprenez : le pliage force l'incorporation bien mieux que le pétrissage.
Le pourquoiAjoutée après coup, la matière grasse ne bloque plus la polymérisation du gluten : elle se loge entre les feuillets déjà formés, lubrifie le réseau et retarde la rétrogradation de l'amidon, ce qui prolonge le moelleux d'un jour.
Boulez la pâte, déposez-la dans un saladier essuyé d'un film d'huile, couvrez d'un linge humide ou d'un film et laissez pousser à température de cuisine, sans courant d'air, jusqu'à un quasi-doublement de volume. Comptez une heure trente comme repère, mais jugez au volume et jamais à la montre : une cuisine à dix-huit degrés demandera deux heures pleines. La boule doit être bombée, tendue, et l'empreinte d'un doigt fariné doit remonter lentement sans s'effacer tout à fait. Si la pousse traîne, posez le saladier dans un four éteint avec un bol d'eau chaude au fond plutôt que d'ajouter de la levure.
Le pourquoiLa fermentation produit le gaz carbonique qui gonfle les alvéoles et l'éthanol qui parfume, pendant que l'acidification progressive assouplit le réseau de gluten et rend le façonnage possible sans déchirure.
Renversez la pâte sur le plan sans la dégazer brutalement et divisez-la au coupe-pâte en dix morceaux pesés d'environ quatre-vingt-cinq grammes, ce qui donnera des pains crus proches du gabarit de fournil. Boulez chacun sans serrer, du bout des doigts, et couvrez-les d'un linge pour un quart d'heure au plus. Les boules doivent rester dodues et céder mollement sous la pression, sans se rétracter. Si une boule repousse encore le doigt au bout de dix minutes, accordez-lui cinq minutes de plus plutôt que de forcer au rouleau.
Le pourquoiLe boulage remet le gluten sous tension et le rend momentanément cassant ; la détente laisse les liaisons se réorganiser, ce qui permet ensuite d'allonger la pâte sans la déchirer.
Écrasez un pâton en rectangle grossier d'une quinzaine de centimètres, puis roulez-le vers vous en serrant régulièrement, comme on roule une natte, jusqu'à obtenir un cordon dodu terminé par une soudure nette ; retournez-le pour poser cette soudure contre la plaque garnie de papier cuisson. C'est ce roulé serré, et non un simple boudin étiré, qui donne au fino son grain de mie régulier et sa tenue de sandwich. Le cordon doit être d'épaisseur constante d'un bout à l'autre, sans pointe effilée, et la soudure invisible. Si elle bâille, humectez-la d'une goutte d'eau et pincez franchement avant de retourner le pain.
Le pourquoiLe roulage serré crée une tension de surface qui oriente la poussée du gaz vers le haut plutôt que vers les côtés, ce qui fixe la forme allongée et resserre l'alvéolage.
Couvrez la plaque d'un linge posé sans serrer ou d'un grand sac plastique gonflé, et laissez les pains lever une trentaine de minutes ; profitez de ce temps pour préchauffer le four à deux cent vingt degrés, grille au milieu. Cet apprêt reconstitue le gaz chassé au façonnage et décide de la légèreté finale, un pain enfourné sans apprêt sortant dense et compact. Les cordons doivent avoir visiblement grossi, paraître légers et frémir quand on remue la plaque. S'ils ont poussé plus vite que le four ne chauffe, placez la plaque quelques minutes au frais pour les retenir sans les faire retomber.
Le pourquoiL'apprêt reconstitue la réserve de gaz nécessaire au coup de four, ce sursaut initial où la vapeur d'eau et le gaz se dilatent brutalement et donnent au pain les deux tiers de son volume final.
Enfournez la plaque au milieu du four à deux cent vingt degrés et laissez cuire entre quinze et dix-huit minutes selon que l'on aime le fino pâle ou franchement doré, en surveillant à partir de la treizième minute. Dès la sortie, glissez les pains encore brûlants dans un sac de papier ou sous un linge épais et refermez : c'est ce geste, et lui seul, qui donne la souplesse caractéristique du pain de fournil. Les pains doivent être blond doré, légers en main et sonner creux quand on les tapote par-dessous. Si un fino a durci pour avoir refroidi à l'air libre, aspergez-le d'un nuage d'eau et passez-le deux minutes à four chaud, il retrouvera sa mie.
Le pourquoiLes sucres du lait et du sucre semoule alimentent la réaction de Maillard et la caramélisation en surface, tandis qu'à cœur l'amidon gélatinise vers quatre-vingts degrés et fige la mie ; couvrir à chaud fait recondenser la vapeur interne dans la croûte et l'assouplit.
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Sourcer ou se taire
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