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Atlas Culinaire · Égypte · Afrique
Le pain « étiré » des maisons du Delta : maïs, sorgho et fenugrec moulu, cuit en très grande galette puis séché pour tenir des semaines.
L'Arche du Goût de Slow Food, sur une nomination d'Aurelia Weintz pour Slow Food Le Caire, décrit une pâte de blé, de sorgho et de farine de maïs additionnée de fenugrec, abaissée au long bâton en galette de 34 cm pour 2 mm d'épaisseur et laissée sécher dans le four après cuisson pour se conserver, produite uniquement pour la maison à Assiout et en Charqiya (https://www.fondazioneslowfood.com/en/ark-of-taste-slow-food/merahrah-bread/) ; le quotidien cairote Al-Dostour, sous la plume d'Amany Ali, le donne au contraire « le plus souvent en farine de blé », cuit au saj et propre au Basse-Égypte (https://www.dostor.org/5251271).
Le point se tranche par ce qui définit le pain plutôt que par sa finesse ou sa province : la notice de référence, appuyée sur « Le maïs dans l'alimentation humaine » de la FAO, ne connaît le merahrah que par le couple maïs plus graines de fenugrec moulues à 5-10 %, dont l'apport augmente la teneur en protéines, la digestibilité et surtout la durée de stockage (https://ar.wikipedia.org/wiki/%D8%B9%D9%8A%D8%B4_%D9%85%D8%B1%D8%AD%D8%B1%D8%AD) — une version « surtout blé » est un merahrah déjà glissé vers le fetir, pas la galette paysanne.
Le second front est celui de la disparition : le chercheur en environnement Osama Ghazaly, interrogé par Al-Masry al-Youm, réclame un recensement cartographié des pains régionaux « de peur qu'ils ne s'éteignent » et cite le merahrah parmi eux (https://www.almasryalyoum.com/news/details/2657066), tandis que Slow Food constate que ce pain n'étant jamais vendu, nul ne peut mesurer ce qu'il en reste.
Al-Dostour désigne l'adversaire sans détour : la domination des boulangeries modernes et du pain subventionné.
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La veille au soir, nourrissez le levain naturel avec un peu de farine complète et l'eau tiède, puis laissez-le monter à couvert dans un coin tempéré de la cuisine. Il doit doubler, se creuser de bulles serrées et sentir la pomme aigre plutôt que le vinaigre : un levain trop acide écraserait la douceur du maïs. Visez une masse mousseuse qui retombe à peine quand on secoue le bol. S'il reste inerte au matin, prolongez de trois heures dans un endroit plus chaud avant d'engager les farines.
Le pourquoiLe merahrah paysan ne connaît pas la levure industrielle : seule la fermentation lactique d'un levain vivant acidifie assez la pâte pour compenser l'absence de réseau de gluten du maïs.
Passez les graines de fenugrec à sec dans une poêle chaude, en les remuant sans arrêt, jusqu'à ce qu'elles brunissent d'un ton et libèrent leur odeur de sirop d'érable brûlé. Retirez-les immédiatement du feu, laissez-les refroidir sur une assiette froide, puis moulez-les au moulin à épices en poudre fine. Une torréfaction menée trop loin donne une amertume noire irrattrapable ; si les graines virent au brun foncé, recommencez avec un lot neuf.
Le pourquoiLe fenugrec cru concentre des saponines très amères ; une torréfaction courte les dégrade partiellement et développe le sotolon, la molécule qui donne cette note de caramel salé caractéristique.
Mélangez d'abord la farine de maïs, le sorgho et la moitié de l'eau tiède, et laissez ce gruau reposer un quart d'heure : le maïs boit lentement et il faut le laisser gonfler seul. Ajoutez ensuite la farine complète, le fenugrec moulu, le sel puis le levain, et pétrissez à pleine paume en versant le reste de l'eau par petites doses. La pâte doit rester molle, un peu granuleuse, souple sous la main mais sans jamais couler. Si elle se déchire, couvrez-la dix minutes et reprenez : le repos fera davantage que la force.
Le pourquoiLe grain de maïs, dépourvu de gliadines et de gluténines, ne forme aucun réseau élastique ; l'hydratation préalable gélatinise une part de son amidon et donne à la pâte la cohésion que le gluten lui refuse.
Rassemblez la pâte en boule, couvrez d'un linge humide et laissez-la fermenter toute la nuit dans une pièce tempérée, entre huit et douze heures. Elle ne doublera pas comme une pâte de froment : attendez plutôt une masse détendue, un tiers plus haute, largement alvéolée sous le linge et franchement parfumée. Cette longue nuit est le cœur du pain. Si le matin la pâte est retombée et sent l'acétone, elle a trop fermenté — rattrapez en incorporant cent grammes de farine complète et en la travaillant à nouveau brièvement.
Le pourquoiLa nuit de fermentation acidifie la pâte, ce qui gonfle les grains d'amidon de maïs et attendrit les fibres du son ; c'est aussi elle qui abaisse le pH assez pour freiner les moisissures pendant le stockage.
Renversez la pâte sur un plan largement saupoudré de son et divisez-la en quatre pâtons égaux, sans la dégazer brutalement. Boulez chacun d'une main en cerceau, sans serrer, puis posez-les espacés sur des plateaux sablés de son et couvrez d'un linge. Laissez-les se détendre une demi-heure, le temps réglementaire signalé par la notice de référence. Si un pâton se rétracte encore sous les doigts au bout de trente minutes, accordez-lui dix minutes de plus.
Le pourquoiLe repos relâche les tensions du peu de gluten présent et laisse l'amidon de maïs finir d'absorber l'eau, sans quoi la galette se rétracterait sitôt abaissée.
Aplatissez un pâton à la main, farinez le long bâton au son, posez-le en travers et roulez du centre vers un bord, puis tournez la galette d'un quart de tour et recommencez. Menez-la sans hâte jusqu'à un disque très mince, entre trente-cinq et cinquante centimètres, deux à trois millimètres d'épaisseur, régulier d'un bord à l'autre. Un trou apparaît ? Pincez-le aussitôt avec une pincée de pâte prélevée au bord et repassez doucement dessus. Abaissez une galette à la fois et enfournez-la avant de passer à la suivante.
Le pourquoiL'étirement au long bâton répartit la pression sur toute la largeur du disque, là où un rouleau court concentrerait l'effort et percerait une pâte que le gluten ne retient pas.
Préchauffez le four et sa pierre au maximum, entre 260 et 280 °C, pendant trois quarts d'heure. Faites glisser la galette d'un geste franc directement sur la pierre brûlante : elle doit boursoufler par plaques, se marbrer de taches dorées et rester souple, en deux à quatre minutes à peine. Retournez-la à mi-cuisson si les bords colorent plus vite que le centre. Une galette qui reste pâle après quatre minutes trahit un four trop tiède : montez la sole et allongez le préchauffage avant la suivante.
Le pourquoiLa chaleur violente vaporise l'eau de la pâte avant que l'amidon de maïs ne se dessèche, ce qui gonfle la galette en cloques et fixe la mie en quelques secondes plutôt que de la cuire en biscuit.
Pour la conservation, remettez les galettes cuites dans le four éteint dont la porte reste entrouverte, en les espaçant sur les grilles, et laissez-les sécher pendant que la chaleur tombe. Elles doivent devenir légères, cassantes et sonner sec quand on les tapote. Empilez-les ensuite dans un contenant hermétique ou dans un linge propre serré, à l'abri de l'humidité. Pour les remettre en service, aspergez-les d'un peu d'eau et couvrez-les cinq minutes : elles retrouvent leur souplesse.
Le pourquoiLe séchage abaisse l'activité de l'eau sous le seuil où moisissures et bactéries se développent ; c'est ce procédé, et non un conservateur, qui donne au merahrah ses semaines de garde.
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Sourcer ou se taire
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