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Atlas Culinaire · Polynésie française · Tuamotu
Le pain-boule des atolls des Tuamotu : de la pĂąte Ă la coco rĂąpĂ©e et au lait de coco, façonnĂ©e en boules et pochĂ©e dans l'eau de coco bouillante. Son nom dit son histoire â faraoa vient de l'anglais flour, la farine venue par bateau, et le coco est devenu roi de ces Ăźles au XIXá” siĂšcle avec le coprah.
Sur un atoll des Tuamotu, il n'y a ni riviĂšre, ni terre profonde, ni champ de blĂ©. Il y a du corail, du sel, des cocotiers, et la mer tout autour. C'est de cette raretĂ© qu'est nĂ© le faraoa 'ipo : des boules de pĂąte enrichies de coco rĂąpĂ©e et de lait de coco, qu'on ne cuit pas au four mais qu'on poche dans l'eau de coco bouillante, jusqu'Ă ce qu'elles gonflent. On les mange au goĂ»ter, tiĂšdes, avec du beurre ou de la confiture. « Dans l'archipel des Tuamotu, la baguette est une denrĂ©e assez rare », rappelle PolynĂ©sie La 1Ăšre â et c'est peu dire.
Un pain précolonial ? Non, et il faut le dire clairement, car cette page l'a longtemps affirmé.
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La version canonique du faraoa 'ipo : pùte levée à la levure, boules pochées dans l'eau de coco bouillante jusqu'à ce qu'elles gonflent. Mie spongieuse, saveur douce-salée.
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Percez les yeux des noix et recueillez l'eau : il vous en faut environ deux litres pour le bain de cuisson, filtrez-la. Ouvrez ensuite les noix, prélevez la chair et rùpez-la. Pour le lait, pressez une partie de cette chair rùpée dans un linge, en la mouillant à peine d'eau tiÚde, jusqu'à en tirer un liquide blanc et épais. Gardez le rùpé restant pour la pùte. à défaut de noix fraßches : eau de coco en bouteille non sucrée, lait de coco en conserve, coco rùpée réhydratée.
Le pourquoiLe cocotier donne trois produits qu'on confond tout le temps, et ils ne sont pas interchangeables. L'eau de coco est le liquide clair contenu dans la noix : légÚrement salée et sucrée, c'est elle qui parfume le pain par le pochage. Le lait de coco est la pulpe pressée : c'est un gras, il enrichit la pùte. Et la coco rùpée donne la mùche. Mettre du lait dans le bain de cuisson au lieu de l'eau donne un tout autre plat.
Délayez la levure dans le lait de coco à peine tiédi, avec une cuillerée de sucre prélevée sur le total. Laissez-la mousser dix minutes. Dans un grand saladier, mélangez la farine, le reste du sucre, le sel et la coco rùpée, puis versez le lait de coco levuré. Pétrissez une dizaine de minutes : la pùte doit devenir souple et lisse, à peine collante sous la paume. Couvrez d'un linge et laissez lever une heure et demie à deux heures dans un coin tiÚde, jusqu'à ce qu'elle ait doublé.
Le pourquoiLa levure de boulanger n'est pas un ingrĂ©dient ancestral : elle est arrivĂ©e sur les atolls par le mĂȘme bateau que la farine. C'est ce qui donne au 'ipo classique sa mie spongieuse, celle qui absorbe le bain de coco. Le gras du lait de coco, lui, enrobe le gluten et attendrit la mie â c'est aussi pourquoi cette pĂąte lĂšve un peu plus lentement qu'un pain Ă l'eau.
Dégazez la pùte d'une pression de la paume si elle a levé, puis divisez-la en huit portions égales. Roulez chacune entre les paumes en une boule bien lisse, sans pli sur le dessus, et posez-les au fur et à mesure sur un linge fariné. Laissez-les se détendre un quart d'heure pendant que le bain chauffe.
Le pourquoiUne boule roulĂ©e sans pli garde une tension de surface rĂ©guliĂšre : elle gonfle rond dans le bain au lieu de s'ouvrir d'un cĂŽtĂ©. C'est le mĂȘme principe que pour un pain de mie ou une brioche â la peau tendue tient la forme pendant que l'intĂ©rieur pousse.
Portez l'eau de coco Ă frĂ©missement dans une large marmite : elle doit trembler, jamais bouillir Ă gros bouillons. DĂ©posez les boules dĂ©licatement, sans les entasser â deux fournĂ©es valent mieux qu'une marmite serrĂ©e. Laissez-les pocher une vingtaine de minutes en les retournant Ă mi-cuisson : elles gonflent, remontent et prennent une teinte dorĂ©e pĂąle. Ăgouttez-les Ă l'Ă©cumoire.
Le pourquoiC'est ce bain qui fait le plat. L'eau de coco est naturellement sucrĂ©e et lĂ©gĂšrement saline : en pĂ©nĂ©trant la mie, elle laisse cette saveur douce-salĂ©e qu'aucune eau salĂ©e ne reproduit, et elle donne au pain sa texture spongieuse et humide. C'est aussi une rĂ©ponse Ă l'atoll â lĂ oĂč l'eau douce manque, on cuit dans ce que l'arbre donne. [WikipĂ©dia EN, Faraoa 'ipo : « cuit dans l'eau de coco »]
Laissez tiĂ©dir les boules une dizaine de minutes sur une grille â elles se raffermissent en refroidissant. Ouvrez-les en deux et servez-les avec du beurre, ou de la confiture de papaye. C'est un pain de goĂ»ter, qu'on mange avec le cafĂ© ou le thĂ©, et qui se garde deux jours enveloppĂ© dans un linge.
Le pourquoiSortis du bain, ces pains sont gorgés d'humidité : les dix minutes de repos laissent l'amidon se raffermir et la vapeur s'échapper, sans quoi la mie reste pùteuse sous le couteau.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
L'autre pain sucrĂ© de PolynĂ©sie, mais frit au lieu d'ĂȘtre pochĂ© : le firi-firi est le beignet torsadĂ© du dimanche matin, lui aussi pĂ©tri au lait de coco. Deux façons de marier la farine du bateau au lait de l'arbre.
Voir la recette âCousineLe four qui donne son nom Ă l'ancienne cuisson du 'ipo. Avant le pochage, les boules se cuisaient Ă l'ahima'a, le four de terre polynĂ©sien, enveloppĂ©es de feuilles de bananier â et c'est encore ainsi qu'on cuit l'avaro de Manihi.
Voir la recette âLe pain des Paumotu qui porte un autre nom parce que c'est un autre geste : sans levure, au lait de coco PUR â « faut pas mĂ©langer avec de l'eau ou autre », insiste Mati, habitant de Manihi â et cuit au hima'a, le four tahitien.
Pas encore dans l'AtlasLe pain coco le plus rĂ©pandu, celui de Tahiti et de la diaspora : mĂȘme mariage farine-coco, mais levĂ© et cuit au four en pain ou en bĂątons. C'est la version qu'enseigne depuis des dĂ©cennies Regina Pasi, originaire de Hikueru, au village tahitien du Polynesian Cultural Center.
Pas encore dans l'AtlasLa version grillée de l'atoll de Kauehi : coco rùpée, sucre, farine et eau, façonnés en petites galettes, enveloppés de feuilles de purau et cuits doucement sur les braises. Recette de Ruita Williams, de l'association Te vahine kauria.
Pas encore dans l'AtlasL'amidon d'avant la farine. Avant que le blĂ© n'arrive par bateau, les PolynĂ©siens conservaient le fruit de l'arbre Ă pain fermentĂ© en fosse â le mÄ. C'est ce que le faraoa a remplacĂ©, et c'est pourquoi ce pain ne peut pas ĂȘtre prĂ©colonial.
Pas encore dans l'AtlasLe dessert-frĂšre : une pĂąte de fruit et d'amidon cuite au four de terre, nappĂ©e de lait de coco. MĂȘme arbre, mĂȘme four, autre registre â le po'e est sucrĂ© et fondant lĂ oĂč le 'ipo est un pain.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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