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Atlas Culinaire · Espagne · Andalousie
La soupe andalouse qui se boit au verre â tomate de plein soleil, huile d'olive en filet, vinaigre de Jerez
ĂtĂ©, Andalousie. La chaleur colle aux murs blancs de la vallĂ©e du Guadalquivir et les heures de sieste semblent ne jamais finir. Un journalero â un ouvrier agricole â s'accroupit Ă l'ombre d'un olivier. Il tire de sa besace ce qu'il a : un quignon de pain rassis, une gousse d'ail, un filet d'huile, un trait de vinaigre. Il Ă©crase le tout dans le dornillo, le grand bol de bois que les paysans portaient aux champs, y verse l'eau fraĂźche de la cruche en terre. Acide, onctueux, dĂ©saltĂ©rant. C'est le gazpacho avant qu'il n'ait connu la tomate.
Le gazpacho porte deux querelles silencieuses.
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La version historique des journaleros : pain rassis trempé, concombre, et l'huile montée en émulsion à l'amidon. Crémeuse, ronde, c'est le gazpacho de toujours.
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Tout commence au marché. Des tomates pera (Roma) ou en grappe mûries à plein soleil, lourdes en main, presque tiÚdes, qui embaument dÚs qu'on les approche. En plein été elles sont reines ; en hiver, abstenez-vous, le gazpacho serait pùle et aqueux. Sortez-les du réfrigérateur deux heures avant de cuisiner : le froid endort leurs arÎmes.
Le pourquoiLa tomate est faite à 95 % d'eau et d'arÎmes volatils, et ces arÎmes s'effacent au froid. Une tomate de serre, privée de maturité solaire, donne une soupe sans ùme. Choisir la bonne tomate, c'est déjà choisir 80 % du gazpacho.
Coupez 50 g de mie de pain rassis et laissez-les gonfler dix minutes dans un peu d'eau froide. Pendant ce temps, taillez les tomates en quartiers, épluchez le demi-concombre et coupez-le en tronçons, Îtez pédoncule et graines du poivron vert, épluchez l'ail. Pressez le pain entre vos mains avant de l'ajouter au reste.
Le pourquoiLe pain rassis est l'épaississant des journaleros : ses amidons, libérés au mixage, emprisonnent les gouttelettes d'huile et donnent au gazpacho sa rondeur crémeuse. C'est la version qui regarde vers l'histoire du plat.
Réunissez dans le blender l'ossature (tomates, poivron, ail, sel) et, selon votre école, le pain égoutté et le concombre, ou les tomates cerises. Mixez à pleine puissance deux minutes complÚtes. La couleur quitte l'orange granuleux pour un rose-saumon de plus en plus velouté.
Le pourquoiSous deux minutes, les parois cellulaires des tomates ne sont pas brisées et la soupe reste granuleuse. Au-delà , la lame casse les fibres et prépare l'émulsion à venir.
Blender en marche à vitesse moyenne, versez les 70 g d'huile d'olive EN MINCE FILET, comme pour une mayonnaise, puis le vinaigre de Jerez. L'huile s'intÚgre peu à peu : la soupe épaissit, pùlit et devient crémeuse.
Le pourquoiVersée lentement moteur tournant, l'huile se divise en gouttelettes minuscules que l'amidon du pain et la pectine de la tomate stabilisent : c'est l'émulsion huile-dans-eau qui donne le velouté. Et comme le lycopÚne de la tomate est soluble dans l'huile, le rouge vire au rose pùle laiteux.
Posez un tamis fin sur un grand pichet. Versez le gazpacho en plusieurs fois et pressez avec le dos d'une louche pour extraire le maximum de liquide. Peaux et fibres restent dans le tamis ; il s'écoule en dessous une crÚme rose-saumon parfaitement lisse.
Le pourquoiC'est le geste qui sépare le gazpacho de restaurant du gazpacho maison. Tous les bons établissements andalous tamisent, et les peaux de tomate, un peu amÚres, partent avec les fibres.
GoĂ»tez. Le gazpacho doit ĂȘtre vif, lĂ©gĂšrement acide, avec la douceur de la tomate en fond. Rectifiez : une pincĂ©e de sel s'il est plat, quelques gouttes de vinaigre de Jerez s'il manque de tranchant, un filet d'eau trĂšs froide s'il est trop Ă©pais (Ă©cole au pain). Une pincĂ©e de cumin, discrĂšte, est traditionnelle dans certaines familles de Grenade.
Le pourquoiAu froid, les saveurs s'atténuent. Il faut donc assaisonner un cran au-dessus avant le repos, en sachant que la dégustation glacée sera plus douce que la dégustation tiÚde.
Couvrez le pichet et placez-le au rĂ©frigĂ©rateur, deux heures au minimum (l'Ă©cole sans pain a dĂ©jĂ fait l'essentiel de sa macĂ©ration). Une nuit entiĂšre fond les saveurs en une profondeur que le gazpacho tout juste mixĂ© n'a pas. Avant de servir, remuez : l'huile peut ĂȘtre remontĂ©e en surface.
Le pourquoiLe froid n'est pas qu'une affaire de température de service : il ralentit l'oxydation et laisse les molécules aromatiques se lier entre elles. Un gazpacho reposé une nuit a une rondeur qu'un gazpacho pressé n'aura jamais.
Remuez et servez trĂšs froid. En Andalousie, on le boit volontiers au verre ou Ă la tasse, comme un jus. Sur une belle table, versez-le dans des bols passĂ©s dix minutes au congĂ©lateur et proposez les garnitures Ă cĂŽtĂ© : petits dĂ©s de tomate, concombre, poivron, croĂ»tons frits Ă l'huile, Ćuf dur ou jambon. Chacun garnit le sien, avec un filet d'AOVE en surface.
Le pourquoiLes garnitures ne dĂ©corent pas : elles offrent du croquant et des Ă©clats de saveur pure au cĆur d'une soupe lisse. Les croĂ»tons rappellent, croustillants, le pain du gazpacho originel : la boucle est bouclĂ©e.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
L'ajoblanco de MĂĄlaga est le PARENT BLANC du gazpacho : amandes, ail, pain, huile et vinaigre, sans une seule tomate. Les historiens tiennent cette soupe d'al-Andalus pour l'ancĂȘtre direct du gazpacho, nĂ© le jour oĂč l'on a ajoutĂ© Ă sa base la tomate venue d'AmĂ©rique.
Voir la recette âCousineLe salmorejo cordobais est le cousin Ă©pais du gazpacho : beaucoup plus de pain, ni eau ni concombre, mixĂ© en une crĂšme dense qu'on sert nappĂ©e d'Ćuf dur et de jambon. MĂȘme famille, mais texture de veloutĂ© plutĂŽt que de soupe Ă boire.
Voir la recette âCousineLa pipirrana de JaĂ©n, c'est le gazpacho dĂ©construit : les mĂȘmes lĂ©gumes d'Ă©tĂ©, mais coupĂ©s trĂšs fin au lieu d'ĂȘtre mixĂ©s, liĂ©s d'une vinaigrette oĂč l'on trempe le pain. La version Ă la fourchette de la mĂȘme idĂ©e andalouse.
Voir la recette âCousineLe gazpacho llanito de Gibraltar est le cousin frontalier : la mĂȘme base andalouse, rĂ©interprĂ©tĂ©e sur le Rocher au contact de la cuisine britannique et mĂ©diterranĂ©enne.
Voir la recette âCousineCousin par le garde-manger : le pisto rĂ©unit les mĂȘmes lĂ©gumes d'Ă©tĂ© que le gazpacho (tomate, poivron), mais mijotĂ©s et servis chauds. La mĂȘme huerta, Ă l'autre bout de la tempĂ©rature.
Voir la recette âCousineCompagnons de la table andalouse : Ă Cordoue, le gazpacho ouvre souvent le repas d'Ă©tĂ© que le rabo de toro vient clore. La fraĂźcheur d'un cĂŽtĂ©, le long mijotĂ© de l'autre.
Voir la recette âLe gaspacho de l'Alentejo, au Portugal, est le cousin transfrontalier : pain, tomate, concombre, poivron et ail, mais NON mixĂ©s â tout est taillĂ© en morceaux et noyĂ© d'eau glacĂ©e, pour une soupe rustique et croquante plutĂŽt que veloutĂ©e.
Pas encore dans l'AtlasFAUX-AMI : malgré son nom, le gazpacho manchego (ou galianos) n'a rien d'une soupe froide. C'est un ragoût CHAUD de gibier (lapin, perdrix) servi sur une galette de pain sans levain, plat de bergers de la Mancha que Cervantes cite déjà dans le Quichotte sous le nom de galianos.
Pas encore dans l'AtlasFAUX-AMI : le gazpachuelo de MĂĄlaga est une soupe CHAUDE, blanche et crĂ©meuse, liĂ©e Ă la mayonnaise sur un bouillon de poisson et de pomme de terre. NĂ© comme repas Ă©conomique des pĂȘcheurs d'El Palo, il ne partage avec le gazpacho que la racine de son nom.
Pas encore dans l'AtlasLa porra d'Antequera (MĂĄlaga) est un cousin encore plus Ă©pais, Ă mi-chemin du gazpacho et du salmorejo : on la mange presque Ă la cuillĂšre et on la garnit d'Ćuf dur, de jambon et de thon.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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