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Atlas Culinaire · Roumanie · Europe
Les tomates que le gel aurait prises â le dictionnaire les dĂ©finit par le bocal qui les attend
Ce n'est pas un légume qu'on décide de saumurer, c'est un légume qui n'existe lexicalement que saumuré.
Le vrai débat porte sur le vinaigre, et il se tranche à la chronologie.
Savori Urbane laisse les bocaux OUVERTS vingt-quatre heures, couvercles simplement posés à l'envers, laisse monter la mousse de fermentation en interdisant de l'écumer, et n'ajoute la cuillerée de vinaigre que LE LENDEMAIN (https://savoriurbane.com/gogonele-murate-la-borcan-reteta-pas-cu-pas/).
L'ordre n'est pas un caprice : verser le vinaigre en mĂȘme temps que la saumure ferait chuter le pH sous le seuil oĂč Leuconostoc et Lactobacillus peuvent travailler, et on obtiendrait une marinade acĂ©tique â conservĂ©e, certes, mais crue, sans le goĂ»t de fermentĂ© que tout le monde cherche.
Ajouté à vingt-quatre heures, quand la fermentation est lancée et le pH déjà en train de descendre, le vinaigre ne tue plus rien : il sécurise.
C'est aussi ce qui sĂ©pare dĂ©finitivement ce bocal du tonneau de chou, oĂč l'on ne met jamais de vinaigre du tout.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Lavez les tomates vertes en plusieurs eaux froides et Ă©gouttez-les en passoire. Triez sans pitiĂ© : toute tomate molle sous le pouce part au compost, car une seule suffit Ă troubler un bocal entier. Coupez en deux les plus grosses, non par souci d'esthĂ©tique mais pour qu'elles s'imbriquent sans laisser de vide. Pendant ce temps, Ă©pluchez l'ail, taillez la carotte en rondelles â au couteau cannelĂ© si vous en avez un, la tradition y tient â et le cĂ©leri-rave en bĂątonnets gros comme l'auriculaire. PrĂ©parez les laniĂšres de raifort, les tiges d'aneth sec et les brins de thym. Disposez tout sur un plateau : quand on monte plusieurs bocaux Ă la suite, c'est ce qui fait la diffĂ©rence entre une heure et deux.
Le pourquoiUne tomate qui a commencĂ© Ă mĂ»rir a converti son amidon en sucres et sa pectine s'est dĂ©jĂ partiellement dĂ©gradĂ©e â d'oĂč la perte de fermetĂ©. La gogonea verte, riche en pectine intacte, reste croquante des mois.
Les bocaux doivent ĂȘtre propres, lavĂ©s et bien rincĂ©s â mais surtout PAS stĂ©rilisĂ©s, contrairement Ă toutes les autres conserves de ce volume. Posez au fond une couronne d'aneth et de thym sĂ©chĂ©s, une laniĂšre de raifort, quatre Ă cinq morceaux de cĂ©leri et de carotte. Tassez ensuite les gogonele en serrant fort, en glissant au fur et Ă mesure l'ail, le piment et deux autres laniĂšres de raifort. Comblez chaque interstice avec les bĂątonnets de cĂ©leri et les rondelles de carotte : un bocal bien montĂ© n'a pas de vide. Terminez par une seconde couronne d'aneth, de thym et de raifort, plus une feuille verte de cĂ©leri. Les tiges dures d'aneth ont un rĂŽle mĂ©canique : elles font ressort et maintiennent tout le contenu sous le niveau.
Le pourquoiStériliser le bocal serait contre-productif : on veut ensemencer, pas assainir. La flore lactique arrive avec les légumes et les herbes, et c'est elle qui doit coloniser le milieu avant tout le monde.
Portez l'eau et le sel Ă Ă©bullition â 20 grammes de sel par litre d'eau mesurĂ©e, soit une bonne cuillerĂ©e Ă soupe â et laissez bouillir cinq minutes franches. Coupez le feu et attendez cinq minutes : la saumure doit ĂȘtre brĂ»lante mais avoir cessĂ© de bouillir. C'est un point d'Ă©quilibre prĂ©cis. Trop chaude, elle cuit les tomates et fait Ă©clater le verre ; trop froide, elle ne diffuse pas assez vite et la fermentation traĂźne. Si elle refroidit trop pendant que vous montez les bocaux, remettez-la simplement sur le feu. Contrairement au chou en tonneau, cette saumure-lĂ est bien bouillie : en petit volume, on privilĂ©gie un dĂ©part propre et rapide.
Le pourquoiL'Ă©bullition chasse l'oxygĂšne dissous, ce qui donne d'emblĂ©e aux lactobacilles anaĂ©robies l'avantage sur les levures. Le repos de cinq minutes ramĂšne sous 90 °C, en dessous du point oĂč la pectine des tomates se dĂ©grade franchement.
Posez les bocaux sur un plateau mĂ©tallique : le mĂ©tal encaisse et dissipe le choc thermique, sans lui le verre peut cĂ©der. Versez la saumure deux louches Ă la fois, attendez une minute que l'air emprisonnĂ© remonte entre les tomates, puis complĂ©tez. RĂ©pĂ©tez jusqu'Ă ce que chaque bocal soit plein Ă ras bord. Ne jetez surtout pas la saumure qui reste dans la casserole : gardez-la, vous en aurez besoin demain pour refaire les niveaux. Les bocaux vont boire pendant la nuit, c'est mĂ©canique â l'air qui restait entre les lĂ©gumes finit toujours par sortir.
Le pourquoiLe verre conduit mal la chaleur : un remplissage d'un seul trait crée un gradient brutal entre la paroi interne dilatée et la paroi externe froide, et la contrainte dépasse la résistance du verre.
Laissez les bocaux sur la table de la cuisine, ouverts, couvercles simplement posĂ©s Ă l'envers dessus sans visser. Pendant ces vingt-quatre heures, la fermentation dĂ©marre : une mousse se forme en surface, et il ne faut PAS l'enlever. C'est le moment le plus contre-intuitif de la recette â on a envie d'Ă©cumer, comme on Ă©cumerait une confiture, et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. La saumure va se troubler dans les premiers jours ; c'est le signe que ça marche. Elle se clarifiera toute seule au bout de deux ou trois semaines, sans qu'on intervienne.
Le pourquoiLa mousse est la biomasse lactique en pleine phase exponentielle, poussĂ©e en surface par le gaz carbonique. L'Ă©cumer revient Ă retirer une partie de l'inoculum au moment prĂ©cis oĂč il doit prendre le dessus sur la flore concurrente.
Vingt-quatre heures plus tard, ajoutez une cuillerĂ©e Ă soupe de vinaigre de table par bocal d'un litre â deux pour un trois litres â et complĂ©tez le niveau avec la saumure froide gardĂ©e de la veille. Ce dĂ©calage d'un jour est toute l'intelligence de la recette : la fermentation est lancĂ©e, le pH commence Ă descendre, et le vinaigre n'arrive plus en concurrent mais en renfort. Vissez maintenant les couvercles hermĂ©tiquement et descendez les bocaux au cellier. Si vous aviez versĂ© ce mĂȘme vinaigre hier, vous n'auriez pas fait des gogonele murate : vous auriez fait des tomates vertes marinĂ©es, ce qui est un tout autre bocal.
Le pourquoiLactobacillus plantarum travaille entre pH 6,5 et environ 3,5. Verser l'acide acĂ©tique d'emblĂ©e fait passer sous cette borne et arrĂȘte la culture avant qu'elle n'ait commencĂ© ; Ă J+1, le milieu est dĂ©jĂ colonisĂ© et l'apport ne fait que verrouiller.
Comptez quatre Ă six semaines avant d'ouvrir le premier bocal. Par temps doux, les bocaux peuvent siffler en libĂ©rant du gaz : ouvrez, laissez sortir, refermez, ce n'est pas une avarie. Si un voile blanc â la floare â se forme, faites bouillir une saumure neuve, videz l'ancienne, rincez les gogonele Ă l'eau froide, remettez-les et recouvrez Ă froid. Si la saumure devient filante, c'est la bÄlosire : il faut l'aĂ©rer, la verser dans un saladier et la reverser, exactement comme le pritocit du tonneau. Au terme, les gogonele sont fermes, acides juste ce qu'il faut, et les rondelles de carotte, les bĂątonnets de cĂ©leri et les gousses d'ail sont franchement meilleurs que les tomates.
Le pourquoiLe froid du cellier ralentit la fermentation sans l'arrĂȘter, ce qui laisse le temps aux arĂŽmes secondaires â esters, composĂ©s soufrĂ©s de l'ail et du raifort â de diffuser dans le fruit au lieu de rester en surface.
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Sourcer ou se taire
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