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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
Ni la chufa espagnole ni le riz mexicain — des graines de courge et de pastèque pilées au mortier, bouillies et bues brûlantes contre la fièvre, dans un pays qui boit pourtant tout le reste glacé
Le Diccionario de americanismos de l'ASALE enregistre « horchata » pour le Honduras, l'Espagne, le Nicaragua, le Costa Rica et le Panamá, avec une définition fondée sur le riz moulu, la cannelle et l'arachide — et le Paraguay n'y figure pas, alors que le même dictionnaire sait marquer Py, y compris en cuisine, comme le montre son entrée chipá.
La boisson paraguayenne ne partage aucun ingrédient avec cette définition : elle se fait de graines de cucurbitacées, courge, pastèque, melon.
Elle ne se boit pas glacée mais chaude, ce que la formule relevée dans la presse paraguayenne dit sans détour — « sí o sí se debe consumir como agua, nada de tereré » — et l'exclusion nommément prononcée du tereré, dans un pays où presque tout se boit froid, est le point qui emporte la décision.
Enfin son usage n'est pas le rafraîchissement mais la fièvre : la presse paraguayenne la documente dans les épisodes de dengue, zika et chikungunya de 2016 et 2018, par la voix des yuyeras des marchés.
Même mot, autre objet.
La seconde controverse est institutionnelle et tout aussi mesurable.
Le Manual de uso de hierbas medicinales del Paraguay, publié sous l'égide de l'UNESCO et de la Fundación Celestina Pérez de Almada, ne mentionne l'horchata sur aucune de ses soixante-treize pages, alors qu'il compte treize occurrences de semilla et dix de fiebre : la rubrique est pleine sur les trois plans exacts où la boisson devrait apparaître.
L'Institut national de l'alimentation et de la nutrition publie sur la chipa, le jopara, le tereré et le clericó, indexe trois des quatre graines prises isolément, et répond « no encontrado » sur horchata.
Le sommaire de Velilla de Aquino l'ignore.
Cinq références passent donc à côté d'un objet que la presse décrit, que la télévision nationale vante et que la grande distribution vend en sachet de trente grammes.
C'est une boisson vivante et non ratifiée.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rassembler les graines de courge, de pastèque et de melon, les débarrasser des fibres et des débris de pulpe, les rincer à l'eau claire puis les sécher sur un linge. Des graines encore humides de pulpe fermentent vite et donnent une amertume franche à l'infusion. Les sources paraguayennes distinguent bien le zapallo de la calabaza : on peut employer les deux, mais il faut savoir qu'on mêle deux ingrédients et non un seul. La cible est un lot de graines propres, sèches au toucher. Si elles restent collantes après rinçage, un second passage à l'eau tiède détache les derniers filaments.
Le pourquoiL'élimination des résidus de pulpe supprime les sucres fermentescibles responsables des amertumes et des faux goûts.
Piler les graines au mortier, par petites quantités, jusqu'à obtenir une pâte grossière et huileuse. C'est le geste que décrit la dépêche relayée par la presse paraguayenne, et il n'est pas anodin : le mortier ouvre les graines et libère leur huile sans les réduire en poudre, là où un mixeur emballe et pulvérise. On voit la matière passer de sèche à luisante et l'odeur de graine grillée monter. La cible est une pâte irrégulière où l'on distingue encore des fragments. Si l'on n'a pas de mortier, quelques impulsions brèves au robot valent mieux qu'un mixage continu.
Le pourquoiLe pilonnage rompt les téguments et libère les corps gras et les protéines des graines, qui donneront à l'infusion son aspect laiteux.
Verser la pâte de graines dans un demi-litre d'eau — c'est la seule mesure que porte réellement une source — puis porter à ébullition. Le passage par l'ébullition est ce qui distingue l'horchata paraguayenne des horchatas d'infusion à froid : c'est une décoction, pas une macération. On voit le liquide blanchir progressivement et prendre un aspect laiteux à mesure que les corps gras se dispersent. La cible est un liquide opaque, blanc cassé. Si la surface se couvre d'écume, l'écumer sans réduire le feu.
Le pourquoiL'ébullition émulsionne les corps gras libérés par le pilonnage dans la phase aqueuse, ce qui donne l'aspect laiteux caractéristique.
Baisser le feu et laisser frémir quelques minutes, puis retirer du feu et laisser reposer à couvert. Le repos permet aux particules les plus grossières de sédimenter, ce qui facilite nettement le filtrage. La boisson continue à s'épaissir légèrement en refroidissant, sans jamais prendre. La cible est un liquide où un dépôt s'est formé au fond et où la partie haute est plus claire. Si l'on est pressé, un filtrage immédiat reste possible mais laissera passer davantage de particules.
Le pourquoiLa sédimentation par gravité sépare les fragments de tégument de la phase émulsionnée que l'on veut conserver.
Passer la préparation au tamis fin ou à travers un linge propre, en pressant doucement pour extraire le liquide sans faire passer la matière solide. Sucrer ensuite à convenance : les sources indiquent que la boisson est sucrée mais aucune ne donne de dose. La cible est un liquide laiteux, homogène, sans grain sous la langue. S'il paraît trop épais, l'allonger d'un peu d'eau chaude plutôt que d'eau froide, pour ne pas casser la température de service.
Le pourquoiLa filtration retire les fragments de tégument tout en laissant passer l'émulsion de corps gras et de protéines qui porte le goût.
Servir immédiatement et brûlante, en tasses ou en verres épais. C'est le point le plus singulier de cette boisson et il faut le respecter : la source paraguayenne écrit qu'elle doit se boire comme l'eau et surtout pas en tereré, formule qui exclut nommément le registre froid. Dans un pays où le tereré glacé est un rituel national, une infusion bue chaude est une exception revendiquée. La cible est une boisson servie fumante. Si elle a refroidi, la réchauffer doucement sans la faire rebouillir, ce qui la ferait trancher.
Le pourquoiLa température de service maintient l'émulsion de corps gras en suspension, qui se fige et se sépare en refroidissant.
L'horchata paraguayenne ne se prend pas en une fois mais se boit au fil de la journée, à la place de l'eau. C'est ainsi que les yuyeras des marchés la prescrivent dans la presse paraguayenne lors des épisodes de dengue, de zika et de chikungunya, et c'est cet usage fébrifuge qui la sépare de toutes les autres horchatas. La cible est une consommation répartie, tiède à chaude. Il faut noter honnêtement que ce registre a glissé : la télévision nationale la présentait encore en 2024 comme un aliment nutritionnel, la fièvre ayant disparu du discours.
Le pourquoiUne consommation fractionnée et chaude correspond à l'usage documenté dans la presse paraguayenne des épisodes épidémiques de 2016 et 2018.
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Sourcer ou se taire
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