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Atlas Culinaire · Croatie · Europe
Du Teran tiĂ©di, du sucre, du poivre concassĂ© et un filet d'huile d'olive versĂ©s sur des tranches de pain grillĂ©es Ă l'Ăątre â et la bukaleta passe de main en main
Le mot vient du verbe « supati », tremper le pain dans un liquide, et le professeur de gastronomie Tihomir Horvat, cité par la HRT, énumÚre un canon sans ambiguïté : « les ingrédients principaux sont le vin rouge Teran, l'huile d'olive, le sucre et le poivre en grains concassé, avec du pain de maison grillé ajouté à la fin ».
C'est donc à la fois un aliment et une boisson, ce qui la range à part dans tout le répertoire croate.
Le second point est rituel et il est la raison mĂȘme du classement : la bukaleta, le pichet de terre cuite, PASSE DE MAIN EN MAIN autour de l'Ăątre â chacun boit une gorgĂ©e de vin puis mange une cuillerĂ©e de pain imbibĂ©, et celui qui ne boit pas embrasse le pichet ou fait semblant d'y tremper les lĂšvres plutĂŽt que de rompre la chaĂźne.
L'initiative du dossier est venue de Rovinjsko Selo, oĂč l'association Agrorovinj organise depuis 2014 un festival dĂ©diĂ© ; son prĂ©sident Kristijan DamijaniÄ rĂ©sume l'enjeu : « l'istarska supa n'est pas qu'une recette, elle reprĂ©sente le patrimoine, la tradition et la gastronomie de notre rĂ©gion ».
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Prendre du poivre noir en grains et le concasser grossiÚrement au mortier ou sous le plat d'un couteau lourd, sans jamais le réduire en poudre. Les éclats doivent rester assez gros pour se voir flotter dans le vin et croquer sous la dent avec le pain. Compter une cuillerée à café rase pour une bouteille : la supa doit piquer franchement, c'est sa marque de fabrique face à tous les vins chauds sucrés.
Le pourquoiLe concassage grossier libÚre la pipérine progressivement dans le vin chaud au lieu de la diffuser d'un coup, ce qui donne un piquant qui monte au fil des gorgées plutÎt qu'une agression initiale.
Trancher le pain de campagne rassis en tranches épaisses d'environ deux centimÚtres. Les griller à l'ùtre sur la braise, ou à défaut au four trÚs chaud ou au grille-pain poussé, jusqu'à ce que la croûte soit franchement colorée et presque brûlée aux angles. Ce goût de feu est l'ùme de la supa : c'est ce qui la sépare d'un simple vin chaud sucré, et les Istriens le poussent volontiers jusqu'à la limite.
Le pourquoiLa torréfaction de la croûte crée des composés de Maillard et de pyrolyse qui se dissolvent dans le vin chaud et lui apportent l'amertume grillée caractéristique du plat.
Verser le vin dans une casserole et le chauffer à feu doux jusqu'à ce qu'il soit chaud au toucher, autour de soixante degrés, sans jamais atteindre le frémissement. Un vin qui bout perd son fruit, s'aigrit et concentre l'alcool en vapeur ùcre. Le Teran, tannique et acidulé, doit rester reconnaissable : la supa n'est pas un vin cuit, c'est du vin tiédi, sucré et parfumé.
Le pourquoiAu-delà de 78 °C environ, l'éthanol s'évapore en emportant les esters aromatiques du vin, ce qui appauvrit irrémédiablement le fruit du Teran.
Verser le vin tiÚde dans la bukaleta de terre cuite, ajouter le sucre et remuer jusqu'à dissolution complÚte. Incorporer alors le poivre concassé et, si la maison le veut, une pincée de sel. Goûter : le sucre doit arrondir l'acidité du Teran sans le rendre doucereux, et le poivre doit se sentir dÚs la premiÚre gorgée. Ajuster maintenant, car on ne rectifie plus une fois le pain dedans.
Le pourquoiLe sucre dissous avant le pain se répartit uniformément dans le vin, alors qu'ajouté aprÚs il se fixerait sur la mie et donnerait des tranches sucrées dans un vin resté acide.
Faire couler l'huile d'olive extra-vierge istrienne en filet Ă la surface du vin, sans remuer ensuite. Elle doit rester en pellicule brillante sur le dessus : c'est ainsi qu'elle tempĂšre le poivre Ă chaque gorgĂ©e et, selon la tradition istrienne, qu'elle empĂȘche la boisson de monter trop vite Ă la tĂȘte. Une huile fruitĂ©e et lĂ©gĂšrement amĂšre, typique de l'Istrie, est ici parfaitement Ă sa place.
Le pourquoiL'huile insoluble forme un film continu qui ralentit l'évaporation des composés volatils et enrobe le palais, ce qui adoucit la perception du poivre et des tanins.
Casser ou couper les tranches de pain grillĂ© et les glisser dans la bukaleta, en les enfonçant doucement pour qu'elles s'imbibent sans se dĂ©faire. Laisser reposer deux Ă trois minutes : le pain doit boire le vin poivrĂ© tout en gardant sa mĂąche. Ne pas remuer â le pain doit rester en morceaux identifiables que l'on cueillera Ă la cuillĂšre, pas se transformer en panade.
Le pourquoiLe pain rassis grillé absorbe le liquide par capillarité dans sa croûte durcie, ce qui lui permet de s'imprégner sans que sa structure ne se dissolve, contrairement à une mie fraßche.
Poser la bukaleta au centre, autour de l'ùtre ou de la table, et la faire circuler de main en main : chacun boit une gorgée de vin, puis prend une cuillerée de pain imbibé au fond du pichet avant de passer au voisin. Celui qui ne boit pas embrasse le pichet ou fait mine d'y tremper les lÚvres plutÎt que de rompre la chaßne. C'est ce partage, autant que la recette, qui a valu à l'istarska supa son inscription patrimoniale.
Le pourquoiLe partage d'un contenant unique est la fonction sociale mĂȘme du plat, ce que le dossier de classement dĂ©crit comme un symbole de rassemblement autour du foyer istrien.
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