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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
Le bouillon d'Ćufs des convalescents, que les Paraguayens appellent sans dĂ©tour « la nourriture des malades »
EcuRed, s'appuyant sur l'ouvrage Cultura GuaranĂ de Dionisio GonzĂĄlez Torres, rappelle que le terme guarani nomme un bouillon lĂ©ger prĂ©parĂ© avec peu d'ingrĂ©dients et beaucoup d'eau, et que les peuples prĂ©colombiens en prĂ©paraient bien avant l'arrivĂ©e des Espagnols â la variante ancienne citĂ©e est le pira jukysy, un bouillon de poisson.
Le jukysy qu'on sert aujourd'hui, lui, est un caldo d'Ćufs au lait, au fromage Paraguay et Ă l'oignon, c'est-Ă -dire une prĂ©paration qui suppose des poules, du lait et un fromage de type colonial : rien qui puisse ĂȘtre prĂ©colombien.
Le sommaire de Tembi'u Paraguai de Velilla de Aquino confirme le glissement : le titre autonome « jukysy » n'y figure pas, et le mot n'apparaßt qu'en note guarani sous « caldo de arroz », sous la forme arroz iukysy.
Le nom a donc survécu à son contenu.
Recetas Paraguay assume la seconde friction en écrivant que ce caldo « también se llama comida para enfermos », ce qui en fait un plat de diÚte assumé plutÎt qu'un plat de table, position que la publication d'ABC Color de juillet 2024 reprend en le présentant comme le remÚde domestique contre la grippe.
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Peler l'oignon et le tailler en dĂ©s les plus fins possible, ou en fines lamelles selon l'habitude de la maison. La finesse compte davantage ici que dans un ragoĂ»t : le jukysy cuit un quart d'heure en tout, et un dĂ© Ă©pais restera croquant dans un bouillon qui doit ĂȘtre entiĂšrement fondant. L'oignon doit ĂȘtre ferme et sans germe, un oignon dĂ©jĂ tendre rendant trop d'eau. RĂ©server dans un bol, prĂȘt Ă ĂȘtre jetĂ© dans l'huile â un oignon coupĂ© longtemps Ă l'avance s'oxyde et prend une amertume sulfurĂ©e qui ressortirait dans un bouillon aussi peu assaisonnĂ©.
Le pourquoiLa surface d'échange augmente quand les dés diminuent, ce qui permet à l'oignon de fondre entiÚrement dans le temps trÚs court de cuisson du plat.
Chauffer la cuillerĂ©e d'huile dans une casserole Ă fond Ă©pais, y jeter l'oignon et la pincĂ©e de sel, et remuer Ă feu doux jusqu'Ă transparence complĂšte. Le sel ajoutĂ© dĂšs le dĂ©part fait rendre l'eau Ă l'oignon et l'empĂȘche de colorer, ce qui est prĂ©cisĂ©ment le but : on cherche un oignon fondu et translucide, pas dorĂ©. L'odeur doit devenir douce et sucrĂ©e, sans aucune note grillĂ©e. Compter trois Ă quatre minutes Ă feu modĂ©rĂ©. Si des points bruns apparaissent, baisser immĂ©diatement et ajouter une cuillerĂ©e d'eau pour arrĂȘter la coloration.
Le pourquoiLe sel provoque une sortie d'eau par osmose, et cette eau maintient la surface de l'oignon sous les cent degrés, température en dessous de laquelle la caramélisation ne démarre pas.
Verser l'eau chaude sur l'oignon, puis le lait chaud, et porter l'ensemble à la limite du frémissement. Les deux liquides sont chauffés séparément à l'avance parce qu'un liquide froid versé sur l'oignon casse la cuisson et allonge inutilement le temps de chauffe, pendant lequel le lait risque d'attacher. La surface doit se couvrir de petites bulles éparses sans jamais rouler à gros bouillons. Le mélange prend une teinte ivoire et un parfum d'oignon doux. Surveiller de prÚs : un lait qui monte déborde en quelques secondes et brûle au fond.
Le pourquoiLes protéines du lait coagulent et adhÚrent au métal dÚs que le fond dépasse la température d'ébullition, ce qui donne le goût de brûlé caractéristique des bouillons lactés ratés.
Casser les quatre Ćufs dans un bol et les battre lĂ©gĂšrement Ă la fourchette, juste assez pour mĂȘler jaunes et blancs sans les faire mousser. Les verser ensuite en filet lent au-dessus du bouillon frĂ©missant, en remuant doucement d'un mouvement circulaire. Les Ćufs doivent se prendre en longs filaments souples, comme dans une stracciatella, et non en blocs. Le filet doit ĂȘtre fin et continu : versĂ©s d'un coup, les Ćufs forment une omelette compacte que rien ne rattrape. Compter cinq minutes de cuisson Ă partir du dernier filet versĂ©.
Le pourquoiLes protĂ©ines de l'Ćuf coagulent entre 62 et 70 °C ; un versement lent laisse chaque goutte se prendre sĂ©parĂ©ment au lieu de former un caillot unique.
GoĂ»ter le bouillon une fois les Ćufs pris et ajuster le sel avec parcimonie, en gardant Ă l'esprit que le fromage Paraguay qui viendra ensuite est dĂ©jĂ salĂ©. Poivrer lĂ©gĂšrement. Le jukysy doit rester en dessous du seuil oĂč l'on remarque l'assaisonnement : c'est un plat construit pour un palais fatiguĂ©, et le sous-saler est une erreur moins grave que le sur-saler. La consistance visĂ©e est celle d'un bouillon qui nappe Ă peine la cuillĂšre. Si le mĂ©lange a trop rĂ©duit, allonger d'un peu d'eau chaude plutĂŽt que de lait, pour ne pas alourdir.
Le pourquoiLa perception salĂ©e diminue quand la tempĂ©rature baisse ; un bouillon parfaitement salĂ© brĂ»lant paraĂźtra fade tiĂšde, d'oĂč l'intĂ©rĂȘt d'assaisonner juste avant de servir.
RĂ©partir le queso Paraguay Ă©miettĂ© Ă la main directement au fond des bols de service, sans jamais le passer par la casserole. Ce fromage frais trĂšs peu affinĂ© rend son eau et devient caoutchouteux dĂšs qu'il bout, alors qu'il fond en filaments souples au contact d'un liquide simplement chaud. Ămietter grossiĂšrement, en morceaux de la taille d'un ongle, plutĂŽt que de rĂąper : les gros Ă©clats restent fondants au cĆur. Compter environ vingt-cinq grammes par bol. Ă dĂ©faut, une mozzarella trĂšs fraĂźche donne le rĂ©sultat le plus proche.
Le pourquoiLes fromages frais non affinés ont un réseau protéique peu structuré qui se rétracte brutalement à l'ébullition, expulsant l'eau et le gras qu'il retenait.
Verser le jukysy brĂ»lant sur le fromage, parsemer de persil hachĂ© et de ciboulette ciselĂ©e, et porter Ă table immĂ©diatement. Le fromage doit commencer Ă filer au contact du liquide au moment oĂč le bol arrive devant le convive : c'est ce moment prĂ©cis qui fait tout l'intĂ©rĂȘt du plat. Le jukysy ne se rĂ©chauffe pas, les Ćufs durcissant et le lait tranchant Ă la seconde chauffe. Il ne se garde pas non plus : c'est une prĂ©paration de quinze minutes, faite pour ĂȘtre mangĂ©e dans la foulĂ©e. Si un convive tarde, prĂ©parer son bol sĂ©parĂ©ment plutĂŽt que de tenir la casserole au chaud.
Le pourquoiUn second passage au feu porte les Ćufs dĂ©jĂ coagulĂ©s au-delĂ du point oĂč ils expulsent leur eau, ce qui donne une texture granuleuse irrĂ©versible.
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Sourcer ou se taire
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