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Atlas Culinaire · Vanuatu · Océanie
Le plat-emblème ni-Vanuatu — tubercules crus râpés fin, liés au lait de coco pressé, cuits en papillote de feuilles de bananier au four de pierres
Il n'existe pas UNE recette de lap-lap, mais presque autant qu'il y a d'îles dans l'archipel. Le Vanuatu, c'est près de quatre-vingts îles et l'une des plus fortes densités linguistiques du monde — une centaine de langues vivantes — et chaque communauté râpe, assaisonne et enfouit son lap-lap à sa façon. Le principe, lui, ne bouge pas : des tubercules crus (taro, igname, manioc doux) ou de la banane verte, parfois du fruit à pain, râpés très finement jusqu'à une pâte dense, liés au lait tiré de la noix de coco fraîche, puis enfermés dans des feuilles de bananier et cuits lentement à l'étouffée dans l'umu, le four de pierres volcaniques enterré. C'est le geste fondateur de la cuisine mélanésienne : rien d'importé, tout du jardin et de la brousse.
Faut-il un seul tubercule ou un mélange ? Certains tiennent le lap-lap d'igname ou de taro pur, sans manioc ni banane ; le quotidien, lui, mélange volontiers ce que donne le jardin.
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Pelez le taro, l'igname, le manioc et la banane verte. Râpez TRÈS finement chaque tubercule (râpe fine type microplane) au-dessus d'un grand saladier — portez des gants pour le taro. Mélangez les pâtes à la main sans les compacter : la texture doit rester granuleuse, jamais lisse.
Le pourquoiLa finesse de la râpe fait tout : c'est elle qui donne au lap-lap sa texture dense et fondante, à mi-chemin entre la polenta et le flan. Un tubercule râpé grossièrement reste farineux et se délite à la cuisson.
Cassez les noix de coco, récupérez la chair blanche et râpez-la fin. Versez la chair dans un linge propre, ajoutez 200 ml d'eau tiède et pressez fermement au-dessus d'un bol : c'est la première pression, épaisse. Recommencez avec 200 ml d'eau pour la deuxième pression, plus légère. Réunissez les deux et salez généreusement.
Le pourquoiLe lait pressé de la coco fraîche porte une matière grasse parfumée que le lait en brique n'a pas ; c'est lui qui enrobe chaque grain de tubercule et donne au plat son moelleux.
Versez le lait de coco salé sur la pâte de tubercules. Mélangez longuement à la main jusqu'à une masse homogène, épaisse mais souple, de la consistance d'une polenta humide. Goûtez : elle doit paraître un peu plus salée que confortable.
Le pourquoiLa cuisson longue et la vapeur diluent le sel : une pâte assaisonnée « juste » à cru ressort fade. On sale donc en visant l'après-cuisson, pas l'instant.
Pour le poulet ou le porc : faites-les colorer 5 min à la poêle à sec avec l'oignon émincé. Pour le poisson : laissez-le cru, juste salé. Réservez.
Le pourquoiUne viande crue lâche son eau dans la papillote et détrempe la pâte. La saisir la ferme et concentre son jus, qui parfumera ensuite le lap-lap de l'intérieur.
Passez les feuilles de bananier 5 secondes au-dessus d'une flamme pour les assouplir. Étalez-en trois en croix. Déposez au centre la moitié de la pâte sur 2 cm d'épaisseur, posez la viande, couvrez du reste de pâte. Repliez en papillote serrée, liez au raphia, puis doublez de papier aluminium pour la cuisson au four.
Le pourquoiChauffée, la feuille de bananier passe du cassant au souple et libère un parfum végétal, légèrement thé-vanille, qui infuse la pâte : c'est un ingrédient à part entière, pas un simple emballage.
AU FOUR : posez la papillote sur une plaque garnie de galets et cuisez 2 h 30 à 160 °C, en aspergeant les galets d'eau toutes les 45 min pour entretenir la vapeur. À L'UMU : faites rougir 30 à 40 pierres volcaniques dans un feu, retirez les braises, posez les papillotes sur les pierres, couvrez de feuilles vertes, de toile de jute mouillée puis de terre, et laissez 3 h.
Le pourquoiLa chaleur douce et humide des pierres cuit la pâte de part en part sans la brûler : les tubercules gélifient lentement et le plat prend sa texture dense de « gâteau » salé. C'est la lenteur qui fait le lap-lap.
Sortez la papillote et laissez-la reposer 15 min. Les arômes se redistribuent et la pâte se raffermit. Ouvrez au dernier moment, à table.
Le pourquoiAu sortir du four la pâte est brûlante et fragile ; ce quart d'heure de repos la laisse se resserrer, ce qui permet de la découper net au lieu de l'écraser.
Sur la feuille ouverte, découpez la pâte en grosses parts carrées au couteau humide. Servez chaque part avec un morceau de viande, arrosée du jus coco-tubercule du fond de la papillote. Accompagnez d'un chou local (island cabbage) sauté à l'huile de coco.
Le pourquoiLe jus tombé au fond concentre le meilleur du plat, coco et sucs de tubercule : le rendre à la part, c'est lui rendre son moelleux et son goût.
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Le simboro est l'autre grand plat ni-Vanuatu du même monde : mêmes tubercules râpés et même lait de coco, mais roulés en petits paquets plutôt que cuits en une grande masse. Deux façons d'habiller la même trilogie tubercule-coco-feuille.
Voir la recette →CousineLe tuluk partage l'ADN du lap-lap — manioc râpé, feuille de bananier, cuisson à l'étouffée — mais se fait en portions farcies de viande, plus proches d'un chausson que du grand gâteau salé communautaire.
Voir la recette →CousineLe mumu de Papouasie-Nouvelle-Guinée est le cousin mélanésien par la méthode : tubercules, viande et légumes enfouis dans le même four de pierres enterré. Le lap-lap râpe et lie sa pâte, le mumu cuit les aliments entiers.
Voir la recette →Le hāngī maori est le grand parent du four de pierres enterré côté polynésien : mêmes pierres chauffées, même vapeur lente sous la terre. Le principe de cuisson relie le lap-lap à toute la ceinture umu du Pacifique.
Pas encore dans l'AtlasLe palusami polynésien partage la signature coco-feuille : une farce au lait de coco enveloppée dans des feuilles (souvent de taro) et cuite à l'étouffée. Cousin de four commun à tout le Pacifique.
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