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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Citrons confits au sel, curcuma et piment : le bocal jaune d'or qui rĂ©veille le riz et les grillades, du Nord de la Grande Ăle aux tables de la diaspora
Sur les tables malgaches, entre la marmite de riz et le laoka du jour, un petit bocal jaune d'or attend son heure. Ă l'intĂ©rieur, des lamelles de citron confites au sel, teintĂ©es de curcuma, piquĂ©es de piment, d'ail et d'oignon : c'est le lasary citron, que l'on appelle aussi antsiary, antsiary tsioha ou antsary selon les rĂ©gions et les familles. Chacun a son nom pour lui, chacun a sa recette, mais le geste est partout le mĂȘme : faire du citron entier, peau comprise, un condiment qui dure des mois.
Deux écoles se disputent le bocal.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Lavez et brossez soigneusement les citrons non traités sous l'eau chaude. Coupez-les en rondelles fines de 5 mm avec la peau, retirez les pépins, puis recoupez chaque rondelle en quartiers.
Le pourquoiLa peau est la matiĂšre mĂȘme du condiment : taillĂ©e fine, elle confit plus vite, libĂšre ses huiles essentielles et perd son amertume au fil de la macĂ©ration.
Rùpez finement le gingembre, émincez l'oignon (et une échalote si vous en avez), écrasez l'ail, hachez le piment. Réservez chaque aromatique dans un bol séparé.
Le pourquoiTaillés fin, les aromatiques se répartissent entre les couches de citron et lùchent leurs sucs dans la saumure au lieu de rester crus et entiers.
Dans un bocal en verre Ă©bouillantĂ© et parfaitement sec, alternez couches de citrons et couches de sel mĂȘlĂ© de curcuma. Glissez gingembre, ail et piment entre chaque Ă©tage. Tassez lĂ©gĂšrement.
Le pourquoiLe sel en contact direct tire l'eau des citrons par osmose et fabrique la saumure qui les protégera ; le curcuma teinte et parfume chaque étage.
Couvrez le bocal d'un linge propre ou d'un couvercle simplement posé, sans le visser. Laissez 24 heures à température ambiante : le sel attire le jus des citrons et le curcuma commence à tout colorer.
Le pourquoiCette premiÚre journée à l'air libre laisse les citrons rendre leur jus librement : la saumure monte et commence à couvrir les fruits.
Versez environ 100 ml d'huile en surface pour former une couche protectrice. Couvrez, puis laissez macérer plusieurs semaines dans un endroit sec et tempéré, en sortant le bocal au soleil aussi souvent que possible : au pays, on compte de deux à quatre semaines selon le climat.
Le pourquoiLa chaleur douce du soleil accélÚre l'échange entre sel et jus et attendrit la peau, pendant que l'huile fait barriÚre contre l'air et l'oxydation.
ALTERNATIVE express : plongez les rondelles de citron 3 minutes dans l'eau bouillante, égouttez, puis refroidissez-les aussitÎt sous l'eau froide. Réservez.
Le pourquoiLe blanchiment attendrit la peau et dégorge une partie de l'amertume en trois minutes au lieu de trois semaines : c'est le raccourci des achards cuits, dans l'esprit réunionnais.
Dans une poĂȘle, chauffez l'huile Ă feu moyen. Faites suer l'oignon 4 minutes, puis ajoutez ail, gingembre, piment, curcuma et moutarde. Cuisez 2 minutes sans coloration.
Le pourquoiL'huile tiÚde devient le véhicule des arÎmes : le curcuma cuit perd son goût de poudre crue et le piment infuse toute la matiÚre grasse.
Hors du feu, ajoutez les citrons Ă©gouttĂ©s dans la poĂȘle. Salez, versez le vinaigre, mĂ©langez doucement. Mettez en bocal et couvrez d'une couche d'huile en surface.
Le pourquoiHors du feu, le citron garde son mordant au lieu de compoter ; la couche d'huile en surface protĂšge le condiment de l'air et du noircissement.
Placez un petit bol de lasary au centre de la table, à cÎté d'un romazava, d'un poisson grillé, de brochettes masikita ou simplement du riz blanc. Chacun se sert d'une petite cuillÚre par portion.
Le pourquoiUne cuillÚre suffit : l'acidité salée du citron confit tranche le gras du laoka et réveille le riz, c'est tout son rÎle dans le vary sy laoka.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le cousin rĂ©unionnais de la famille : lĂ©gumes croquants revenus dans l'huile au curcuma, la mĂ©thode cuite et rapide dont s'inspire justement la version express du lasary citron. Madagascar et La RĂ©union se partagent le mĂȘme vocabulaire du condiment, lasary d'un cĂŽtĂ©, achard de l'autre.
Voir la recette âVarianteL'autre citron confit mauricien : limons entiers confits au sel, patience et soleil, comme l'antsiary du Nord malgache. MĂȘme principe de conservation par le sel, mĂȘme rĂŽle Ă table de condiment qui tranche et rĂ©veille.
Voir la recette âVarianteLe mĂȘme geste exactement, de l'autre cĂŽtĂ© du canal : agrumes confits au sel et aux Ă©pices, macĂ©rĂ©s au soleil, servis en condiment sur le riz et les caris. La version mauricienne travaille le limon (citron vert) lĂ oĂč le lasary malgache prend le citron jaune, mais les deux descendent de la mĂȘme famille de l'achar de l'ocĂ©an Indien.
Voir la recette âCousineAutre visage du lasary malgache, cĂŽtĂ© conserve cette fois : le citron confit-marinĂ© d'inspiration indienne, plus proche des achards des cĂŽtes. Les deux se partagent la mĂȘme place Ă table, en condiment oĂč chacun puise pour relever le vary sy laoka.
Voir la recette âVarianteL'autre visage du mĂȘme mot : sur les cĂŽtes et en ville, lasary dĂ©signe les citrons et mangues confits, bien plus proches de l'achard indien originel que la salade-condiment de lĂ©gumes frais des Hautes-Terres.
Voir la recette âL'ancĂȘtre probable de toute la famille : le pickle de citron indien, confit au sel et aux Ă©pices puis mĂ»ri au soleil, a voyagĂ© avec les Ă©changes marchands de l'ocĂ©an Indien. Le mot mĂȘme d'achard vient de l'achar indo-persan, et le lasary citron malgache en est l'un des hĂ©ritiers insulaires.
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