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Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
On les appelle aussi puerquitas, et le nom dit tout : une boule de plåtano vert bourrée de chicharrón, dorée deux fois
En Ăquateur c'est le bolĂłn, Ă Cuba le fufĂș de plĂĄtano, et ailleurs en Colombie on dit puerquita : partout, le principe est le mĂȘme â du plĂĄtano vert cuit puis Ă©crasĂ© et reformĂ© en boule.
C'est un plat de mĂ©tissage, oĂč la banane plantain d'origine africaine rencontre la friture espagnole et le porc de la VallĂ©e.
Le point tranché est technique et il distingue la marranita de tous ses cousins : elle se frit DEUX fois.
Le plĂĄtano vert est d'abord frit Ă basse tempĂ©rature jusqu'Ă ce qu'il soit cuit sans colorer, puis Ă©crasĂ©, farci de chicharrĂłn, reformĂ© en boule et replongĂ© dans l'huile chaude â le fufĂș cubain, lui, est bouilli, et le bolĂłn Ă©quatorien passe souvent directement Ă la poĂȘle.
DeuxiĂšme point, qui la sĂ©pare d'une recette voisine dĂ©jĂ bien identifiĂ©e du mĂȘme pays : la bala de plĂĄtano du ChocĂł est BOUILLIE et Ă©crasĂ©e au pilon, sans friture et sans chicharrĂłn â ce sont deux prĂ©parations distinctes malgrĂ© une matiĂšre premiĂšre identique.
TroisiĂšme point, et il tranche l'autre confusion valluna : l'aborrajado se fait avec du plĂĄtano MĂR et du fromage, dans une pĂąte Ă frire ; la marranita se fait avec du plĂĄtano VERT et du chicharrĂłn, sans pĂąte.
Confondre les deux, c'est confondre le sucré et le salé.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Fendre la peau des plåtanos sur toute la longueur avec la pointe d'un couteau, puis la décoller à la main sans entamer la chair. Couper chaque plåtano en tronçons de quatre à cinq centimÚtres. La cible est un tronçon régulier, blanc-ivoire, ferme. Un plåtano vert tache les mains et le couteau d'une sÚve noire : s'huiler légÚrement les doigts avant de commencer suffit à l'éviter.
Le pourquoiLe latex du plåtano vert contient des composés phénoliques qui s'oxydent à l'air et forment des pigments bruns adhérents.
Chauffer l'huile Ă 150 °C et y plonger les tronçons douze Ă quinze minutes. Ils doivent cuire Ă cĆur sans prendre couleur : ils restent pĂąles et deviennent tendres. La cible est un tronçon que la pointe d'un couteau traverse sans rĂ©sistance. S'il rĂ©siste encore, prolonger par tranches de trois minutes. Un plĂĄtano insuffisamment cuit se brise en Ă©clats Ă l'Ă©crasement au lieu de former une pĂąte.
Le pourquoiLa friture Ă basse tempĂ©rature gĂ©latinise l'amidon Ă cĆur par la chaleur de l'huile sans dĂ©clencher le brunissement de surface, qui rendrait la chair rigide.
Ăgoutter les tronçons et les Ă©craser encore brĂ»lants entre deux feuilles de papier cuisson, au pilon ou au fond d'une casserole, jusqu'Ă obtenir une pĂąte grossiĂšre. Saler. La cible est une masse mallĂ©able, encore chaude, qui se rassemble en boule. Refroidie, elle durcit et s'effrite : si cela arrive, la passer trente secondes au micro-ondes ou la remettre au contact d'un tronçon chaud pour la ramollir.
Le pourquoiL'amidon gélatinisé reste plastique tant qu'il est chaud ; en refroidissant, il rétrograde et la pùte se comporte comme un solide cassant.
Mélanger le chicharrón concassé avec la cebolla larga ciselée, le cumin et le poivre. Prélever une portion de pùte de plåtano de la taille d'une balle de golf, la creuser en coupelle dans la paume, y déposer une cuillerée de farce, refermer soigneusement et rouler en boule bien lisse. La cible est une boule parfaitement close, sans fissure et sans chicharrón apparent. Une boule mal fermée éclate dans le second bain et projette de l'huile.
Le pourquoiLa vapeur produite par la farce à 180 °C cherche une sortie ; une paroi continue la retient et fait gonfler la boule au lieu de la faire éclater.
Monter l'huile à 180 °C et y plonger les marranitas quatre à cinq par fournée, trois à quatre minutes, en les retournant, jusqu'à ce qu'elles soient bien dorées et croustillantes. La cible est une boule d'un brun doré uniforme, qui crépite sourdement. Les égoutter sur grille et saler immédiatement. Ne pas surcharger le bain : la température chute et les marranitas s'imbibent d'huile au lieu de croustiller.
Le pourquoiĂ 180 °C, l'eau de surface se vaporise instantanĂ©ment et crĂ©e une contre-pression qui empĂȘche l'huile de pĂ©nĂ©trer, ce qui donne une croĂ»te sĂšche et non grasse.
Ăgoutter les marranitas sur une grille, jamais sur du papier absorbant posĂ© Ă plat, et les saler dans la seconde qui suit. La cible est une boule croustillante partout, y compris dessous. Le papier retient la vapeur qui s'Ă©chappe par le bas et dĂ©trempe la face infĂ©rieure en deux minutes â c'est le geste qui distingue une marranita de fritanga d'une marranita domestique ratĂ©e.
Le pourquoiLe sel adhÚre aux surfaces grasses chaudes par capillarité ; sur une croûte refroidie et ressuyée, il n'a plus rien pour se fixer.
Servir immĂ©diatement, avec le hogao et l'ajĂ dans des bols sĂ©parĂ©s et des quartiers de citron. La cible est une croĂ»te qui craque sur un cĆur moelleux et une farce de chicharrĂłn encore croustillante. Les marranitas ne se conservent pas et ne se rĂ©chauffent pas correctement : elles se mangent dans le quart d'heure. C'est une fritanga de rue et de fin de semaine, pas un plat qu'on prĂ©pare Ă l'avance.
Le pourquoiLa croûte croustillante est une structure déshydratée : tout apport d'humidité la réhydrate de façon irréversible.
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Sourcer ou se taire
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