Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Colombie · Amériques
Chuguas, nabos, fèves, blette et quatre viandes dans une seule marmite, liés au maïs moulu gros — elle porte le nom de la taille de son maïs, pas de sa portion
La mazamorra chiquita s'appelle ainsi à cause de la taille du maïs moulu, dont on distingue les petits fragments épais dans chaque cuillerée.
Ce n'est pas une petite soupe : c'est l'un des plats les plus copieux de Colombie.
Deuxième point, et il sépare deux régions : la mazamorra ANTIOQUIEÑA est une boisson-dessert de maïs au lait et à la panela (documentée par ailleurs dans cet atlas), tandis que la mazamorra chiquita BOYACENSE est un bouillon salé de viandes et de tubercules.
Le même mot, deux plats sans aucun rapport.
Troisième point, le plus intéressant : l'inventaire du Ministerio de Cultura en donne une composition qui est une carte de l'agriculture andine précolombienne — « différents tubercules (CHUGUAS, papas, NABOS), fèves, carotte, petits pois, tiges de blette, différentes viandes (porc, côte de bœuf, mondongo, murillo et poulet) et maïs ; cette soupe s'épaissit au maïs PORVA » (Sánchez & Sánchez, « Paseo de Olla », MinCultura, 2012, p.
187).
La chugua — ou ulluco — et le nabo sont des tubercules andins que le reste de la Colombie a largement abandonnés, et le maíz porva est une variété locale.
Quatrième point, quantitatif : quatre à cinq viandes différentes dans une même marmite.
C'est un plat de communauté rurale, conçu pour nourrir beaucoup de monde avec ce que chacun apporte, et le cuisiner pour quatre personnes n'a guère de sens.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Retourner les tripes, les frotter longuement au gros sel et au citron vert, rincer, et répéter jusqu'à ce que l'eau reste parfaitement claire. Les blanchir dix minutes à l'eau vinaigrée, jeter cette eau, puis les cuire à part deux heures à frémissement jusqu'à ce qu'elles se coupent à la fourchette. Couper en carrés. La cible est un mondongo tendre et sans odeur, prêt à rejoindre la marmite. C'est la seule viande qui demande une cuisson séparée : les autres cuiront ensemble.
Le pourquoiLe collagène très réticulé des tripes exige plusieurs heures au-dessus de 80 °C pour se convertir en gélatine — bien davantage que les viandes musculaires du plat.
Mettre la côte de bœuf, le murillo et le porc dans une très grande marmite avec l'eau froide, la cebolla larga, l'ail et une branche de cilantro. Porter à frémissement et cuire une heure et quart à couvert partiel, en écumant. Ne pas saler. La cible est un bouillon doré et gélatineux — le murillo est la clé, c'est lui qui donne le corps. Le bouillon doit coller légèrement aux lèvres quand on le goûte : c'est le signe que la gélatine est extraite.
Le pourquoiLe jarret de bœuf est l'un des morceaux les plus riches en collagène : sa conversion en gélatine pendant une cuisson longue est ce qui donne à la mazamorra son corps caractéristique.
Ajouter la moitié du maïs porva moulu gros au bouillon en pluie, en remuant au fouet. Cuire quarante-cinq minutes à feu doux, en remuant toutes les cinq minutes et en RACLANT le fond. Le maïs gonfle et le bouillon commence à épaissir. La cible est un bouillon qui a pris du corps sans être épais, où le maïs est tendre. À partir de cet ajout, la marmite ne se laisse plus seule : le maïs moulu sédimente et brûle au fond en quelques secondes d'inattention.
Le pourquoiLes granules d'amidon libérés sédimentent au fond et gélatinisent au contact direct du métal, formant une couche isolante qui surchauffe et caramélise jusqu'à brûler.
Ajouter d'abord les fèves et les nabos, quinze minutes. Puis les papas sabaneras et la carotte, quinze minutes. Puis les chuguas, les petits pois et les tronçons de mazorca, dix minutes. Enfin le poulet et le mondongo précuit, quinze minutes. Chaque ingrédient a son temps, et l'ordre n'est pas négociable : la chugua devient caoutchouteuse si on la cuit une heure, la fève reste dure si on l'ajoute en dernier. La cible est une marmite où chaque composant est à son point exact.
Le pourquoiChaque ingrédient a une cinétique de ramollissement propre, liée à sa teneur en pectine, en amidon et en collagène : les ajouter simultanément revient à choisir de rater tout sauf un.
Ajouter la seconde moitié du maïs porva et les tiges de blette émincées, et cuire trente minutes de plus à feu très doux, en remuant et raclant régulièrement. Ce second apport ne se dissout pas complètement : il reste en grains épais, visibles et perceptibles sous la dent — c'est précisément ce qui donne son nom au plat. La cible est une soupe épaisse où l'on distingue les fragments de maïs dans chaque cuillerée. Si elle devient trop épaisse, allonger à l'eau CHAUDE.
Le pourquoiUn ajout tardif laisse aux granules d'amidon moins de temps pour se déliter complètement : ils gonflent et gélatinisent en surface tout en gardant un cœur structuré, d'où le grain.
Vérifier que les tiges de blette ont gardé du croquant — elles ont été ajoutées avec le second maïs et ne doivent pas cuire plus de trente minutes. Saler, poivrer, ajouter le cilantro ciselé hors du feu. La cible est une soupe très épaisse, brun-beige, où l'on distingue les cinq viandes, les tubercules entiers, les fèves et le grain de maïs. Le sel se juge maintenant : trois heures de réduction et cinq viandes ont considérablement concentré le bouillon.
Le pourquoiLes tiges de blette sont riches en fibres structurantes qui résistent à la cuisson, à la différence des limbes foliaires, très riches en eau et qui se délitent en quelques minutes.
Servir dans de grandes assiettes creuses, avec un morceau de chaque viande, des tubercules entiers et un tronçon de mazorca. Poser sur la table de l'ají et des arepas boyacenses, l'accompagnement documenté. La mazamorra chiquita est un plat de communauté rurale : elle se fait en grande quantité, elle nourrit longtemps, et elle est indissociable de l'identité du département, région historique dite « terre de la liberté » pour son rôle dans l'indépendance colombienne. Elle se conserve trois jours au frais et s'améliore le lendemain — la rallonger à l'eau chaude au réchauffage.
Le pourquoiLe repos au froid permet à la gélatine de se répartir uniformément et aux granules d'amidon de finir d'absorber le bouillon, ce qui homogénéise la texture.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.