Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le plat le plus mal compris de Chine : ni bouse ni provocation, mais un bouillon vert-de-gris tiré des herbes que le bœuf n'a pas fini de digérer — amer, herbacé, et tenu pour le plat d'honneur des Miao et des Dong
Le premier porte sur la matière : ce que l'on prélève n'est pas de la déjection, c'est le contenu végétal encore en cours de digestion dans la panse et le début de l'intestin, dont on presse le suc avant de le filtrer et de le cuire longuement.
Le nom local, 百草汤, le bouillon des cent herbes, dit exactement ce qu'il est.
Le deuxième malentendu porte sur l'ancienneté, et il se règle par les textes.
La télévision provinciale a réuni les trois attestations qui font l'histoire du plat : sous les Tang, le 岭表录异 de Liu Xun décrit au Rongnan un mets appelé 圣齑, tiré du fourrage digéré et assaisonné de sel, de laitage, de gingembre et de cannelle pour aider la digestion ; sous les Cinq Dynasties, le 玉堂闲话 de Wang Renyu rapporte qu'au 南州 le gouverneur, recevant Liu Yin, fit apprêter un veau et « prit d'abord la matière fine du côlon du veau, la disposa sur le plateau du banquet et la mêla au vinaigre avec des baguettes » — le même 圣齑 ; sous les Song enfin, le 溪蛮丛笑 de Zhu Fu note que « les entrailles de bœuf et de mouton, sommairement lavées, font un potage servi aux hôtes, dont l'odeur est insoutenable et qu'on mange avec grand plaisir ».
Le caractère 摆 employé par Zhu Fu est rattaché à 瘪 par glissement phonétique.
Le plat a donc plus de mille ans d'attestation écrite, ce qui est rare.
Troisième point, le statut patrimonial : les articles répètent qu'il est « entré au patrimoine immatériel » sans jamais dire à quel niveau.
La vérification a été faite en énumérant un par un les 4234 projets du registre national — le 牛瘪 n'y figure pas.
Le registre provincial du Guizhou, lui, n'a pas pu être ouvert : son portail ne répond ni en https, ni en https non vérifié, ni en http.
Rien ne sera donc affirmé.
Dernier point, sanitaire celui-là : le suc est bouilli puis longuement mijoté, ce n'est jamais une préparation crue, et le prélèvement se fait sur une bête abattue le jour même.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Sur une bête abattue le jour même, ouvrir la panse et le début de l'intestin et en recueillir le contenu végétal encore vert, non digéré. Le presser fermement à travers un linge serré pour en extraire le suc, et jeter la matière fibreuse résiduelle. Le liquide obtenu est trouble, vert sombre, et sent l'herbe humide. C'est cette pression, et non un simple rinçage, qui sépare le jus utilisable des fibres : sauter l'étape donne un bouillon terreux et impossible à clarifier.
Le pourquoiLe suc porte les composés solubles issus de la fermentation ruminale — acides gras volatils courts et pigments végétaux — tandis que les fibres n'apportent que de l'amer terreux.
Verser le suc filtré dans une grande marmite avec l'eau, et porter à ébullition à feu vif. Une mousse abondante et verte se forme dès la montée en température : on l'écume en continu, sans s'interrompre, jusqu'à ce qu'il n'en remonte plus. Cette phase est la plus ingrate et la plus décisive du plat — c'est elle qui fait passer le liquide d'un vert trouble et âcre à un bouillon propre. Baisser ensuite le feu.
Le pourquoiLa mousse concentre les protéines coagulées et les particules végétales fines qui, laissées dans le bain, donneraient une amertume terreuse et une turbidité irréversible.
Ajouter le poivre du Sichuan, le gingembre en tranches, l'écorce d'agrume séchée et les herbes aromatiques, puis laisser mijoter à petits bouillons, couvercle entrouvert. Le bouillon se concentre, l'odeur d'herbe s'ordonne, l'agressivité tombe. L'association du gingembre et du suc végétal n'est pas une invention moderne : elle est déjà décrite sous les Tang dans le 岭表录异, où le mets est assaisonné de sel, de laitage, de gingembre et de cannelle.
Le pourquoiLes huiles essentielles du poivre du Sichuan et de l'écorce d'agrume, liposolubles, se dispersent dans le bouillon chaud et masquent les composés soufrés d'origine animale.
Ajouter la bile de bœuf par très petites quantités, en goûtant après chaque addition. Elle installe l'amertume de fond qui est la signature du plat, mais elle est brutale et un excès rend le bouillon impossible à boire, sans aucun moyen de correction. Les cuisiniers locaux la dosent à l'œil et à la langue, jamais à la mesure. Poursuivre le mijotage quelques minutes après le dernier ajout pour que l'amertume se fonde.
Le pourquoiLes sels biliaires sont tensioactifs et amers à très faible concentration ; leur perception s'accentue avec la température et le temps de contact.
Retirer la mousseline d'aromates, puis passer tout le bouillon à travers une étamine fine au-dessus d'une marmite propre. Le liquide qui en sort est d'un vert-de-gris franc, presque limpide, et sent l'herbe fraîche. C'est le second filtrage, après celui du suc brut, qui donne au plat son aspect définitif : sans lui le bouillon reste chargé de particules et paraît sale dans le bol.
Le pourquoiLa filtration élimine les fines particules végétales et les protéines coagulées résiduelles, dont la mise en suspension trouble le bouillon et porte l'amer terreux.
Remettre le bouillon filtré sur le feu, y plonger les abats nettoyés et détaillés, saler, puis laisser cuire jusqu'à ce qu'ils soient tendres sous la dent sans se défaire. Ajouter l'ail, la ciboule et le piment séché en fin de cuisson. Le bouillon prend alors sa consistance définitive : salé, franc, herbacé, avec une amertume qui reste en arrière-plan. Rectifier le sel en dernier, jamais avant, l'amertume modifiant la perception du salé.
Le pourquoiLe collagène des abats se solubilise lentement en gélatine et donne au bouillon un corps qui équilibre l'amertume biliaire.
Porter la marmite au centre de la table, sur un réchaud, et y pocher au fur et à mesure les fines tranches de bœuf. Chacun se sert au bol, avec du riz gluant à côté et un petit bol de piment grillé écrasé pour ceux qui veulent tempérer l'amer. Le bouillon est vert-de-gris, l'attaque herbacée, la finale nettement amère : les convives locaux le disent salé-umami et légèrement amer, et lui prêtent des vertus digestives. C'est le plat que les Miao et les Dong réservent aux hôtes qu'ils honorent.
Le pourquoiServi brûlant, le bouillon garde ses composés volatils d'herbe en suspension ; refroidi, il ne présente plus que son amertume, sans le parfum qui la justifie.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.