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Atlas Culinaire · Porto Rico · Amériques
La lasagne boricua sans pâtes : le plantain bien mûr, doré et caramélisé, remplace les feuilles de pâte autour d'un picadillo de bœuf sucré-salé.
Imaginez une lasagne où la pâte aurait fondu au profit du plantain : des lanières de *plátano maduro* frites jusqu'au doré, moelleuses et sucrées, empilées autour d'un picadillo de bœuf parfumé au sofrito, aux olives et aux raisins secs. À la coupe, le sucré du fruit et le salé de la viande se répondent — c'est toute la signature de la cuisine criolla portoricaine, cette manière de marier le doux et le corsé dans une même bouchée.
Deux querelles d'identité entourent ce plat.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Au robot, mixez les ajíes dulces (piments doux), le culantro, la coriandre, l'oignon, l'ail et le poivron cubanelle jusqu'à obtenir une pâte vert vif encore grossière, sans ajouter de liquide. Réservez. À défaut de robot, hachez très finement au couteau.
Le pourquoiLe sofrito est la base aromatique de presque toute la cuisine portoricaine : c'est lui qui donne au picadillo sa profondeur. Sans cette base, le plat n'est qu'un gratin de plantain.
Dans une grande sauteuse, chauffez l'huile d'achiote à feu moyen. Faites revenir le bœuf haché 5 à 6 min en l'émiettant, jusqu'à coloration. Ajoutez 4 c. à s. de sofrito et laissez cuire 2 min en remuant. Incorporez la sauce tomate, les olives, les câpres, les raisins secs, le cumin, l'origan et le sazón. Salez, poivrez. Laissez mijoter à découvert 15 à 20 min.
Le pourquoiLe mijotage à découvert évapore l'eau et concentre les saveurs. Un picadillo bien réduit est indispensable : l'humidité résiduelle détremperait tout le montage.
Épluchez les plantains très mûrs en entaillant la peau dans le sens de la longueur. Coupez chacun en lanières longitudinales de 0,5 cm d'épaisseur (3 à 4 par plantain). Chauffez 1 cm d'huile neutre dans une grande poêle à feu moyen et faites frire les lanières 2 à 4 min par face, jusqu'au doré profond avec des bords caramélisés. Égouttez sur papier absorbant, salez très légèrement.
Le pourquoiC'est ici que naît le sucré-salé : le sucre du plantain très mûr caramélise au contact de l'huile chaude. Seul un fruit à peau noire tachetée contient assez de sucres pour cela.
Dans un bol, battez les œufs entiers avec le lait évaporé et une pincée de sel jusqu'à un mélange homogène et légèrement mousseux. Réservez.
Le pourquoiCe mélange va s'infiltrer entre les couches et coaguler à la cuisson : c'est le vrai liant du pastelón, ce qui lui permet de tenir en parts nettes au démoulage.
Préchauffez le four à 180 °C. Graissez un plat rectangulaire (23 x 33 cm) à l'huile d'achiote. Tapissez le fond d'un tiers des lanières de plantain en les faisant légèrement se chevaucher. Étalez la moitié du picadillo, parsemez d'un peu de fromage râpé si vous en utilisez. Recouvrez d'un deuxième tiers de plantains, du reste de picadillo, encore un peu de fromage, puis terminez par le dernier tiers de plantains en couche soignée sur le dessus.
Le pourquoiDes couches serrées et régulières, plantain contre plantain, empêchent les trous et les poches d'air qui feraient s'affaisser le montage.
Versez LENTEMENT le mélange œufs–lait évaporé sur toute la surface, en zigzag, pour le laisser s'infiltrer entre les couches. Si vous utilisez du fromage, saupoudrez le reste uniformément sur le dessus. Enfournez à 180 °C, position centrale, pour 30 à 35 min.
Le pourquoiL'arrosage lent permet au liquide de descendre dans le montage au lieu de rester en flaque en surface : il soude l'intérieur, pas seulement le dessus.
À la sortie du four, laissez reposer le pastelón 10 à 15 min sur une grille avant de le couper.
Le pourquoiPendant ce repos, les œufs achèvent de coaguler et les couches se resserrent en refroidissant légèrement : c'est ce qui rend les parts nettes.
À la spatule large, découpez le pastelón en 8 parts carrées. Servez chaud, accompagné d'Arroz con Gandules et de haricots roses, éventuellement d'une simple salade verte. Garnissez d'une feuille de coriandre fraîche.
Le pourquoiLe pastelón est un plat de tablée : le riz et les haricots équilibrent son sucré-salé et en font un vrai repas complet.
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Faux-amis à ne pas confondre : même racine (pastel), mais les Pasteles sont des tamales râpés enveloppés de feuille de bananier et bouillis, tandis que le Pastelón est un gratin de plantain cuit au four. Cousinage étymologique, gestes opposés.
Voir la recette →CousineLe compagnon de table quasi obligatoire du Pastelón dans le repas boricua : riz aux pois d'Angole servi côte à côte, tous deux montés sur la même base de sofrito.
Voir la recette →CousineDeux piliers de la cuisine portoricaine bâtis sur le plantain : le Mofongo pile le plantain vert frit, le Pastelón empile le plantain mûr. Même ingrédient roi, maturité et geste opposés.
Voir la recette →La version de République dominicaine, faite de plantain bouilli puis écrasé en une couche lisse plutôt que de tranches frites : même nom, même famille, geste différent, au cœur de la querelle de paternité caribéenne.
Pas encore dans l'AtlasLe proche cousin portoricain (souvent avec haricots verts ou rouges dans la farce) : dans la tradition classique de l'île, ce nom désignait justement la version en tranches frites que l'usage moderne appelle aujourd'hui Pastelón.
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