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Atlas Culinaire · Martinique · Amériques
La soupe des grandes occasions : une fressure de cabri ou de mouton et des légumes-pays hachés très menu, relevés de câpres et de vin blanc.
Il porte le nom d'un pâté et c'est une soupe. On sert le pâté en pot aux baptêmes, aux communions et aux mariages, jamais un dimanche ordinaire, et Tatie Maryse en donne la raison la plus simple qui soit : il faut une raison valable pour tuer le mouton. C'est un plat qu'on ne fait pas seul et qu'on ne fait pas vite.
On a longtemps lu, sur cette page même, qu'une Association des Chefs Martiniquais aurait publié en 2015 un cahier des charges imposant cinq abats minimum pour avoir droit à l'appellation, et que les versions au bœuf étaient dénoncées comme de faux pâtés en pot.
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Passez la fressure et les pattes sous l'eau courante en les frottant avec des quartiers d'orange sûre, en insistant sur la panse et les tripes. Recommencez jusqu'à ce que l'eau qui s'écoule soit claire et que l'odeur ait cédé. Si vous n'avez pas d'orange sûre, le citron vert fera l'affaire, mais l'île préfère la première.
Le pourquoiL'orange sûre, la bigarade, est plus amère et plus résineuse que le citron vert : c'est le dégraissant traditionnel des abats aux Antilles. [Tatie Maryse nettoie la fressure à l'orange sûre ; Ma Cuisine Créole rince les abats à l'eau citronnée et donne 700 g d'abats pour 300 g de chair]
Mettez la fressure et les pattes dans un grand faitout d'eau froide salée, avec les feuilles de laurier et les clous de girofle. Portez à ébullition, écumez soigneusement la mousse grise qui monte, puis laissez cuire à découvert environ deux heures, ou une heure à l'autocuiseur. Gardez précieusement l'eau de cuisson après l'avoir écumée : c'est elle qui fera la soupe.
Le pourquoiLe blanchiment emporte les impuretés et l'amertume des abats. Le bouillon qui en sort, une fois écumé, est le fond du plat : le jeter reviendrait à jeter le goût. [recette patrimoniale martiniquaise : faire bouillir avec laurier et girofle deux heures, et réserver l'eau de cuisson après l'avoir écumée]
Épluchez tous les légumes et hachez-les en tout petits dés, le blanc de poireau, l'ail et l'oignon compris. Faites exactement de même avec la viande une fois cuite et tiédie. Prenez le temps qu'il faut : c'est la finesse de ce hachis, et rien d'autre, qui sépare un pâté en pot d'une soupe de légumes.
Le pourquoiLe mot pâté désigne ici un hachis, pas une terrine. Couper en gros cubes donne un pot-au-feu honnête, mais ce n'est plus le même plat. [les recettes natives hachent en très petits dés, viande comprise, et Tatie Maryse fait hacher les abats par le boucher]
Chauffez l'huile dans un grand faitout et jetez-y les légumes hachés. Remuez régulièrement à la cuillère de bois et arrosez de temps à autre d'une louche du bouillon de viande, pour que rien n'attache. Poursuivez jusqu'à ce que les légumes soient tombés et presque cuits, et que le fond du faitout sente déjà bon.
Le pourquoiL'arrosage progressif au bouillon fait deux choses à la fois : il empêche d'attacher et il commence déjà à lier la soupe. [recette patrimoniale martiniquaise : faire revenir les légumes, éviter que la préparation n'attache en arrosant de temps en temps avec le bouillon de cuisson de la viande]
Ajoutez la viande hachée, tout le reste du bouillon, et le bouquet de persil ficelé avec les branches de céleri et le vert du poireau. Complétez d'eau chaude si le liquide ne couvre pas. Posez le piment entier à la surface, salez, poivrez, et laissez mijoter à feu doux au moins une heure. La soupe doit épaissir sans jamais bouillir à gros bouillons.
Le pourquoiLe piment se pose entier et ne se fend jamais : on veut son parfum dans une soupe qui va mijoter longtemps, pas son feu. [Martinique Découverte écrase les légumes cuits à la fourchette ou au presse-purée ; Saveurs K les mixe finement et les ajoute en fin de cuisson, « car ils brûlent plus facilement »]
Retirez le bouquet et le piment. Versez le vin blanc, laissez mijoter cinq minutes pour que l'alcool s'en aille, puis ajoutez les câpres bien égouttées. Prolongez d'un bon quart d'heure à feu doux, goûtez, rectifiez le sel. C'est cette pointe acide et saline qui réveille une soupe grasse et longuement cuite.
Le pourquoiLes câpres et le vin arrivent en fin de course parce que la cuisson longue effacerait leur acidité, qui est précisément ce qu'on leur demande. [les recettes natives ajoutent câpres et vin blanc en toute fin, puis laissent mijoter un dernier quart d'heure]
Servez immédiatement, dans des assiettes creuses ou des bols, avec du pain à côté. Si vous cuisinez pour une cérémonie, préparez la veille et laissez reposer une nuit au frais : la soupe y gagne, et vous pourrez retirer le gras figé en surface avant de la remettre doucement à chauffer.
Le pourquoiLe repos d'une nuit n'est pas une règle du plat mais un confort de grande tablée : il permet de dégraisser proprement et d'avancer le travail.
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Même nom, deux plats que tout oppose : le pâté salé est un chausson sec au four, le pâté en pot une soupe épaisse d'abats. La confusion est si fréquente qu'il faut la trancher ici.
Voir la recette →CousineFace au pâté en pot cérémoniel, la soupe z'habitant est la soupe du quotidien : mêmes légumes-pays, mais sans la fressure de cabri ou de mouton ni la solennité des baptêmes et mariages.
Voir la recette →Le pot-au-feu français partage l'idée du grand bouillon de viandes et de légumes ; le pâté en pot s'en distingue par sa fressure de cabri ou de mouton, ses légumes-pays et sa vocation cérémonielle.
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