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Atlas Culinaire · Canada · Premières Nations & Arctique
L'aliment de survie des Plaines canadiennes : viande de bison séchée et broyée, liée à la graisse fondue et parsemée de baies de saskatoon. Un concentré énergétique qui fut, trois siècles durant, le carburant du commerce des fourrures et le pilier de l'économie des Métis et des Premières Nations des Plaines.
Le pemmican est né bien avant l'arrivée des Européens, dans les campements des peuples des Plaines de l'Amérique du Nord. Son nom vient du cri des plaines pimîhkân, dérivé de pimî, « la graisse » : tout est dit, car c'est le gras fondu qui, en enrobant chaque miette de viande séchée, chasse l'air et l'eau et rend l'aliment quasi impérissable. Les femmes des nations cries, pieds-noires, assiniboines et, plus tard, métisses en avaient fait un art : la chair de bison tranchée fin, séchée au soleil et au vent, pilée en poudre, puis noyée dans le suif chaud et, souvent, relevée de baies de saskatoon. Le résultat tenait une année sans faiblir et se glissait dans les sacoches de cuir des cavaliers.
La « Guerre du pemmican » (vers 1812-1821) est l'un des conflits les moins connus mais les plus révélateurs de l'histoire économique canadienne.
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Parer la viande en éliminant soigneusement tout le gras visible et les fascias — seule la viande maigre doit rester. Trancher en lanières de 3-4 mm dans le sens des fibres musculaires. Si désiré, saupoudrer légèrement de sel sur toutes les faces et laisser reposer 30 minutes. Étaler les lanières sur des grilles sans les superposer. Sécher au four à 60-70°C maximum, porte entrouverte pour laisser s'échapper l'humidité, pendant 6 à 8 heures — ou dans un déshydrateur à 55-60°C pendant 8-10 heures. La viande est prête quand elle casse nettement quand on la plie (aucune flexibilité résiduelle).
Le pourquoiLe séchage retire presque toute l'eau de la chair : sans humidité, ni bactéries ni moisissures ne peuvent proliférer, et c'est là tout le secret de la conservation du pemmican. On ne garde que le maigre car le gras de la viande, lui, rancirait ; la graisse de conservation sera ajoutée plus tard, fondue et propre.
Une fois la viande complètement séchée et refroidie, la casser en morceaux et la broyer dans un robot culinaire ou un blender puissant par impulsions successives jusqu'à obtenir une texture granuleuse à mi-chemin entre la poudre et les miettes grossières. La texture traditionnelle était obtenue en pilant avec des pierres — le résultat était plus fibreux et moins uniforme. Ne pas réduire en poudre fine : la texture granuleuse est caractéristique du pemmican authentique.
Le pourquoiRéduite en grains, la viande offre une immense surface que le suif viendra enrober miette à miette : c'est ce contact intime gras-viande qui scelle l'aliment contre l'air. Une texture granuleuse, ni farine ni gros morceaux, donne un pemmican qui se tient sans être ni pâteux ni friable.
Couper le suif en petits morceaux et le faire fondre dans une casserole à feu très doux (60°C maximum) pendant 30 à 60 minutes, en remuant de temps en temps. Le gras doit fondre lentement et devenir limpide d'un beau jaune doré — aucune coloration ou odeur de brûlé ne doit apparaître. Filtrer à travers une passoire fine ou un tissu de coton pour éliminer les résidus solides (les 'cretons' de suif). Le suif fondu clarifié doit être limpide et d'une belle couleur ambrée.
Le pourquoiFondu lentement et à basse température, le suif se sépare proprement de ses impuretés sans jamais brunir : un gras clarifié et limpide ne rancit que très lentement, alors qu'un gras brûlé ou mal filtré donnerait un goût âcre et raccourcirait la conservation. C'est ce suif pur qui fait la garde du pemmican.
Les baies de saskatoon séchées doivent être bien sèches et légèrement ridées — vérifier qu'elles ne contiennent pas d'humidité résiduelle (les presser entre les doigts : elles ne doivent pas libérer de jus). Si nécessaire, les passer 30 minutes au déshydrateur ou au four à 60°C pour les assécher davantage. Les baies peuvent être laissées entières ou légèrement concassées selon la texture souhaitée dans le pemmican final. Les baies de saskatoon apportent une légère acidité fruitée qui équilibre la richesse du gras.
Le pourquoiToute humidité résiduelle dans les baies serait un foyer d'altération au cœur du bloc : les baies doivent être aussi sèches que la viande. Au-delà de la conservation, elles apportent une pointe d'acidité fruitée qui tranche sur la richesse du gras et réveille le pemmican.
Dans un grand bol résistant à la chaleur, verser la viande broyée et les baies séchées. Mélanger à sec. Verser le suif fondu chaud (pas bouillant — environ 60°C) en filet sur le mélange viande-baies en remuant continuellement avec une cuillère en bois. La quantité de suif doit être ajustée pour que le mélange soit cohésif : il doit tenir ensemble quand on le presse dans la main sans être gras ou huileux. Le ratio classique est environ 1 volume de suif pour 2 volumes de viande broyée.
Le pourquoiVersé chaud mais non bouillant, le suif reste assez fluide pour couler entre les grains et les enrober tous ; en refroidissant il fige et soude l'ensemble. Le juste dosage de gras est décisif : trop peu, le bloc s'effrite ; trop, il devient huileux et se conserve mal.
Tant que le mélange est encore chaud et malléable, le répartir dans des moules rectangulaires (boîtes à pain tapissées de papier sulfurisé) ou mouler à la main en galettes épaisses (5 cm) posées sur une plaque. Presser fermement pour éliminer les poches d'air. Laisser refroidir à température ambiante jusqu'à solidification complète (2 à 4 heures selon la taille). Le pemmican va durcir et prendre une texture dense, presque comme du chocolat noir très ferme.
Le pourquoiTant qu'il est chaud, le mélange est malléable ; pressé fermement, il chasse les poches d'air, ces refuges d'humidité et de rancissement. En refroidissant, le suif cristallise et fige le bloc en une masse dense et compacte, prête au transport.
Une fois solidifié, démouler les blocs ou galettes de pemmican et les envelopper dans du papier paraffiné ou du tissu de coton (comme le faisaient les voyageurs dans des sacs en peau de bison cousue). Conserver dans un endroit frais, sombre et bien ventilé. À température ambiante (< 20°C), le pemmican sans baies fraîches se conserve 6 mois à 1 an ; au réfrigérateur, jusqu'à 2 ans. Les versions avec baies fraîches (et non séchées) ne se conservent que quelques semaines.
Le pourquoiEnveloppé et tenu au frais, à l'abri de la lumière et de l'air, le pemmican traverse les mois : c'est la combinaison viande sèche + gras clarifié + absence d'oxygène qui le protège. La chaleur, elle, ferait suinter puis rancir le gras.
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Préparation autochtone millénaire (viande séchée, gras et saskatoon séchées) qui est l'usage ancestral de la même baie sur les plaines ; la tarte coloniale en est la descendante sucrée, adaptée au moule et à la double croûte.
Voir la recette →CousineMême animal, autre destin : le pemmican est la conserve ancestrale des nations des Plaines et des Métis — chair de bison séchée et pilée, mêlée de graisse fondue et souvent de baies de saskatoon. Il partage avec le rôti l'exact trio bison / gras / saskatoon, mais en version nomade et de longue garde là où le rôti braisé est un plat sédentaire de fête.
Voir la recette →CousineAncêtre direct du mariage bison-petits fruits : dans le pemmican des Peuples des Plaines, la chair de bison séchée était pilée avec du gras fondu et des baies de Saskatoon. Le steak nappé de sauce aux fruits en est l'écho contemporain.
Voir la recette →Viande séchée d'Afrique australe, séchée à l'air comme la chair du pemmican ; cousine par la technique de conservation de la viande maigre, sans l'étape du gras liant.
Pas encore dans l'AtlasViande séchée andine (quechua ch'arki) qui a donné le mot « jerky » : même principe de déshydratation de la viande pour la longue conservation, cousine sud-américaine du volet séché du pemmican.
Pas encore dans l'AtlasLe jerky partage la première moitié du procédé du pemmican : de la viande maigre tranchée fine et séchée pour la conserver. Le pemmican va plus loin en pilant cette viande et en la liant au gras fondu.
Pas encore dans l'AtlasLe rubaboo est le ragoût métis et voyageur directement issu du pemmican : on délayait le pemmican dans l'eau chaude avec de la farine ou des pois, parfois du sucre d'érable, pour une soupe nourrissante. Plats distincts mais intimement liés dans l'histoire métisse.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
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