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Atlas Culinaire · SuÚde · Europe
Le seul plat suĂ©dois qui se dĂ©finit non par sa viande mais par son support : une planche de chĂȘne culottĂ©e Ă l'huile, un cordon de purĂ©e duchesse dressĂ© Ă la douille qui fait digue autour du jus, et une louche de bĂ©arnaise. Le grand théùtre de la salle de restaurant stockholmoise des annĂ©es 1950 Ă 1970.
Le WikipĂ©dia suĂ©dois crĂ©dite Tore Wretman, qui publie Planked fish et Planked steak dans « Ur frĂ€mmande grytor » (1953) au retour d'un voyage d'Ă©tude sur la cĂŽte ouest amĂ©ricaine et les sert au StallmĂ€staregĂ„rden ; le groupe Bockholmen avance trois paternitĂ©s concurrentes â Wretman, Peder Bornebusch au restaurant Prinsen, et la Villa Godthem de DjurgĂ„rden dĂšs les annĂ©es 1950 ; et Bornebusch lui-mĂȘme a racontĂ© Ă Mitt i que c'est son pĂšre qui avait rapportĂ© l'idĂ©e d'Espagne.
Une quatriÚme piste remonte au fatånyéros de Transylvanie, popularisé au début du XXᔠsiÚcle par le Gundel de Budapest.
Le point tranchĂ© est ailleurs : en 1991, dans « Mat & minnen », Wretman Ă©crit qu'il regrette d'avoir lancĂ© le plankstek en SuĂšde, tant la recette fut copiĂ©e avec une qualitĂ© variable â et il la retire de ses propres cartes.
Second front, sanitaire : les sites de recettes suĂ©dois prĂ©sentent le bois comme un choix d'hygiĂšne dotĂ© de « vissa antibakteriella egenskaper », alors que Livsmedelsverket, l'agence nationale, classe le bois en dernier â « Knivar och ytor av rostfritt stĂ„l Ă€r lĂ€ttare att rengöra Ă€n plast och trĂ€ » â et dĂ©signe les planches comme vecteur principal de contamination croisĂ©e.
La planche n'est donc pas un progrĂšs sanitaire : c'est un parti pris de service, qui impose en retour un culottage Ă l'huile et un lavage manuel.
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Laver les planches neuves Ă l'eau trĂšs chaude, sans dĂ©tergent, et les sĂ©cher soigneusement. Les badigeonner au pinceau, sur toute la face de service et sur la tranche, d'une huile neutre gĂ©nĂ©reusement appliquĂ©e, puis les enfourner Ă vide Ă 200 °C pendant dix Ă quinze minutes, jusqu'Ă ce que l'huile ait pĂ©nĂ©trĂ© la fibre. Recommencer l'opĂ©ration une seconde fois, un peu plus briĂšvement. Cette imprĂ©gnation sature les pores du bois : sans elle, le chĂȘne boit le jus de la viande, gonfle d'un cĂŽtĂ© et se voile. La cuisine sent alors la noisette chaude et le bois toastĂ©, sans la moindre note piquante de rĂ©sine. Une planche correctement culottĂ©e sort brun miel, mate et lisse au doigt, sans zone claire ni aurĂ©ole grasse. Si des plaques poisseuses subsistent, l'huile n'a pas polymĂ©risĂ© : essuyer au papier absorbant et repasser dix minutes au four. Pour des planches dĂ©jĂ utilisĂ©es, un simple huilage suivi de vingt minutes de four suffit Ă les remettre en service.
Le pourquoiL'huile chauffĂ©e polymĂ©rise en une pellicule rĂ©ticulĂ©e qui occupe les pores du bois ; ce film hydrophobe empĂȘche l'absorption des liquides et limite les micro-fissures oĂč se logent les bactĂ©ries â ce que le simple lavage ne fait pas.
RĂ©unir dans une petite casserole le vinaigre de vin blanc, l'eau, l'Ă©chalote Ă©mincĂ©e, les grains de poivre blanc concassĂ©s et les tiges d'estragon. Porter Ă frĂ©missement puis laisser rĂ©duire doucement, Ă dĂ©couvert, jusqu'Ă obtenir Ă peine deux cuillĂšres Ă soupe de liquide trĂšs parfumĂ©. Cette concentration est ce qui distingue une vraie bĂ©arnaise d'une hollandaise vinaigrĂ©e : l'aciditĂ© doit ĂȘtre franche et l'anis de l'estragon lisible. L'odeur passe du vinaigre agressif Ă quelque chose de rond et d'herbacĂ©, et le liquide devient sirupeux en nappant le dos de la cuillĂšre. La rĂ©duction est au point quand elle a perdu les trois quarts de son volume et ne pique plus le nez. Trop rĂ©duite, elle vire Ă l'amer : rallonger d'une cuillĂšre d'eau et rectifier. Passer au chinois fin, presser les aromates et laisser tiĂ©dir.
Le pourquoiL'évaporation concentre les acides acétique et tartrique ; ce milieu acide abaisse le pH et stabilise l'émulsion à venir en maintenant les protéines du jaune dépliées et disponibles.
Ăplucher les pommes de terre farineuses, les couper en gros morceaux rĂ©guliers et les cuire environ vingt-cinq minutes dans une eau lĂ©gĂšrement salĂ©e, jusqu'Ă ce qu'un couteau les traverse sans rĂ©sistance. Les Ă©goutter et les remettre une minute sur le feu doux, Ă sec, en remuant : cette Ă©tape de dessĂšchement est capitale, une purĂ©e trop humide ne tiendra jamais en cordon. Passer au presse-purĂ©e â jamais au mixeur â puis incorporer hors du feu le beurre en parcelles, le lait chaud, le fromage rĂąpĂ©, les jaunes un Ă un, le sel, le poivre blanc et la muscade. La vapeur monte, la purĂ©e prend une couleur ivoire et un lustre satinĂ©. Elle est bonne quand une cuillĂšre plantĂ©e dedans reste debout toute seule. Si l'appareil est trop mou, le remettre deux minutes sur feu doux en remuant pour Ă©vaporer ; s'il est trop ferme, une cuillĂšre de lait chaud suffit.
Le pourquoiLe mixeur rompt les cellules de l'amidon et libÚre de l'amylose, ce qui donne une purée collante et élastique ; le presse-purée sépare les cellules sans les éclater et préserve la texture farineuse indispensable au pochage.
Remplir une poche munie d'une grosse douille cannelĂ©e avec la purĂ©e encore chaude, en deux fois plutĂŽt qu'en une pour garder de la pression. Poser les planches culottĂ©es sur des plaques de cuisson et dresser le cordon tout du long des bords â « spritsa ut mos lĂ€ngs kanterna pĂ„ plankorna » â, en fermant complĂštement le pourtour, angles compris. La bordure n'est pas un dĂ©cor : c'est une digue qui retient le jus de la viande et la bĂ©arnaise Ă l'intĂ©rieur de la planche, sinon tout coule sur la nappe. La purĂ©e doit ressortir en un boudin rĂ©gulier, cannelĂ©, d'environ trois centimĂštres de haut. C'est rĂ©ussi quand le cordon est continu, sans raccord bĂ©ant, et que l'intĂ©rieur forme un bassin net. Si le cordon casse, souder immĂ©diatement Ă la petite spatule pendant que la purĂ©e est chaude et mallĂ©able.
Le pourquoiLes cannelures multiplient la surface exposĂ©e au rayonnement du gril : les arĂȘtes atteignent la tempĂ©rature de rĂ©action de Maillard bien avant le cĆur du cordon, ce qui donne un contraste croustillant-fondant impossible Ă obtenir avec une purĂ©e lissĂ©e.
PrĂ©chauffer le four Ă 225 °C, chaleur voĂ»te de prĂ©fĂ©rence. Enfourner les planches garnies dans la partie haute et gratiner cinq Ă dix minutes, le temps que les arĂȘtes du cordon prennent une couleur d'or foncĂ©. Le bois monte lui aussi en tempĂ©rature et c'est tout l'intĂ©rĂȘt du procĂ©dĂ© : il servira ensuite de rĂ©serve de chaleur et maintiendra le plat brĂ»lant jusqu'en salle. Il se met Ă exhaler une odeur de chĂȘne toastĂ©, trĂšs nette, qui prĂ©cĂšde l'assiette Ă table â c'est la signature olfactive du plankstek et elle fait partie du plat. La bordure est prĂȘte quand elle est dorĂ©e sur les crĂȘtes et encore souple au centre. Si elle colore trop vite, descendre d'un gradin et couvrir d'une feuille d'aluminium. Placer les demi-tomates coiffĂ©es de chapelure et de persil, arrosĂ©es de beurre fondu, ainsi que les fagots de haricots bardĂ©s de bacon, sur la mĂȘme plaque pour les cinq derniĂšres minutes.
Le pourquoiLa rĂ©action de Maillard entre les acides aminĂ©s des jaunes et les sucres rĂ©ducteurs de la pomme de terre ne dĂ©marre franchement qu'au-delĂ de 140 °C en surface ; le rayonnement direct du gril atteint cette tempĂ©rature sur les crĂȘtes sans dessĂ©cher l'intĂ©rieur du cordon.
Sortir la viande du rĂ©frigĂ©rateur trente minutes avant, l'Ă©ponger, la saler et la poivrer gĂ©nĂ©reusement au poivre noir concassĂ©. Chauffer une poĂȘle en fonte jusqu'Ă ce que le beurre y mousse sans noircir, puis saisir les pavĂ©s deux Ă trois minutes par face en les arrosant Ă la cuillĂšre du beurre noisette. Une viande Ă©ponge et une poĂȘle vraiment chaude sont les deux conditions de la croĂ»te : l'eau de surface consomme sinon toute l'Ă©nergie en vaporisation. On entend un crĂ©pitement franc et continu, l'odeur passe du beurre au grillĂ©, et une croĂ»te brune et rĂ©guliĂšre se forme. Viser 55 °C Ă cĆur pour une viande rouge, 60 °C pour un rosĂ©, 65 °C pour une cuisson Ă point. Laisser reposer cinq minutes sur une grille avant de trancher. Si la croĂ»te manque, ne pas prolonger la cuisson : passer trente secondes de plus Ă feu vif sur la face la moins colorĂ©e. Sauter les champignons Ă part, Ă feu vif, pour qu'ils rendent leur eau avant de rejoindre la planche.
Le pourquoiLe repos permet aux fibres musculaires contractées par la chaleur de se détendre et de réabsorber les jus migrés vers le centre ; trancher immédiatement vide la viande sur la planche et noie la bordure de purée.
Fouetter les jaunes avec la rĂ©duction tiĂšde dans un cul-de-poule au bain-marie frĂ©missant, sans que le fond touche l'eau. Battre en huit jusqu'Ă ce que le mĂ©lange blanchisse, Ă©paississe et double de volume, en formant un sabayon nappant. Retirer du feu et incorporer le beurre clarifiĂ© tiĂšde en filet, trĂšs lentement d'abord, en fouettant sans arrĂȘt. Le passage de mousse liquide Ă crĂšme onctueuse est visible et net ; le fouet laisse des sillons qui se referment lentement. Ajouter enfin l'estragon, le cerfeuil et le persil hachĂ©s, le sel et une pointe de Cayenne. La sauce est prĂȘte quand elle nappe la cuillĂšre et qu'un trait tracĂ© au doigt tient sans se refermer. Si elle tranche, retirer du feu, repartir d'un jaune frais avec une cuillĂšre d'eau tiĂšde dans un bol propre et rĂ©incorporer la sauce cassĂ©e goutte Ă goutte, elle se reprend.
Le pourquoiL'émulsion tient parce que la lécithine et les lipoprotéines du jaune tapissent les gouttelettes de matiÚre grasse dispersées dans la phase aqueuse acide ; au-delà d'environ 65 °C les protéines coagulent, les gouttelettes fusionnent et la sauce tranche irréversiblement.
Sortir les planches du four et travailler vite : disposer les aiguillettes de viande au centre du bassin dĂ©limitĂ© par la bordure, ranger de part et d'autre les fagots de haricots au bacon, les demi-tomates gratinĂ©es et les champignons, puis napper gĂ©nĂ©reusement de bĂ©arnaise ou l'envoyer en sauciĂšre Ă part. Le plat se sert directement sur sa planche, posĂ©e sur un dessous-de-plat en liĂšge ou une serviette pliĂ©e, jamais Ă mĂȘme la table. La chaleur emmagasinĂ©e par le chĂȘne continue de faire chanter le jus pendant tout le service, et l'odeur de bois toastĂ© arrive au convive avant l'assiette : c'est le spectacle qui a fait la fortune du plankstek dans les salles suĂ©doises. L'envoi est rĂ©ussi quand la planche fume encore Ă l'arrivĂ©e et que rien n'a franchi la bordure. Si le service prend du retard, remettre la planche deux minutes Ă 150 °C, bĂ©arnaise exclue â la sauce, elle, ne repasse jamais au four.
Le pourquoiLe chĂȘne a une capacitĂ© thermique massique Ă©levĂ©e et une conductivitĂ© faible : il stocke beaucoup d'Ă©nergie et la restitue lentement, ce qui maintient le plat Ă tempĂ©rature bien plus longtemps qu'une assiette en porcelaine.
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