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Atlas Culinaire · Trinité-et-Tobago · Héritage indo-trini
Le beignet indo-trini de Divali â feuilles de taro et pĂąte de pois cassĂ©s au curcuma, frites en disques dorĂ©s. Et le citron vert, qui n'est pas facultatif.
La saheena est un beignet vert et or qu'on mange Ă Divali, en topping sur des doubles, ou simplement debout au comptoir avec un chutney de mangue.
La question de l'authenticitĂ© se pose franchement : la saheena est-elle trinidadienne ou une simple adaptation du patra gujarati ? Les deux, et la rĂ©ponse honnĂȘte n'a rien d'inconfortable.
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Dans grand bol, mélanger la farine de pois cassés moulus (dahl) avec la farine T55, le sel, le curcuma, le cumin grillé moulu, et la poudre de curry. Dissoudre la levure boulangÚre dans l'eau tiÚde avec 1 c.à .c. de sucre, attendre 10 min jusqu'à mousseuse. Verser sur les ingrédients secs avec la levure chimique. Mélanger jusqu'à pùte homogÚne consistance crÚme épaisse. Couvrir et laisser lever 1h-2h à température ambiante.
Le pourquoiLes pois cassĂ©s jaunes moulus sont la signature trinidadienne, lĂ oĂč le Gujarat emploie de la farine de pois chiches. Leur goĂ»t est plus doux et plus terreux, et c'est ce qui fait que la saheena n'est pas un patra.
Laver soigneusement les feuilles de dasheen sous l'eau courante. Retirer le pédoncule central et les tiges principales (qui contiennent le plus d'oxalate). Empiler les feuilles, les rouler comme un cigare, et ciseler en chiffonade trÚs fine (2-3 mm de large). Puis recouper transversalement pour obtenir de petits morceaux fins. Si indisponible, substituer par épinards jeunes ou bette à carde.
Le pourquoiLes tiges et les grosses nervures concentrent l'essentiel des cristaux d'oxalate. Les retirer est le premier des deux gestes de sécurité de cette recette.
CRUCIAL : dĂ©poser les feuilles ciselĂ©es dans un bol, ajouter le jus de 2 citrons verts et 1 c.Ă .c. de sel. Bien malaxer Ă la main (utiliser des gants si peau sensible). Laisser reposer 5-10 minutes â l'aciditĂ© neutralise les cristaux d'oxalate de calcium qui sinon provoquent une sensation de brĂ»lure de gorge ('scratchy throat'). Presser lĂ©gĂšrement pour Ă©vacuer le jus excĂ©dentaire.
Le pourquoiL'oxalate de calcium du taro forme de fines aiguilles qui irritent violemment la bouche et la gorge. L'acide du citron vert, aidé du sel et du massage, les dissout ; la cuisson achÚve le travail. Ce n'est pas une tradition, c'est de la chimie.
Hacher trĂšs finement l'ail, le chadon beni (culantro â feuilles longues, parfum coriandre intense), les oignons verts, le thym effeuillĂ©, et le scotch bonnet (gants obligatoires, retirer les graines selon tolĂ©rance). RĂ©server. Ce mĂ©lange est l'Ă©quivalent trini du green seasoning â il porte l'identitĂ© indo-trinidadienne du plat.
Le pourquoiVoilĂ oĂč le plat quitte l'Inde. Le chadon beni au lieu de la coriandre, le scotch bonnet au lieu du piment vert : deux substitutions qui dĂ©placent le goĂ»t de plusieurs milliers de kilomĂštres.
Incorporer dĂ©licatement les feuilles de dasheen pressĂ©es dans la pĂąte levĂ©e. Ajouter les aromates (ail, chadon beni, oignons verts, thym, scotch bonnet). GoĂ»ter et ajuster le sel et la chaleur. La pĂąte doit ĂȘtre bien parsemĂ©e de feuilles vertes et avoir une consistance Ă©paisse mais souple â comparable Ă pĂąte Ă beignets Ă©paisse.
Le pourquoiLes feuilles ont rendu beaucoup d'eau sous l'action du citron vert : pressées avant d'entrer dans la pùte, elles ne la détrempent pas. Une pùte détrempée éclate dans l'huile.
Faire chauffer 1 litre d'huile vĂ©gĂ©tale neutre dans une friteuse ou grande poĂȘle profonde Ă 175°C prĂ©cis (thermomĂštre indispensable). Tester avec une goutte de pĂąte â elle doit remonter immĂ©diatement en bulles dorĂ©es. Trop chaud (>185°C) brĂ»le l'extĂ©rieur cru Ă l'intĂ©rieur ; trop froid (<165°C) donne des beignets gras et lourds.
Le pourquoiLa tempĂ©rature est plus critique ici qu'ailleurs : la saheena est Ă©paisse. Trop chaude, l'huile dore la croĂ»te sur une pĂąte crue au cĆur ; trop froide, le beignet la boit et devient gras.
Avec deux cuillÚres à soupe huilées ou une cuillÚre à glace, former des disques de pùte de 5cm de diamÚtre à 1.5cm d'épaisseur et les laisser tomber délicatement dans l'huile. Frire en plusieurs lots (ne pas surcharger) pendant 4-5 min en retournant à mi-cuisson jusqu'à doré profond uniforme. La saheena doit flotter et gonfler légÚrement.
Le pourquoiUn centimĂštre et demi d'Ă©paisseur est la cible : assez pour que le cĆur reste moelleux, assez peu pour qu'il cuise avant que la croĂ»te ne fonce trop.
Sortir les saheena Ă l'aide d'une Ă©cumoire et dĂ©poser sur grille (pas sur papier absorbant â ramollit la croĂ»te). Saler lĂ©gĂšrement Ă chaud. Garder au chaud dans un four prĂ©chauffĂ© Ă 70°C si service diffĂ©rĂ©, ou consommer immĂ©diatement.
Le pourquoiLe papier absorbant piĂšge la vapeur sous le beignet et ramollit la croĂ»te par-dessous en deux minutes. La grille la laisse s'Ă©chapper â c'est tout l'Ă©cart entre croustillant et mou.
Servir les saheena chaudes, accompagnĂ©es de chutney mangue verte (kuchela), chutney tamarind, ou chutney coriandre-scotch bonnet. Pour l'expĂ©rience street food trini complĂšte, dĂ©poser une saheena sur un sandwich de doubles (entre les 2 baras avec channa curry) â l'addition signature des vendeurs de Port d'Espagne. Ă Divali, servir en plateau aux invitĂ©s avec pholourie et katchowrie.
Le pourquoiLa saheena est riche, frite et Ă©picĂ©e : elle demande un acide en face. Le kuchela Ă la mangue verte, le tamarin, le chutney vert font ce travail â et Ă Trinidad, on en pose souvent une directement sur des doubles.
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Deux beignets frits de la mĂȘme famille indo-trinidadienne, tous deux montĂ©s sur le pois cassĂ© et le curcuma. La saheena y ajoute les feuilles de taro, qui la verdissent et lui imposent le passage obligĂ© au citron vert ; la pholourie reste nue et compte sur ses dips.
Voir la recette âCousineĂ Trinidad, on pose souvent une saheena directement sur des doubles : le beignet de taro sur le curry de pois chiches, dans le mĂȘme papier. Deux plats distincts qui se superposent au comptoir.
Voir la recette âCousineDeux frits indo-trini du mĂȘme comptoir, et le mĂȘme geera grillĂ© au cĆur. L'aloo pie enferme sa farce dans une pĂąte scellĂ©e ; la saheena la mĂȘle Ă la sienne et la jette telle quelle dans l'huile.
Voir la recette âL'ancĂȘtre direct. Le patra gujarati â feuilles de colocase tartinĂ©es d'une pĂąte de pois chiches, roulĂ©es, cuites Ă la vapeur puis frites â est arrivĂ© avec les engagĂ©s entre 1845 et 1917. Trinidad a changĂ© quatre choses : le taro caribĂ©en, les pois cassĂ©s, le scotch bonnet, le chadon beni. C'est ainsi qu'on fabrique une cuisine crĂ©ole.
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