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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Cinq recettes de cette base l'emploient déjà comme ingrédient sans qu'il ait jamais eu sa fiche, et son dossier de classement le déclare lui-même en voie de disparition.
Le dossier du registre national du patrimoine immatériel, après avoir retracé une histoire qui remonte aux Printemps et Automnes, écrit que le savoir-faire traditionnel se trouve en situation de péril, et il en énumère les causes sans détour : un cycle de production très long, des exigences élevées sur l'eau et les matières premières, un procédé complexe qui dépend de l'expérience acquise, et la pression du marché.
C'est la seconde fois dans ce volume qu'un dossier de valorisation patrimoniale se montre plus sévère que la presse, après celui du thé de Hangzhou.
La tension est réelle : le procédé inscrit impose un brassage entre le solstice d'hiver et le début du printemps, une fermentation de plus de quatre-vingts jours et un vieillissement en jarre d'au moins trois ans, contraintes qu'une production industrielle continue ne peut pas tenir.
Deuxième débat, normatif : la norme GB/T 17946-2008, publiée le 22 octobre 2008 et applicable au 1er janvier 2009, a fait passer le texte du statut obligatoire au statut recommandé tout en durcissant une exigence, puisqu'elle impose désormais le grade supérieur aux vins de trois ans et plus.
Un standard peut donc s'assouplir juridiquement et se durcir techniquement dans le même mouvement.
Troisième point, de nomenclature : les quatre types que le dossier énumère, yuanhong, jiafan, shanniang et xiangxue, ne sont pas quatre qualités mais quatre procédés distincts, se différenciant par le taux de sucre résiduel et par le liquide de brassage — le xiangxue étant brassé non à l'eau mais avec un alcool de marc, ce qui en fait un cas à part.
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Le cycle annuel commence bien avant le brassage et le dossier officiel en fixe les échéances au calendrier lunaire. Au septième mois se prépare le petit levain de riz aux herbes, qui apporte les levures ; au neuvième mois le levain de blé, qui apporte les enzymes saccharifiantes ; au dixième mois le pied de cuve, petite fermentation préalable qui servira de levain vivant. Cette chronologie n'est pas décorative : chaque levain a besoin de semaines de maturation, et un levain préparé dans la précipitation donne une fermentation irrégulière. Le brassage proprement dit ne commencera qu'aux environs de la Grande Neige, début décembre.
Le pourquoiLes moisissures du levain de blé produisent les amylases qui hydrolysent l'amidon en sucres fermentescibles ; ce n'est qu'après plusieurs semaines de développement que leur activité enzymatique atteint le niveau requis.
Le riz gluant tamisé est mis à tremper dans l'eau du lac Jian pendant une quinzaine de jours par temps froid. Ce trempage très long, propre au procédé de Shaoxing, n'est pas une simple hydratation : il installe une acidification lactique spontanée dans l'eau de trempage, laquelle abaisse le pH et protège la fermentation à venir contre les contaminations. L'eau de trempage acidifiée est d'ailleurs conservée et réincorporée au brassage. Le riz en ressort gonflé, blanc laiteux, et se brise sous la pression des doigts.
Le pourquoiL'acidification lactique spontanée abaisse le pH du milieu à un niveau où les bactéries d'altération ne se développent plus, alors que les levures et les moisissures du levain y restent parfaitement actives ; c'est une sélection microbienne par le pH, obtenue sans aucun additif.
Le riz égoutté est cuit à la vapeur dans un cuveau de bois jusqu'à ce que les grains soient translucides, cuits à cœur mais encore distincts et fermes. Il est ensuite étalé et refroidi rapidement, jusqu'à environ trente degrés. La texture visée est très précise : un riz trop cuit se délite en bouillie et empêchera le pressurage, un riz insuffisamment cuit garde un cœur cru que les enzymes ne pourront pas attaquer. Le refroidissement doit être rapide pour ne pas laisser au riz chaud le temps de se coloniser par des germes indésirables.
Le pourquoiLa cuisson à la vapeur gélatinise l'amidon et le rend accessible aux amylases ; le refroidissement à trente degrés amène le milieu à la température optimale des levures sans les tuer, ce qu'un ensemencement sur riz brûlant ferait immédiatement.
Le riz refroidi est versé en cuve avec le levain de blé, le pied de cuve et l'eau du lac Jian, puis mélangé. Cette opération d'assemblage, le 落作, engage la fermentation principale. Le procédé de Shaoxing est dit à double action, car la saccharification de l'amidon et la fermentation alcoolique des sucres s'y déroulent simultanément dans la même cuve, alors que la brasserie occidentale les sépare en deux étapes distinctes. C'est cette simultanéité qui permet d'atteindre par simple fermentation des degrés alcooliques que la bière n'atteint pas, le sucre n'étant jamais présent en concentration inhibitrice.
Le pourquoiLa saccharification et la fermentation simultanées maintiennent la concentration en sucres libres à un niveau bas et constant, ce qui évite l'inhibition osmotique des levures et leur permet de travailler jusqu'à des taux d'alcool élevés.
Dès que la fermentation principale s'emballe, le gaz carbonique soulève les grains et forme en surface un chapeau compact, tandis que la température monte au cœur de la cuve. Le maître de chai plonge alors un râteau de bois et brise ce chapeau, opération appelée 开耙, répétée plusieurs fois par jour selon un rythme jugé au toucher et à l'odeur. C'est le geste le plus emblématique du métier et celui qui résiste le mieux à la mécanisation : il régule à la fois la température et l'oxygénation, et le dossier officiel souligne que ce savoir dépend entièrement de l'expérience acquise.
Le pourquoiLa fermentation est exothermique et un cœur de cuve non brassé peut dépasser la température létale des levures ; le brassage homogénéise la température et réintroduit un peu d'oxygène, ce qui soutient la multiplication cellulaire aux moments critiques.
La masse est transférée en jarres de terre cuite pour une fermentation secondaire, lente et froide, qui se poursuit jusqu'au début du printemps. Le dossier officiel donne la durée totale : plus de quatre-vingts jours, du brassage aux environs de la Grande Neige jusqu'au terme fixé au début du printemps. Cette longue phase à basse température affine les arômes et achève la conversion des sucres résiduels. C'est elle qui rend le procédé incompatible avec une production continue, et c'est aussi elle qui explique pourquoi le vin de Shaoxing est un vin d'hiver et strictement d'hiver.
Le pourquoiÀ basse température, les levures travaillent lentement et produisent davantage d'esters aromatiques et moins d'alcools supérieurs à note lourde ; c'est la même logique qui gouverne les fermentations longues et froides en œnologie.
La masse fermentée est pressée pour séparer le liquide du marc, opération traditionnellement conduite à la presse de bois. Le vin trouble obtenu est ensuite laissé au repos pour que les particules en suspension sédimentent, puis soutiré. Vient l'assemblage, le 勾兑, où l'on marie des cuvées de caractères différents pour obtenir le profil recherché — opération de composition et non de correction, comparable à celle d'un maître de chai en Europe. Le marc pressé n'est pas perdu : il sert de base à d'autres préparations du répertoire de Shaoxing.
Le pourquoiLa clarification par sédimentation gravitaire élimine les levures mortes et les débris cellulaires qui, laissés en suspension, s'autolyseraient et donneraient des notes de rance au vieillissement.
Le vin clarifié est chauffé, opération que le procédé nomme 煎酒. Elle inactive les levures et les enzymes résiduelles, fait précipiter une partie des protéines instables et stabilise définitivement le produit avant la mise en jarre. C'est l'équivalent fonctionnel d'une pasteurisation, pratiqué en Chine des siècles avant qu'elle ne soit formulée en Europe. Sans cette étape, le vin continuerait de travailler en jarre et finirait par tourner au vinaigre. Le vin chauffé est aussitôt mis en jarre scellée.
Le pourquoiL'inactivation thermique des micro-organismes et des enzymes verrouille la composition du vin ; c'est précisément parce que cette étape existe que la contiguïté du vin et du vinaigre dans le registre patrimonial n'est pas fortuite, le vinaigre étant ce que devient un vin dont on laisse l'acétification se produire.
Le vin est enjarré, scellé et placé en chai pour un vieillissement d'au moins trois ans, durée que le dossier officiel donne comme partie intégrante du procédé. La norme GB/T 17946-2008 la reprend en imposant le grade supérieur aux vins de trois ans et plus. La terre cuite légèrement poreuse autorise des échanges gazeux très lents qui font évoluer la couleur vers l'ambre et développent des notes de fruit sec, de noix et de sauce. Les quatre types nommés par le dossier se distinguent ici : le yuanhong sec, le jiafan plus riche, le shanniang brassé avec du vin en place d'eau, et le xiangxue, brassé avec un alcool de marc, très doux et à part.
Le pourquoiLa microporosité de la terre cuite permet une oxydation ménagée qui polymérise progressivement les composés phénoliques et développe les arômes tertiaires, exactement comme le fait le bois pour les vins européens, mais sans apport de tanins exogènes.
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Sourcer ou se taire
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