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Atlas Culinaire · Paraguay · Amériques
La viande de la veille pilĂ©e au mortier et relancĂ©e au riz â le plat qui interdit de jeter un reste d'asado
Portal GuaranĂ atteste le terme dans la revue Vida & Estilo, oĂč il dĂ©signe une farce â « relleno de So'o ku'Ă (carne picada) » â et non un plat autonome, et la mĂȘme compilation cite un « Locro So'o-cui » oĂč la viande pilĂ©e sert de base Ă un tout autre plat.
Le dĂ©bat porte donc sur ce qu'est exactement le so'o ku'i : un apprĂȘt de viande, ou le plat complet au riz que servent aujourd'hui les cuisines paraguayennes sous le nom de so'o ku'i arro.
Le second point tranche entre l'outil et le raccourci : les sources paraguayennes rappellent que la viande Ă©tait traditionnellement Ă©crasĂ©e Ă l'angu'a, le mortier guarani, et qu'on la passe aujourd'hui au hachoir ou au robot â mais elles prĂ©cisent aussi que la viande peut ĂȘtre effilochĂ©e Ă la main ou au couteau, ce qui n'est pas du tout le mĂȘme rĂ©sultat de texture qu'un pilage.
Le troisiĂšme point est le corps gras : la recette d'origine se fait Ă la graisse de bĆuf, l'huile Ă©tant une substitution moderne.
Ces trois arbitrages expliquent qu'un so'o ku'i puisse aller du picadillo sec au riz mouillé selon la maison qui le sert.
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DĂ©barrasser la viande de la veille de ses parties sĂšches et de son gras dur, puis la rĂ©duire en miettes. Le geste d'origine se fait Ă l'angu'a, le mortier guarani, dans lequel la viande est Ă©crasĂ©e par pressions successives plutĂŽt que par coups secs. Ă dĂ©faut, le hachoir donne un rĂ©sultat rĂ©gulier et le couteau un rĂ©sultat plus irrĂ©gulier, souvent prĂ©fĂ©rable. La viande ne doit pas ĂȘtre rĂ©duite en purĂ©e : on cherche des Ă©clats de la taille d'un grain de riz, qui garderont de la mĂąche dans le plat fini. RĂ©server dans un bol, en Ă©liminant les fragments d'os Ă©ventuels.
Le pourquoiUn pilage Ă©crase les fibres sans les couper, ce qui donne des Ă©clats aux bords irrĂ©guliers capables de retenir la sauce, lĂ oĂč une coupe nette produit des cubes lisses.
Ămincer l'oignon trĂšs finement, hacher l'ail, tailler le locote en petits dĂ©s et rĂąper la carotte Ă la grosse grille. La finesse compte parce que le sofrito doit disparaĂźtre dans le plat fini : le so'o ku'i n'est pas une poĂȘlĂ©e de lĂ©gumes, c'est un plat de viande dont les lĂ©gumes forment le fond. La carotte rĂąpĂ©e apporte le sucre qui Ă©quilibre le cumin, et c'est un ajout que les cuisines paraguayennes font systĂ©matiquement. RĂ©server les Ă©lĂ©ments sĂ©parĂ©ment, l'ail entrant aprĂšs l'oignon.
Le pourquoiLes sucres de la carotte caramélisent légÚrement dans la graisse chaude et produisent des composés qui contrebalancent l'amertume potentielle du cumin.
Faire fondre la graisse de bĆuf dans une grande marmite Ă feu moyen, y jeter l'oignon et le locote et les laisser suer jusqu'Ă transparence, puis ajouter l'ail et la carotte rĂąpĂ©e. Ajouter un fond d'eau au besoin pour que les lĂ©gumes n'accrochent pas. Les sources paraguayennes insistent sur ce point : on mouille progressivement pour que le sofrito fonde sans colorer. La graisse doit ĂȘtre entiĂšrement liquide et sentir le suif chaud avant l'arrivĂ©e des lĂ©gumes. Compter cinq Ă six minutes en tout.
Le pourquoiLa graisse de bĆuf a un point de fumĂ©e Ă©levĂ© et un profil aromatique propre, qui reste perceptible dans le plat fini lĂ oĂč une huile neutre disparaĂźt.
Verser le riz sec directement sur les lĂ©gumes et le remuer Ă feu moyen jusqu'Ă ce que les grains soient enrobĂ©s de graisse et deviennent translucides sur les bords. Cette Ă©tape n'est pas facultative : elle scelle l'amidon de surface et empĂȘche le riz de coller en masse dans un plat qui va mijoter longtemps. Les grains doivent crĂ©piter lĂ©gĂšrement et sentir la noisette. Compter deux Ă trois minutes en remuant sans arrĂȘt. Si le riz commence Ă colorer franchement, mouiller immĂ©diatement.
Le pourquoiLe contact direct du grain avec le corps gras chaud gélatinise partiellement l'amidon périphérique et forme une barriÚre qui ralentit l'absorption d'eau.
Incorporer la viande pilĂ©e et le cumin, saler et poivrer, et mĂ©langer longuement pour que les miettes se rĂ©partissent dans le riz. C'est le moment oĂč le cumin entre : ajoutĂ© dans la graisse chaude au dĂ©but, il aurait brĂ»lĂ© et virĂ© Ă l'amer ; ajoutĂ© ici, il libĂšre ses arĂŽmes au contact du gras sans excĂšs de chaleur directe. L'odeur doit changer nettement en une trentaine de secondes. Le mĂ©lange doit rester sec Ă ce stade, avant tout mouillement. GoĂ»ter le sel maintenant, sachant que la viande d'asado est dĂ©jĂ salĂ©e.
Le pourquoiLes aldéhydes qui portent l'arÎme du cumin sont liposolubles et se libÚrent au contact du corps gras, mais se dégradent en composés amers au-delà d'une chauffe prolongée.
Verser l'eau chaude en une fois, mĂ©langer, et laisser cuire Ă couvert et Ă feu doux jusqu'Ă ce que le riz soit tendre, une vingtaine de minutes. Le liquide doit affleurer le mĂ©lange sans le noyer : le so'o ku'i est un plat liĂ© et non un bouillon, et il continuera d'absorber pendant le repos. Remuer une fois Ă mi-cuisson en raclant le fond, puis laisser tranquille. Si le riz boit tout avant d'ĂȘtre cuit, ajouter de l'eau chaude par petites louches, jamais froide. Le mĂ©lange doit rester crĂ©meux en surface, pas sec.
Le pourquoiL'amidon libéré par le riz lie progressivement le liquide de cuisson, ce qui fait passer le plat d'un état soupeux à un état crémeux sans ajout de liant.
Couper le feu, parsemer de ciboulette et d'origan sec, couvrir et laisser reposer cinq minutes avant de servir. Ce repos permet au riz d'absorber le liquide restant et aux grains de finir de se dĂ©tendre hors du feu. Servir chaud avec de la mandioca bouillie encore fumante, qui est l'accompagnement que les sources paraguayennes citent par dĂ©faut. Le so'o ku'i se rĂ©chauffe correctement le lendemain, Ă la poĂȘle avec une cuillerĂ©e d'eau, ce qui est logique pour un plat nĂ© prĂ©cisĂ©ment de la rĂ©cupĂ©ration des restes.
Le pourquoiLe repos couvert Ă©galise la rĂ©partition de l'eau entre les grains, dont la pĂ©riphĂ©rie est saturĂ©e et le cĆur encore en retrait au moment oĂč le feu est coupĂ©.
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Sourcer ou se taire
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